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Interview de Christophe Angeli : rédacteur pour l’Observatoire Boivigny

Christophe Angeli

rédacteur pour l’Observatoire Boivigny

En se promenant sur les campus, on se rend vite compte du manque de ressources des universités

Publié le 25 Août 2006

Quel est l’état des finances des universités françaises ?
En se promenant sur les campus, on se rend vite compte du manque de ressources financières des universités. La France consacre 1,1% de son PIB au financement des universités contre 2,7% aux Etats-Unis. Et dans l’Hexagone, les dépenses de l’Etat en faveur des universités sont inférieures de 15% par rapport à l’Allemagne ou au Royaume-Uni.
Paradoxalement, la France offre pléthore de formations, mais les enseignants ne disposent pas toujours de salles appropriées pour dispenser leurs cours, les locaux sont peu ou pas entretenus et le matériel fait défaut. Il faudrait consacrer plus de ressources à l’enseignement supérieur et à la recherche afin d’attirer les étudiants étrangers et permettre à 50% d’une classe d’âge d’obtenir un diplôme supérieur, comme le souhaite le gouvernement.

Existent-ils des remèdes à ces difficultés financières ? Si oui, lesquels ?
Près des trois-quarts des ressources financières des universités proviennent de l’Etat. Et cette part ne devrait pas progresser compte tenu du niveau d’endettement de la France. Il faut donc trouver d’autres voies.
Quand on discute avec les présidents d’université et des responsables pédagogiques, on voit que l’idée d’une augmentation des frais d’inscription fait son chemin. Et cette réflexion n’a pas lieu qu’en France : au Québec, un débat sur le dégel des frais de scolarité est en cours. Ils sont actuellement de 2400 dollars canadiens et pourraient rejoindre le niveau moyen du reste du pays, soit 6 400 dollars canadiens.
De même, en Angleterre, un débat similaire a débouché sur une augmentation des frais de scolarité à 3 000 livres contre 1 000 auparavant.
Il existe, par ailleurs, d’autres solutions comme une plus grande participation des entreprises, des collectes de fonds auprès des diplômés, une plus grande implication du secteur privé dans le financement de la recherche et le développement de l’autofinancement. Les écoles de commerce ont déjà recours à cette dernière technique grâce à la mise en place de programmes rémunérateurs propres (MBA, etc.), qu’elles exportent par la suite à l’étranger.

Que vous inspire l’instauration d’une allocation rentrée de 300 euros par étudiant boursier ?
Cette allocation de 300 euros est réservée aux étudiants boursiers souhaitant quitter le foyer familial. C’est un bon point car ça va favoriser l’indépendance des étudiants. Mais il ne faut pas s’arrêter là : il faut envisager une amélioration du système de bourse et d’exonération fiscale pour les familles.
 
Les universités françaises sont de plus en plus tentées de facturer toutes sortes de services à leurs étudiants. L’Unef a d’ailleurs récemment publié la « liste noire » des établissements ayant de telles pratiques. Pensez-vous que ces dernières vont se généraliser ?
Tous les ans, il arrive que des universités facturent à leurs étudiants des services, en théorie facultatifs, mais sans leur mentionner ce caractère non-obligatoire. Elles visent ainsi à pallier à leur sous-financement, mais se mettent également hors la loi. En le faisant délibérément, elles cherchent à attirer l’attention de l’opinion publique sur leurs problèmes de financement.
On ne peut pas demander aux universités de mettre en place des systèmes d’accompagnement des étudiants à l’emploi ou encore des services d’accueil des étudiants étrangers si elles n’en ont pas les moyens.

Que pensez-vous de la pratique du mécénat et du financement des universités par les réseaux d’anciens élèves ? La France est à la traîne dans ce domaine comparé notamment aux pays anglo-saxons. Existe-t-il un facteur culturel qui expliquant ce retard ?
Des fondations ont déjà vu le jour du côté des grandes écoles et les universités y songent. Pour celles qui fonctionnent déjà en France, 80% des dons proviennent des entreprises et 20% des anciens élèves, alors qu’aux Etats-Unis, les proportions sont inverses.
Il faudra quoi qu’il en soit du temps pour que les mentalités évoluent. Pour commencer, toutes les universités françaises n’ont pas d’associations de diplômés. Le manque de ressources et de moyens des universités les dévalorise aux yeux des étudiants. Et le manque d’intérêt de la population estudiantine à l’égard de l’université conduit à un intérêt moindre des entreprises pour ses diplômés, et donc pour nouer des partenariats. C’est un cercle vicieux.

Dans quelle mesure le manque de financement des universités françaises porte-il atteinte à leur compétitivité ?
Une façon de mesurer cette compétitivité est de s'en référer aux classements internationaux. Dans le dernier réalisé par l’université de Shanghai, Paris VI se classe à la 45ème  position, Paris XI à la 64ème, Strasbourg I à la 96ème et l'Ecole normale supérieure de Paris, pourtant privilégiée au niveau de ses moyens, à la 99ème place. Outre le facteur financier, l’organisation même des universités pourrait être à l’origine de ces piètres performances.

Pour ce qui est de l’attractivité des universités françaises, on sait qu’un étudiant qui souhaite s’inscrire dans une université consulte en premier lieu le site Internet de l’établissement. Or les sites des universités françaises sont loin d’être optimums. Et si une université souhaite accueillir des étudiants étrangers, elle doit être en mesure de leur offrir des salles d’informatique équipées, des locaux aménagés et une bibliothèque fournie !

La France fait toutefois partie des cinq pays accueillant le plus d’étudiants internationaux. Sont-ils plus attirés par le faible coût des études en France que par leur qualité ? La question reste entière.

La compétition internationale entre universités devrait s’accélérer en raison notamment de l’arrivée sur le marché de concurrentes chinoises et indiennes. Elle existe déjà au niveau du marché des professeurs-chercheurs, des doctorants et des MBA.

laetitia

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