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Interview de Jean-Aymon Massie : Président de Président de l'Association française de gouvernement d'entreprise (AFGE)

Jean-Aymon Massie

Président de Président de l'Association française de gouvernement d'entreprise (AFGE)

2010, la gouvernance d’entreprise à l’épreuve des faits sociaux

Publié le 09 Février 2010

Ne nous laissons pas griser par les informations euphoriques et soigneusement préparées promettant une «sortie de crise» imminente, et une rentabilité alléchante des placements sur les marchés financiers régulés ou non régulés. Disons simplement que c’est du bon marketing, des tests du niveau de stress des investisseurs, un climat fabriqué  pour préparer la phase de consolidation des entreprises de tous les secteurs qui devrait s’accélérer durant l’année 2010, accompagnée d’une opération de nettoyage sans précédent du secteur banque-assurance dans l’espace économique européen.
Nous avons déjà décrit «les trois phases d’une crise financière dévastatrice mais de courte durée », et pronostiqué la fin de la crise financière à la fin du premier semestre 2010, à condition que les mesures de régulation et de supervision des institutions financières soient adoptées, appliquées sans tarder et auditées en permanence. Sinon les conséquences sur l’économie réelle, la récession et les destructions d’emplois qualifiés se poursuivront. Elles ne pourront plus être maîtrisées. Les tensions sociales avec la bulle de la dette publique-privée sont les principaux dangers à redouter en ce début d’année 2010. Des effets systémiques d’une autre nature menacent.

Les faits sociaux, estompés par cette ère de prospérité exceptionnelle de 1994 à 2008, ont été longtemps négligés par les conseils d’administration (CA) des entreprises moteur de l’économie mondiale (le climat social de l’entreprise, la gestion des ressources humaines et de la formation, les conflits du travail sont rarement portés à l’attention des administrateurs) ; la crise économique et sociale devrait ébranler les certitudes des membres des CA et celles des mandataires sociaux.

En cette fin d’année 2009 la priorité était, semble-t-il, donnée à la concentration des pouvoirs de contrôle et de gestion sur une seule tête, le PDG, afin de «simplifier les circuits de décision», et pourquoi pas «faire des économies d’échelle» ! Avoir un président du CA, dégagé des responsabilités opérationnelles, disposant de plus de temps pour élaborer la stratégie , appréhender le long terme, anticiper, détecter et maîtriser les risques, et mieux contrôler les résultats des opérationnels … n’est plus aujourd’hui un principe de gouvernement d’entreprise respectable. Les travaux des comités spécialisés du conseil d'administration ou du conseil de surveillance tendent à devenir opaques, et l’assiduité des administrateurs n’est plus mesurée avec la même rigueur ; la transparence et la sincérité de l’information financière communiquée aux actionnaires et au marché sont soumises à des restrictions subtiles.

Le temps est venu d’édifier des «murailles de chine», de fortifier des lignes Maginot réputées imprenables, en recourant à une batterie de «pilules empoisonnées» habilement camouflées. La gouvernance d’entreprise doit céder le pas à l’autodéfense, à la panique ou au jugement dernier des actionnaires ! Qui va rester en vie à la fin de l’année 2010 ? On peut s’interroger légitimement si la gouvernance d’entreprise résistera à l’épreuve des faits sociaux en 2010, car partout les témoins d’alerte clignotent dans les pays industrialisés occidentaux, les nouveaux tigres d’Asie, les BRIC et les PIG, mais aussi dans les pays émergents. Le moteur chauffe, faut-il changer de lubrifiant ou changer de conducteur ?

A notre avis les principes de gouvernement d’entreprise, le choix de la gouvernance  ne sont pas en cause ; c’est le conducteur qu’il faut remplacer. Une génération de dirigeants, qui n’a pas démérité en majorité, est dépassée par cette mutation des entreprises engagée malgré eux, dans ce contexte post globalisation de crise économique, sociale et culturelle. L’épreuve des faits sociaux va précipiter cette mutation salutaire des entreprises, appelées à devenir les acteurs compétitifs de ce monde meilleur, qui se forge difficilement.Ce monde meilleur où sera rétablie la primauté du facteur humain sur les priorités économiques et financières.                                                                                             

imen

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