Patrick Moonen
Stratégiste Senior au sein de ING Investment Management
Un objectif de progression de 9 à 10 % pour le S&P 500 et de de 20 % pour l'Eurostoxx 600 à fin 2010
|
Publié le 01 Mars 2010
Quel constat faites-vous sur l'état des marchés boursiers à l'heure actuelle ?
Deux forces opposées s'affrontent sur les marchés. D'un côté, les éléments fondamentaux demeurent relativement positifs. Nous nous attendons à une croissance bénéficiaire de 25 à 30 % en 2010. La croissance économique sera par ailleurs plus élevée en 2010 qu'en 2009 ce qui devrait aider l'évolution haussière des chiffres d'affaires des entreprises. Ensuite les valorisations sont généralement bon marché en Europe. Enfin nous pensons que la politique monétaire restera souple au moins jusqu'à la fin de l'année.
Face à ces éléments de base qui devraient jouer un rôle favorable sur les marchés, nous avons des facteurs négatifs. La correction de ces dernières semaines a été provoquée par deux causes essentiellement. Au mois de janvier, la Chine a renforcé ses exigences en matière de réserves. Le marché a réagi de manière négative en croyant que nous assistions à un début de phase de hausse des taux. Je pense que le marché a mal interprété cette intervention. C’est un signe de force de l’économie Chinoise et surtout préventif.
En outre, les investisseurs appréhendent de plus en plus les risques sous-jacents aux déficits des finances publiques. C'est un facteur qui risque de nous accompagner encore quelque temps. Cela signifie que nous devrions avoir encore une forte volatilité avec une montée de l'aversion au risque sur les marchés au moins à court terme.
De quelle manière avez-vous vous-même accueilli la réaction de la Chine ?
Le comportement de la banque centrale chinoise était attendu. Peut-être effectivement que le timing a été plus tôt. Ceci étant, je suis d'avis que l'impact de la hausse des réserves a été davantage psychologique que réel. Nous pouvons comparer cela à l'augmentation du taux d'escompte aux États-Unis il y a deux semaines.
Le taux était artificiellement bas à la suite de la crise financière. À présent, les banques centrales se sont lancées dans un processus de normalisation de leur politique monétaire. Néanmoins cela n'a pas d'effet sur le coût de financement. Le taux directeur de la réserve fédérale américaine devrait demeurer à son niveau pendant encore plusieurs mois.
Fin 2010, nous pourrions voir ce taux augmenté de 25 points de base.
Qu'en est-il de l'Europe ?
En Europe, la banque centrale européenne pourrait maintenir ces taux à 1 %. La croissance économique en Europe a vocation à être très faible. Par ailleurs il y a toute la problématique grecque dont il faut tenir compte.
Quel regard portez-vous sur cette problématique?
Je suis convaincu que l'Union européenne apportera son soutien à la Grèce pour régler les éventuelles difficultés de refinancement. Il y a clairement un risque de contagion du cas de la Grèce à des pays comme le Portugal ou l'Espagne. C'est une raison de plus pour que l'Union européenne agisse en amont en aidant la Grèce de manière appropriée.
Pour l'instant, nous avons un rapport de forces politiques. D'un côté la France et l'Allemagne souhaitent maintenir la pression sur la Grèce pour que celle-ci assainisse ses finances. Mais de l’autre coté, ces pays ne peuvent pas laisser la Grèce livrée à elle-même. Les marchés financiers pourraient très mal le prendre et le risque de contagion sur les autres pays vulnérables pourrait se concrétiser.
Sans oublier les répercussions négatives sur le secteur bancaire dès lors que de multiples établissements européens sont fortement investis dans les obligations grecques.
Mis à part cette problématique liée aux pays du Sud de l'Europe, quels sont les autres principaux risques qui pèsent sur les marchés actuellement ?
La dégradation de la conjoncture économique. Clairement nous avons eu ces derniers jours des chiffres décevants. Nous pouvons mentionner la publication du PIB en Europe
La croissance économique européenne est de toute évidence plus faible que la croissance économique aux États-Unis. La reprise économique jusque à présent est principalement basée sur un restockage des entreprises et pas suffisamment sur une demande réelle. Cela pèse sur les bourses européennes et sur l'évolution de l'euro.
Un ralentissement totalement inattendu au niveau des marchés émergents qui pourrait être engendré par une remontée plus rapide que prévu des taux d'intérêt en Inde et au Brésil, suite à des pressions inflationnistes, serait également très malvenu. La probabilité nous semble néanmoins très limitée. Les marchés émergents continuerons a croître plus vite que les pays développés.
