François-Xavier Hussherr
directeur du département Internet et Nouveaux Médias de Médiamétrie
Google, Yahoo et eBay ont en commun une politique d’innovation constante
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Publié le 31 Août 2006
A quoi attribuez-vous la réussite de sites comme Google, Yahoo et eBay en France ?
Google, Yahoo et eBay, ces trois acteurs désormais incontournables, ont chacun marqué à leur façon l’Internet mondial de ces dernières années.
A l’échelle de la France, Médiamétrie a réalisé une étude en juin 2006 pour les « 10 ans de l’Internet » où nous avions identifié grâce aux résultats issus du Panel d’audience Médiamétrie//NetRatings les plus belles progressions de l’Internet sur ces six dernières années.
Google fait partie des acteurs qui ont connu une croissance forte et rapide sur Internet. En effet, Google, qui était 94ème en août 2000 au classement d’audience Médiamétrie//NetRatings, est aujourd’hui le site le plus consulté par les internautes français. 15 906 000 visiteurs uniques ont consulté Google en juillet 2006 soit 75,6% des internautes français. Google est le site leader en France en termes d’audience depuis avril 2004. Une large majorité d’internautes français a donc été séduit mais également fidélisé par Google.
Toujours d’après notre étude, Yahoo ! appartient à la catégorie des « incontournables ». Il fait partie des acteurs qui ont réussi le tour de force à se maintenir dans les 30 premiers sites les plus consultés du classement depuis 2000.
Quant à eBay, c’est aujourd’hui le site marchand le plus consulté en France avec plus de 6 millions de visiteurs uniques en juillet 2006. A cette même date, eBay est 10ème au classement général alors qu’il n’était que 245ème en décembre 2000.
A l’échelle mondiale, comment ont-ils réussi à se démarquer face à une concurrence très forte ?
Au début de l’Internet, la sélection des acteurs s’est faite naturellement entre ceux qui offraient un service fiable et les autres qui n’arrivaient tout simplement pas à tenir la charge des connexions ou ne répondaient pas à leurs utilisateurs. Puis, pour se distinguer, les acteurs qui ont percé comme Google, Yahoo ! et eBay ont réussi à avoir une avance significative sur leur marché. Google s’est construit autour d’une technologie ultra performante et de forts investissements en Recherche et Développement. Yahoo! s’est distingué par la qualité et la diversité des services de son portail et a fait rapidement le pari de l’entertainment. Il a également su prendre le virage du Web 2.0 avec le rachat de sociétés telles que Flick’R et Del.icio.us. Pour eBay, il s’agit de la proposition d’un nouveau modèle de consommation (le C to C) à grande échelle. Mais Internet évolue très vite et tous ont également en commun une politique d’innovation constante.
Il faut noter que ces trois acteurs sont américains et qu’ils ont bénéficié dès leur début de deux avantages compétitifs forts. Le premier avantage est la taille du marché, on compte 150 millions d’internautes aux Etats-Unis contre 27,5 millions en France. Le deuxième avantage est que le marché américain est en avance en termes d’usages ce qui fait que leur utilisation d’Internet s’affine et se diversifie dans le temps. Cela laisse évidemment la place à de nouveaux services.
Plus généralement, quel est votre sentiment sur le boom des moteurs de recherche ?
D’après le Panel Médiamétrie//NetRatings, 17 710 000 visiteurs uniques ont consulté au moins un moteur de recherche en juillet 2006, soit plus de 8 internautes sur 10. La recherche en ligne concerne donc tous les internautes. Pour comparaison : le taux de pénétration du webmail est de 63%, et celui des applications de messageries instantanées de 57%. La recherche en ligne est donc l’un des usages numéro un sur Internet.
En 2006, on ne peut plus parler de boom des moteurs de recherche car leur usage est désormais bien installé et varie peu depuis plusieurs mois – à titre d’exemple le taux de pénétration des moteurs de recherche était de 84,1% en juillet 2005.
