Antoine Berthou
Economiste au CEPII, docteur en économie de l’Université Paris I, Paris School of Economics
La Monnaie Unique favorise-t-elle les échanges au sein de la zone euro? (CEPII)
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Publié le 08 Septembre 2009
Il y a dix ans, onze pays européens décidaient d’adopter l’euro comme monnaie commune, rejoints en 2001 par la Grèce, puis par Chypre, Malte et la Slovénie en 2007. Finalement, la Slovaquie est entrée dans la zone euro cette année.
Plusieurs objectifs ont été assignés à la monnaie unique au moment de sa création. Premièrement, la Banque Centrale Européenne avait pour mission de mener une politique monétaire visant à assurer une inflation faible et à garantir une grande stabilité au niveau macroéconomique.
Ensuite, l’élimination de la volatilité du taux de change, ainsi que des coûts de transaction liés à l’échange de devises, devaient permettre une intensification des échanges au sein de la zone euro.
Enfin, la plus grande transparence sur les prix, associée à une intensification de la concurrence, devait conduire à une convergence des prix à la baisse.
Peut-on mesurer aujourd’hui dans quelle mesure ces gains ont bien été réalisés ?
Des effets concrets en termes de création de commerce
Au niveau macroéconomique, les études empiriques sur données agrégées montrent que le commerce entre pays de la zone euro s’est accru d’environ 10%, relativement au commerce entre pays non membres de la zone euro. Les effets en termes de création de commerce sont donc tangibles, mais restent néanmoins limités. Ces effets macroéconomiques ne nous renseignent pas cependant sur l’ampleur des ajustements qui ont pu être observés au niveau des firmes exportatrices.
Plusieurs études menées récemment au CEPII ont permis de mesurer les effets microéconomiques liés à l’adoption de l’euro, grâce à l’utilisation de données détaillées de commerce international pour les firmes françaises. Les résultats montrent qu’après 1999, le nombre de transactions entre firmes françaises et pays de la zone euro s’est accru, en comparaison du nombre de transactions destinées à des partenaires hors zone euro. L’euro n’a toutefois pas permis à des entreprises françaises de commencer à exporter. Seules les plus productives, déjà exportatrices, ont profité de l’adoption de la monnaie unique pour augmenter le nombre de leurs transactions destinées aux partenaires de la zone euro. L’effet pour les moins productives est au contraire nul, voire négatif, ce qui suggère une intensification de la concurrence.
L’accroissement de la concurrence peut également être identifié au travers de l’évolution du prix des exportations françaises. Les valeurs unitaires (hors coût d’assurance et de fret), mesurées grâce aux données individuelles des exportations françaises, ont diminué après 1999 pour les destinations de la zone euro, en comparaison des destinations hors zone euro. Ont peut aussi observer une convergence de ces valeurs unitaires du commerce, au sein de la zone euro. Au niveau microéconomique, donc, ces résultats suggèrent que les objectifs assignés à l’euro en termes de création de commerce, et de convergence des prix à la baisse, ont bien été remplis.
Une monnaie unique utile en période de crise?
L’instabilité macroéconomique s’est considérablement accrue dans la plupart des économies de l’OCDE au cours du dernier trimestre 2008 et du premier trimestre 2009. En atteste les très fortes fluctuations de la parité euro/dollar : l’euro s’est très fortement déprécié vis-à-vis de la devise américaine à l’automne, avant de s’apprécier de nouveau au cours du premier semestre 2009. Cette très forte hausse de la volatilité des changes peut s’observer également sur les parités euro/yen et euro/livre sterling. Alors que la baisse de la demande mondiale, ou le rationnement du crédit, ont été identifiés comme les principaux suspects de la chute vertigineuse du commerce mondial au cours du dernier trimestre de 2008 et du premier trimestre 2009, il est possible que l’accroissement de la volatilité du change ait contribué à détériorer davantage les échanges hors zone euro.
On note ainsi que le volume des échanges intra zone euro a baissé de 22% entre mai 2008 et mai 2009, contre 26% pour le volume des exportations vers le Japon, 25% pour le volume des exportations vers les Etats-Unis et 24% pour les exportations vers le Royaume Uni. Ces chiffres suggèrent que la baisse de la demande mondiale, notamment, a contribué à réduire considérablement les exportations de la zone euro vers toutes les destinations. L’effondrement des échanges au sein de la zone euro a néanmoins été légèrement plus faible, en comparaison du volume exporté vers des destinations hors zone euro, ce qui suggère que la monnaie unique a permis d’isoler les échanges intra zone euro de l’accroissement de la volatilité du change. Il semble donc que l’euro permette de limiter, dans une certaine mesure, la destruction du commerce en période de crise.

La Monnaie Unique favorise-t-elle les échanges au sein de la zone euro? (CEPII)