Le risque de connaître une situation similaire à celle de 2004, à savoir un trou d'air d'environ 10 à 15 % après un fort rebond en 2003, ne vous semble-t-il pas important ?
Nous ne pouvons pas l’exclure, surtout à court terme. Mais si vous avez un horizon d'investissement jusqu'à la fin de l'année, ce risque est tout de suite moins significatif.
Quels sont vos perspectives de progression pour les marchés d'ici la fin de l'année ?
Nous avons un objectif pour le S&P 500 de 1200 points, soit une progression de 9 à 10 % par rapport au niveau actuel. La cible visée pour l'Eurostoxx 600 est de 300 points, contre 250 aujourd'hui, soit une croissance de 20 %. Il y a certes des incertitudes à court terme mais les fondamentaux combinés avec une hausse importante des bénéfices rendent les marchés très attractifs, particulièrement vis-à-vis du rendement obligataire. Le rendement du dividende en Europe est de 3,5 %, contre 3,1 % pour l'obligation allemande à 10 ans.
Pensez-vous que les déséquilibres que nous connaissons sur le plan monétaire et budgétaire actuellement seront résorbés de manière intelligente ? Est-ce pour vous un sujet d'inquiétude, ou bien faites-vous plutôt confiance aux autorités ?
C'est une inquiétude, mais pour 2011, pas pour 2010. Étant donné l'expérience japonaise par le passé, je ne pense pas que les politiques interviendront trop tôt dans l'assainissement des finances publiques en 2010.
Voir les gouvernements réduire leurs dépenses et augmenter les impôts cette année ferait craindre une rechute de la croissance économique, essentiellement en Europe.
Je pense véritablement que les autorités ont actuellement conscience du danger. Nous pouvons espérer qu'en 2011, la reprise sera suffisamment forte pour que l'assainissement des finances publiques pourraient se faire sans repousser les économies dans une récession..
Doit-on s'attendre à une poursuite du phénomène de contagion de panique des investisseurs, à des anticipations quelque peu auto réalisatrices ?
Les investisseurs ne doivent surtout pas paniquer. Il y a certes la volatilité à court terme mais cela est inhérent au marché. Beaucoup des incertitudes que nous avons aujourd'hui pourraient se résoudre dans les semaines à venir. Les fondamentaux restent suffisamment attractifs pour continuer à privilégier les actions.
L'investisseur doit mettre l'accent sur la qualité des bénéfices, et des bilans. En agissant ainsi, 2010 pourrait s'avérer être une bonne année pour les actions.
De quelle manière faites-vous pour gérer la volatilité. Préconisez-vous du courtermisme, autrement dit de la gestion active, ou bien une stratégie de buy and hold jusqu'à une accalmie ?
Malgré la volatilité à court terme, nous sommes surpondérés en actions avec une optique de 6 à 12 mois. Nous préconisons davantage une stratégie de buy and hold. En cas de faiblesse sur les marchés nous sommes davantage tentés de renforcer nos positions.
Pensez-vous que la principale manière de gagner de l'argent sera de miser sur les valeurs décotées, c'est-à-dire de parier sur un potentiel de rebond par rapport à la valeur intrinsèque des entreprises ?
Nous recherchons pour le moment des valeurs de bonne qualité, qui ont une structure financière solide, donc peu de dettes, et un cash-flow suffisamment important pour pouvoir payer des dividendes. Nous misons donc sur une stratégie de titres value à haut rendement.
Quels sont pour vous les secteurs qu'il faut privilégier ou bien éviter ?
Nous jouons trois thèmes majeurs. Tout d'abord la poursuite de la hausse des matières premières. Nous surpondérons les matériaux de base, notamment les métaux et les valeurs minières, et le secteur du pétrole.
Ensuite, nous jouons la croissance durable des bénéfices avec le secteur de la technologie.
Enfin la troisième thématique que nous privilégions est la qualité bon marché, des sociétés qui ont une bonne structure financière est dont la valorisation est réellement très basse. C'est le cas de nombreuses valeurs pharmaceutiques.
Nous évitons le secteur financier car nous craignons la pression exercée par la régulation sur la rentabilité des acteurs et le secteur lié à la consommation privée (automobiles).
Propos recueillis par Imen Hazgui
imen

Un objectif de progression de 9 à 10 % pour le S&P 500 et de de 20 % pour l'Eurostoxx 600 à fin 2010