Mais la recherche est en train d’évoluer comme on peut le voir avec des nouveaux services tels que Yahoo ! Answers qui propose aux internautes de soumettre leurs réponses aux questions formulées par d’autres internautes dans le but de créer une immense base de données où l’internaute pourra trouver une réponse précise à une question précise. C’est une nouvelle approche car les moteurs de recherche reposaient avant tout sur des programmes informatiques. Algorithmes optimisés ou interventions humaines ? La recherche de demain sera sans doute un mix des deux.
Face à la concurrence, la consolidation est-elle nécessaire pour réussir sur internet à terme ?
La consolidation est un phénomène naturel en économie et Internet n’échappe pas à la règle. Sur ces dix dernières années, le phénomène de consolidation a bien évidemment été visible (Multimania a été acheté par Lycos, Nomade a été acheté par Libertysurf qui est devenu ensuite Tiscali puis Telecom Italia puis Alice).
Parallèlement, des acteurs importants rachètent des petites structures pour rester dans la course à l’innovation. Yahoo, par exemple, a racheté des sociétés du web 2.0 telles que Flick’R, del.icio.us….
Peut-on parler d’une « nouvelle économie parallèle » sur internet ?
On peut parler d’une nouvelle économie mais celle-ci n’est pas parallèle par rapport à l’économie existante. Cette nouvelle économie a fait émerger de nouveaux modèles économiques et de nouveaux business plan qui mélangent des services avec une part de gratuit et une part de payant. Par rapport à certains secteurs, Internet a pu avoir un effet destructeur. C’est le cas par exemple avec Skype qui a généré de la destruction de valeur auprès des opérateurs téléphoniques historiques mais qui a créé de la valeur dans le même temps et a développé un modèle basé sur du gratuit (téléphoner d’ordinateur à ordinateur) et du payant (téléphoner vers des lignes ordinaires). Skype a été l’un des succès d’audience sur Internet l’année dernière. Son audience a été multipliée par 2,5 en 2005. 1 362 000 internautes ont consulté ce service en juillet 2006.
Quelles sont selon vous les grandes différences entre la gestion d’une entreprise en ligne et celle d’une entreprise traditionnelle ?
Le business reste le business. L’utilisation de nouvelles technologies dans les entreprises permet de réaliser des gains de productivité importants. Les nouveaux usages impliqués par les NTIC et le travail en réseau vont permettre d’effectuer dans un temps plus court des tâches complexes.
Doit-on prendre plus de risques pour réussir sur Internet?
Pas forcément… un des exemples de réussites sur Internet est le site communautaire de création et d’édition de t-shirts La Fraise. Sans investissement et avec une seule personne pour sa gestion pendant longtemps (qui a lancé ce site alors qu’elle était au chômage), La Fraise est parvenu à trouver son public et à être rapidement bénéficiaire. Le site a même été racheté il y a quelques mois !
Comment voyez-vous l’évolution d’Internet à l’horizon 2010 ?
Les sites web 2.0 ont initié une nouvelle voie où l’internaute est passé du statut de spectateur à celui d’acteur. L’internaute agit en donnant ses opinions sur son blog par le biais de textes et/ou d’enregistrements audio (podcasts) ou vidéo. Il peut commenter ce que disent les autres internautes sur les forums, les autres blogs etc. Il peut noter : articles, vidéos, auteurs, et ainsi favoriser leur accès à la popularité sur Internet. Grâce au web 2.0, l’internaute partage, il se met aux services des autres, ce qui peut créer un vaste mouvement d’intelligence collective comme c’est le cas pour l’encyclopédie en ligne Wikipedia. Ce phénomène qu’on qualifie également de prise de pouvoir des internautes va durer et s’amplifier.
Avec le haut débit, la vidéo en ligne devrait être l’un des phénomènes de ces prochaines années. On pressent déjà cette révolution avec des sites tels que Youtube ou Dailymotion. Dailymotion a été consulté par 1 102 000 visiteurs uniques en juillet 2006 contre 169 000 en janvier 2006. Leur audience a été multipliée par 6,5 en six mois !
J’espère également que nous assisterons à une réelle démocratisation de l’Internet d’ici 2010. Depuis fin 2005, plus d’un Français sur deux est internaute, une étape importante a donc déjà été franchie mais il nous reste encore du chemin à faire.
laetitia

Google, Yahoo et eBay ont en commun une politique d’innovation constante




