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Interview de Myriam Naël : secrétaire confédérale de la Confédération syndicale des familles (CSF)

Myriam Naël

secrétaire confédérale de la Confédération syndicale des familles (CSF)

La baisse sur le poste fournitures scolaires n’est pas due à une baisse des prix mais à un choix différent des familles

Publié le 25 Août 2006

Que pensez-vous du montant de l’Allocation de Rentrée Scolaire 2006?
L’augmentation de l’Allocation de Rentrée Scolaire de 5 euros était attendue puisqu’elle suit l’augmentation de la BMAF (base mensuelle des allocations familiales). De même, contrairement à l’effet d’annonce faite par le gouvernement, la date de versement deux semaines avant la rentrée n’est pas un « cadeau »  exceptionnel pour les familles. Cela fait plusieurs années que l’ARS est versée aux alentours de cette période.

Pourquoi estimez-vous qu’elle devrait être modulée en fonction de l’âge et du niveau scolaire ?
Depuis plus de 30 ans, la CSF chiffre le coût de la rentrée et constate tous les ans la même chose : les dépenses obligatoires ne sont pas les mêmes selon le niveau de scolarité. Nous estimons que cette rentrée 2006 revient en moyenne à 119,18 euros en CP et à 162,30 en Cours moyen. Dans ces classes, il est clair que l’ARS est suffisante et couvre les dépenses obligatoires engendrées par la rentrée. Cependant, il en coûtera 330,38 pour une rentrée en 6ème, 545 euros en 2nde générale et 709,32 euros en lycée professionnel. L’ARS ne correspond alors plus du tout à ce que dépensent les familles.

A combien fixeriez-vous le montant de l’allocation scolaire pour un enfant de 6ème ?
Nous souhaitons une modulation de l’ARS selon les niveaux de classe et nous sommes disposés à discuter avec les pouvoirs publics pour trouver une allocation en adéquation avec les dépenses des familles.

Cette année, Familles de France estime que le coût de la rentrée scolaire augmente seulement de 0,31%, avez-vous la même estimation ?
Nous notons une augmentation générale de 1,51%. Elle est calculée sur les 9 classes qui font l’objet de notre étude. Si l’on s’attache à détailler les classes, certaines n’augmentent pas, comme celles de primaire ou de collège et d’autres augmentent beaucoup, notamment celles de l’enseignement secondaire. Si l’augmentation était uniquement calculée sur la classe de 6ème, nous aurions une augmentation d’environ
 0,2 % avec une baisse sur le poste fournitures scolaires et une augmentation sur le poste équipement sportif.

Peut-on attribuer la hausse des dépenses de rentrée à la seule augmentation des prix ?
La hausse de cette année n’est pas due à une augmentation des prix, elle est essentiellement due à l’apparition du matériel informatique dans les listes de fournitures des classes de l’enseignement technologiques. Par la même occasion, la baisse que nous signalons sur le poste fournitures scolaires n’est pas due à une baisse des prix mais à un choix différent des familles. Les familles se tournent de plus en plus qu’il y a quelques années vers les articles de hard discount et les marques de magasins pour tous les articles de base (crayons, cahier, papier…), gardant de la marge pour le cartable, la trousse ou l’agenda.

Est-ce l’ARS n’incite pas les professeurs à demander plus de fournitures qu’avant?
Si d’un côté nous demandons la modulation de l’ARS, de l’autre côté nous demandons le respect des directives et notamment celles sur les listes de fournitures scolaires. Il est demandé aux enseignements de faire attention aux articles demandés aux familles et de se tenir au strict nécessaire. Nous voyons clairement que depuis que l’ARS a été porté à
1 500 francs en 1993, les listes se sont allongées considérablement. Lorsque nos équipes locales interviennent dans les écoles en tant que représentants de parents d’élèves pour demander la diminution des listes, la réponse fréquente est : « Mais il y a l’ARS… ».
Bien entendu tous les enseignants n’ont pas ce type de discours et certains réfléchissent à la manière de ne pas trop alourdir la rentrée pour les familles. De la même manière, certaines municipalités mènent des politiques dans ce sens pour effectuer plus d’achats groupés.
En tant qu’acteur social, nous demandons à ce qu’il y ait une réflexion sur les listes de fournitures dans les écoles et collèges afin qu’il y ait une cohérence dans ce qui est demandé aux familles d’une même école.

Pensez-vous qu’on devrait attribuer une allocation de rentrée également pour les étudiants ?
Nous sommes contents que le président de la République ait pris en compte la situation économique des étudiants. Et nous attendons avec impatience les propositions du gouvernement. Néanmoins, la question qui se pose aujourd’hui est celle de l’autonomie des jeunes. Pour la plupart des étudiants de conditions modestes, il n’y pas que la rentrée qui est difficile à assumer. Une allocation de rentrée pour les étudiants les soulagera mais ne sera pas suffisante pour leur permettre de faire face aux frais de loyer, de nourriture de transport, de stage, de concours, etc. Certains devront travailler à côté de leurs études. Et il est parfois difficile de combiner les deux.
La CSF revendique une allocation pour tous les jeunes de 18 à 25 ans, qu’ils soient étudiants, en formation ou en attente d’emploi, moyennant un engagement à établir un projet personnel d’orientation. Cette allocation s’accompagnerait de droits sociaux (sécurité sociale, retraite…) qui permettrait non seulement aux jeunes de ce pays de construire leur projet personnel mais aussi d’avoir un statut dans la société.

Un conseil pour les parents qui veulent optimiser leurs dépenses de rentrée ?
Comparer les prix, faire attention aux très petits prix qui sont souvent synonyme de mauvaise qualité et donc de courte durée.
Dialoguer avec ses enfants  pour leur laisser le choix de quelques articles et les inciter eux aussi à comparer les prix.
Ne pas hésiter à interpeller les enseignants lorsque la liste semble démesurée, que des articles sont introuvables (protège cahier noir par exemple !) ou tout simplement pour être sûr de l’utilité des fournitures demandées.
Il existe aussi des aides selon les territoires et sous certaines conditions : conseil général, conseil régional, municipalité, fonds sociaux dans les collèges et dans les lycées qui sont là pour aider les familles à assurer des dépenses liées à la scolarité.

laetitia

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