Gautier Le Molgat
Responsable du service Analyse et recherche d'Agritel
La sérieuse correction sur le marché des céréales a vocation à se poursuivre
|
Publié le 08 Juillet 2009
Que pensez vous des récentes informations publiées par le ministère américain de l’agriculture rendant compte d’une augmentation des surfaces de maïs, de soja et de blé…Alors que le marché ne s’y attendait pas, il a été mis en culture plus de terres cette année que l’année dernière aux Etats-Unis.
En 2008, 86 millions d’acres de maïs avaient été cultivés. Le marché s’attendait à avoir cette année 84 millions d’acres. Au final, il y a eu 87 millions d’acres de mais cultivés. C’est la deuxième plus importante surface mise en terre aux Etats-Unis, depuis 1946.
La culture du soja présente une configuration quasi similaire. Les chiffres font état de 77,5 millions d’acres de soja cultivés.
L’évolution de la culture du blé a également été importante mais n’a pas été aussi surprenante.
Comment s’explique-t-on ces résultats ?
Initialement, les cultures se sont faites avec beaucoup de retard. De nombreux analystes américains ont alors escompté le fait que ce retard ne pouvait pas être compensé. Cette donne avait alors été intégrée par les marchés. A partir du mois de mai, les conditions météorologiques se sont nettement améliorées.
Quelles sont les conséquences de ces résultats sur les marchés financiers ?
Une sérieuse correction sur les marchés. Le marché du maïs a perdu 30 cents, soit 8% de sa valeur, à la suite de l’annonce faite par le ministère. Le marché a terminé lundi 29 juin à 3,54 dollars par boisseau. Depuis, les cours ont encore cédé du terrain dans des proportions équivalentes.
La situation sur le soja est particulière. A court terme, le marché est resté très haussier en raison de stocks relativement bas et d’une demande bien tenue notamment de l’Asie. Toutes variétés confondues, les stocks se situent aux alentours de 110 millions de boisseaux aux USA. Cela représente deux fois moins que l’année dernière.
Mais, les projections américaines pour l’année prochaine tablent sur 210 millions de boisseaux de soja, soit le niveau de 2007. Par conséquent, un essoufflement des cours se dessine sur une échéance un peu plus lointaine, à partir de novembre. Sur le marché de Chicago, l'échéance septembre en soja se négocie sous 10dollars le boisseau désormais.
Au-delà des Etats Unis, le repli du soja devrait être entretenu par les récoltes faites en Argentine…
Ce pays avait rencontré au premier semestre 2008 de sérieux problèmes liés à des taxes aux exportations du soja qui ont engendré des troubles sociaux relativement importants.
Depuis lors, ces taxes ont été fortement réduites. Les producteurs ont décidé d’augmenter leur production de soja. Le soja en Argentine a représenté pour la récolte 2008-2009 32 millions de tonnes. Les analystes prévoient 51 millions de tonnes pour la récolte 2009-2010.
Ainsi l’Argentine a vocation à contribuer largement à neutraliser la situation tendue du stock de report de soja que nous avons actuellement.
Le marché européen semble être plus proche de ses fondamentaux que le marché américain...
Le marché américain est certes un indicateur très significatif. Cependant le marché européen poursuit son rattrapage et tend à occuper toute sa place en tant que marché de référence dans le domaine des céréales et surtout du blé où la production est trois foisç plus élevée que pour la production américaine.
Les récoltes sur le mais n’ont pas commencé sur le Vieux continent. Nous avons d’importants doutes liées à des craintes climatiques importantes. Les fortes chaleurs en fin de cycle de développement pour des céréales comme le blé peuvent être très préjudiciables. Cela a pour effet une perte en humidité, en poids et donc en rendement. La vigueur de cette inertie climatique explique pourquoi le marché ne s’est pas écroulé pour le moment.
Conseilleriez-vous aux investir de s’orienter sur ce marché ?
Le marché des céréales constituent une bonne voie de secours à court terme. Il faudra cependant garder à l’esprit que la volatilité devrait rester très forte cette année, aux environ de 30%.
Propos recueillis par Imen Hazgui

La sérieuse correction sur le marché des céréales a vocation à se poursuivre




