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Interview de Benoît Le Bars : Avocat à la Cour, Professeur Associé Vermont Law School, Membre du CRDF Paris 1, Maître de conférences à Cergy-Pontoise

Benoît Le Bars

Avocat à la Cour, Professeur Associé Vermont Law School, Membre du CRDF Paris 1, Maître de conférences à Cergy-Pontoise

Sommes-nous entrés dans l'ère de la 'wise economy' ?

Publié le 17 Novembre 2009

 

Au sortir de la crise financière, dont la France se relève avec une annonce prudente de François Fillon pour une croissance 2010 comprise entre 1 % et 1,5 %, les opérateurs économiques semblent avoir modifié leur vision des enjeux de l'économie mondiale.

Alors que la semaine dernière nous n'entendions parler que des bonus des traders, en voie de redémarrage comme avant la crise, les autorités de la finance mondiale prenaient des positions assez nouvelles. Ainsi, le 29 octobre, à Rome, Mario Draghi, gouverneur de la Banque d'Italie, également président du Conseil de stabilité financière, indiquait  que les choses ne reviendront pas comme avant ! Cette déclaration suit celle du président du Financial Services Authority (FSA), Adair Turner, sur l'excroissance de la finance et ses doutes sur l'utilité sociale de certaines activités. Paul Volcker, ancien président de la Fed et proche conseiller de Barack Obama, est encore plus ferme : les banques sont là pour servir le public. Toutes les autres activités ne font que créer des conflits d'intérêts et des risques.

La finance serait donc en voie de responsabilisation ?

Quant au changement climatique, dont l'impact économique n'aura échappé à personne, les travaux actuels sur les renégociations des accords en matière de climat s'avèrent très instructifs. Lors du dernier congrès de l'APEC, les négociateurs ont pu donner leurs positions sur les voies possibles d'adoption d'un accord. La majorité des pays semble considérer comme irréaliste un accord mondial juridiquement contraignant d'ici au sommet de Copenhague et propose une solution en deux temps : un accord de principe dans trois semaines et des négociations d'application ensuite.  Le Président Sarkozy et son homologue brésilien, Luiz Lula da Silva, préfèrent un accord précis, contraignant , conduisant à la réduction mondiale d'au moins 50 % d'ici à 2050 par rapport à 1990 des émissions mondiales de gaz à effet de serre. A cela s'ajouterait un soutien financier des pays riches aux pays pauvres.

Mais qu'en est-il de l'économie réelle, celle que chaque consommateur ressent au jour le jour à travers les offres de produits ou services contemporains ou futurs ? Affiche-t-elle les même objectifs de convergence et de responsabilité ?

Après quelques premières réactions d'affichage de quelques grands groupes ayant décidé de faire du green marketing , la pression croissante de la réglementation internationale en matière de gouvernement d'entreprise semble pousser les dirigeants à chercher d'autres projets de développement, à proposer à leurs clients non pas du rêve (les années soixante sont terminées), mais cette idée qu'ils ont conscience des réalités d'un monde devant réduire ses émissions de polluants sous peine de revers sévères. Certains grands groupes cotés vont même déjà jusqu'à créer des indices de valorisation des économies d'énergie ou de résultats en terme de gouvernance verte qu'ils affichent dans leurs rapports financiers annuels. A quand les actions traçantes environnementales (ou sustainable stocks ) ?

Tous ces évènements disparates appellent une conclusion unifiée étonnante : la crise financière a joué un rôle important de révélateur. Les chefs d'entreprise ont compris, sans doute un peu à leurs dépends, qu'ils peuvent parler de responsabilité à leurs clients sans les faire fuir. C'est sans doute pourquoi le management change un peu de discours, les projets d'entreprise commencent à évoluer ainsi que les projets industriels (qui aurait cru il y a ne serait-ce que 3 ans à un show room entièrement consacré à la voiture électrique sur les Champs Elysées ?).

Plutôt que de butter sur une conception strictement comptable des coûts environnementaux (ou des droits de l'homme - mais ceci est un autre sujet), certains dirigeants semblent agir et se demander pourquoi ne pas faire de la stratégie de développement, ou de responsabilité, un objectif affiché de croissance d'entreprise. Chacun peut connaitre les enjeux d'un tel projet : produire mieux, dans une logique de plus long terme, tout en intégrant, si possible, les sphères de l'intérêt global (commerce international, droits de l'homme, environnement et développement durable). Cette stratégie, dans le contexte économique actuel post crise financière est totalement rationnelle. Elle permet d'optimiser l'image d'une entreprise adepte de ce que l'on pourrait appeler une économie de la sagesse (ou de la maturité), pour les citoyens du monde une sorte de wise economy .

Ainsi c'est du terrain que surgit cette nouvelle forme d'économie. Elle est le résultat improbable des convictions ou prises de consciences qui circulent sur notre planète devenue globale grâce à la technologie. Lourde charge que celle de nos dirigeants d'entreprises car, qu'ils le veuillent ou non, la pression du marché et des autorités réglementaires semble les pousser à aller plus vite que ces contraintes externes pour demeurer compétitifs.

Bien entendu, rien n'est joué, et la modestie des chiffres de la croissance française à venir en est l'un des indicateurs. Mais le sens d'une nouvelle histoire de l'économie est peut être en marche, combinant lois de la concurrence et souhait d'une gestion de l'entreprise plus proche des aspirations de la société contemporaine. Par ces évolutions, l'entreprise donne raison au philosophe : l'entreprise n'est pas morale, ou éthique, mais sa gestion peut parfaitement le devenir.

L'avenir nous dira si la ligne sera suivie durablement ou si tout cela ne sera qu'un feu de paille. Souhaitons pour notre biosphère que la tendance soit de long terme…

imen

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