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Interview de Didier  Davydoff : Directeur de l’Observatoire de l’Epargne Européenne

Didier Davydoff

Directeur de l’Observatoire de l’Epargne Européenne

Pour la première fois, Eurostat fait état d'une baisse du revenu disponible des ménages

Publié le 30 Juin 2009


De très nombreux ménages européens sont touchés de plein fouet par la crise financière, comme salariés, comme entrepreneurs, et aussi comme épargnants. Ces derniers ont vu la valeur de leurs actifs financiers exposés aux marchés chuter fortement et celle de leur logement s’infléchir à la baisse. Chaque trimestre, l’Observatoire de l’Epargne en Europe dresse un panorama des comportements d’épargne dans les plus grands pays européens.

L’année 2009 a démarré sur des perspectives très peu optimistes pour les épargnants dans l’ensemble de l’Union Européenne. Pour la première fois, Eurostat fait état d’une baisse du revenu disponible des ménages (corrigé des variations saisonnières CVS). Cette baisse reste modérée mais risque d’ébranler encore plus la confiance des ménages. Les cas de surendettement se multiplient partout, et surtout en Espagne. Tant le taux de recours au crédit que le taux de placements financiers baissent depuis plusieurs mois.

Pour l’ensemble de l’Union Européenne, Eurostat fait état d’une augmentation très sensible du taux d’épargne des ménages (en données CVS) au dernier trimestre 2008, qui serait monté à 12,2%, contre 10,8% au troisième trimestre. Dans la zone euro, le taux d’épargne aurait augmenté d’un point, passant de 14,1% à 15,1%. Le taux d’épargne des Européens est ainsi remonté au même niveau que celui observé fin 2002-début 2003.

Les statistiques nationales montrent que la hausse du taux d’épargne, liée au ralentissement du crédit, est perceptible dans tous les pays. La hausse est de plus d’un point en Espagne, qui confirme la tendance observée depuis deux ans à converger vers les niveaux observés dans les autres grands pays d’Europe continentale. Mais c’est au Royaume-Uni, frappé par une violente contraction du crédit, que l’épargne augmente le plus. Toutefois, la part de leur revenu que les Britanniques consacrent à l’épargne reste encore très inférieure aux niveaux observés dans la plupart des autres pays.

Dans un contexte de récession généralisée, de contraction de la demande et de maîtrise de l’inflation qui promet de se maintenir au moins jusqu’à la fin de l’année, la Banque Centrale Européenne et la Banque d’Angleterre ont abaissé leurs taux directeurs à des seuils historiquement bas. En conséquence, la hiérarchie des rémunérations des produits d’épargne en fonction de leur durée redevient plus logique : depuis le dernier trimestre 2008, la concomitance de la crise boursière et de rémunérations à court terme anormalement élevées en raison des tensions sur le marché interbancaire, avaient dans tous les pays déclenché un repli généralisé sur des produits d’épargne liquide bancaire. La situation se normalise lentement, mais les produits d’épargne liquide à court terme attirent encore la plus grande part des placements des ménages européens.

Les actions continuent de pâtir de la crise, malgré la reprise des marchés en avril et mai, qui semble avoir fait long feu en juin. Tous les indicateurs boursiers sont négatifs: capitalisations en baisse, gel des nouvelles cotations, sorties de sociétés cotées, baisse du volume et du nombre de transactions. De manière générale, ces amples mouvements de cours et la succession de deux crises majeures en moins de 10 ans, ne pourront qu’avoir des conséquences négatives dans la durée sur les comportements d’achat d’actions des épargnants, d’autant plus que la volatilité quotidienne des cours, encore très élevée, ne contribue pas à rétablir la confiance.

Les encours d’OPCVM se sont enfin stabilisés, après presque deux années de baisse ininterrompue et le secteur a enregistré une collecte positive au premier trimestre 2009. Cette stabilisation relative s’explique par une forte progression des OPCVM monétaires et une moindre baisse des OPCVM de long terme. Par rapport à fin mars 2007, la part des OPCVM monétaires est passée de 16 à 28% en un an, tandis que celle des OPCVM actions passait de 41% à 28% sous l’effet de la baisse des cours et de la décollecte. A eux deux, la France et le Luxembourg ont enregistré une collecte nette de 55 milliards sur les OPCVM monétaires au premier trimestre 2009.

Les sociétés de gestion bénéficient ainsi d’une éclaircie au début 2009. Parallèlement à cette légère amélioration de la conjoncture, les mouvements stratégiques se mettent en place pour la période à venir. Les regroupements et cessions en cours sont très importants, y compris dans des pays comme la France, où le modèle de sociétés de gestion intégrées à leur groupe distributeur dominait jusqu’à maintenant. La préparation de l’avenir se traduit aussi par les premiers plans de réorganisation de l’offre consécutifs à la directive UCITS 4 : les fusions de fonds et les fonds nourriciers, ainsi que le passeport donné aux sociétés de gestion, vont faciliter l’apparition de gammes de produits paneuropéennes permettant des économies d’échelle substantielles.

Les cotisations d’assurance vie et sur les fonds de pension diminuent dans la plupart des pays. On note cependant une reprise récente de l’assurance-vie en France, sous l’impulsion principalement des banques. Celles-ci ont relâché la pression commerciale sur le Livret A et par ailleurs la demande faiblit depuis que sa rémunération est descendue sous le seuil psychologique des 2%. Les cotisations d’assurance vie sont en augmentation (+13% en avril 2009 par rapport à avril 2008) et les prestations, après avoir augmenté sensiblement au dernier trimestre 2008, sont stables depuis le début de 2009. La collecte nette est ainsi redevenue positive au premier trimestre 2009, mais seuls les contrats en euros bénéficient de cette reprise. En avril 2009, les contrats en unités de compte ne représentaient plus que 11% du total des cotisations.

La baisse des prix de l’immobilier n’épargne plus aucun pays. Au quatrième trimestre 2008, Eurostat faisait cependant état d’une diminution du taux d’investissement des ménages (FBCF/revenu disponible) à 8,9% dans l’Union Européenne et à 9,9% dans la zone euro, contre respectivement 9,6% et 10,4% au troisième trimestre. Dans la zone euro, la baisse des investissements non financiers (composés principalement d’achats et de rénovation de logements) a en effet été nettement plus forte (-5,3%) que celle du revenu disponible (-0,3%). Seule pointe d’optimisme, la baisse des prix pourrait à terme stimuler la demande des ménages, d’autant plus que le les taux d’intérêt sur les crédits hypothécaires sont bas.

Au premier trimestre 2009, on note en France une certaine amélioration, imputable au dispositif Scellier favorisant l’investissement locatif, et au doublement du prêt à taux zéro : 25 000 logements neufs ont été vendus, contre 10 000 au dernier trimestre 2008. Sur un an cependant, le recul reste sensible (-5% par rapport  au premier trimestre 2009). La fin de la crise n’est pas encore perceptible : le nombre de permis de construire déposés au premier trimestre 2009 a continué de baisser.

L’encours de crédit habitat est resté soit inchangé soit en baisse selon les pays au premier trimestre 2009, mais on a noté une relative stabilisation en avril : en France par exemple, la production de crédit est stabilisée, mais à un niveau sensiblement inférieur à celui de l’avant-crise.

Le crédit à la consommation continue de refluer en France et en Espagne. En France, la production de crédit des sociétés financières a baissé de 12,4% au premier trimestre par rapport au premier trimestre 2008, et la baisse s’est encore accélérée en avril, principalement sur les prêts personnels (-28,6%), mais aussi sur le crédit renouvelable (-13,7%). Pour l’ensemble des institutions financières, la production de crédit à la consommation s’établissait à 51,4 milliards en avril 2009, soit 9% de moins qu’en avril 2008 selon la Banque de France.

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