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Interview de Charles-Henry Chenut*  : Associé du cabinet d'avocats franco-brésilien Chenut Oliveira Santiago

Charles-Henry Chenut*

Associé du cabinet d'avocats franco-brésilien Chenut Oliveira Santiago

Il y a suffisamment d’indicateurs positifs au Brésil pour assurer un avenir propice au pays

Publié le 11 Mars 2010

Quels sont les défis macro-économiques et financiers identifiés pour le Brésil ?
Le Brésil n'est pas un pays de croissance à deux chiffres. Nous devrions avoir un taux de croissance du PIB en 2010 de 5 %, voire de 6% ; ce qui est déjà remarquable. C'est une bonne chose car les pays affichant une croissance à deux chiffres sont des pays à développement rapide, certes attrayants, mais qui sont susceptibles de poser des difficultés liées à un manque de stabilité et de visibilité à terme de leurs économies.

Le Brésil a connu une gestion financière et budgétaire absolument remarquable. Les réserves internationales de change s'élèvent aujourd’hui à plus de 230 000 milliards de dollars, contre 38 milliards en 2002. C'est le dernier pays à être entré dans la crise et le premier à en être sorti. Il a obtenu tous les plus importants labels des agences de notation internationales (Standars & Poor’s et récemment Moddy’s). Le Brésil a remboursé, en outre, de manière anticipé sa dette de 15,5 milliards de dollars au Fonds monétaire international. Il ne semble pas, par ailleurs, qu’il y ait une volonté gouvernementale interventionniste de soutenir artificiellement la monnaie brésilienne, au-delà du stricte nécessaire. Le défi pour le pays sera donc de conserver le cap.

Les autorités brésiliennes ont instauré il n'y a pas longtemps un impôt pour éviter une trop forte spéculation sur les bourses. De quelle manière avez-vous accueilli cet impôt ?
Cet impôt n'a rien changé de manière sensible. Je n'ai pas vu d'évolution significative dans le comportement des investisseurs étrangers à cet égard.

Peut-on s'attendre alors à une autre intervention de ce genre pour freiner les ardeurs des investisseurs ?
Le pays n'est pas d'un interventionnisme outrancier comme pourraient l'être la Chine ou encore la Russie, ce qui peut poser des problèmes de lisibilité dans la politique suivie à l'égard des investissements étrangers. Dans ces pays, les investisseurs ne sont pas à l'abri d'un revirement politique qui pourrait avoir un impact négatif sur l'économie et donc sur leurs engagements financiers.
Au Brésil, une véritable garantie démocratique est offerte avec un jeu de contre-pouvoirs réels. L’économie est laissée à un libre cours normal avec des règles d'encadrement qui sont connues et raisonnables. Certains secteurs pourraient néanmoins être davantage régulés.

Enfin, le marché brésilien est très ouvert de telle sorte qu'il n'y a pas de discrimination entre le capital étranger et le capital national. Cela est devenu un principe à valeur constitutionnelle. Il est d’ailleurs possible de créer une société avec 100 % du capital français, sans capital minimum et sans obligation de libération de ce dernier immédiate. Ce sont des avantages non négligeables pour des PME étrangères qui désirent s’implanter localement.

L'engouement des investisseurs vous paraît-il préoccupant ? Est-il susceptible d'affecter les fondamentaux économiques et financiers du pays ?
Je ne le pense pas. Les pays est immense, il y a des besoins très importants dans des secteurs très variés. Le pays exporte par ailleurs de manière notoire dans divers domaines. La balance commerciale est excédentaire et bonne avec une reprise qui s’est fait déjà sentir. Les bases sont stables.

Que pensez-vous des critiques sur la faible liquidité et le manque de profondeur des marchés financiers brésiliens qui pourraient accentuer les risques liés à la spéculation ?
Il y aura toujours des oiseaux de mauvais augure pour décourager les investissements en avançant le fait que l'on échafaude nombre de projets sur du sable mouvant. Nul ne sait avec certitude ce qui véritablement et précisément pourrait se passer sur le plan financier au Brésil dans un futur même très proche. Personne n'a été capable de prévoir la crise que nous avons traversée dernièrement ; sinon les réactions auraient été différentes en amont. Mais, il y a suffisamment d’indicateurs économiques, politiques et sociaux, positifs au Brésil pour assurer un avenir propice au pays pour les décennies à venir.

L’ensemble des données chiffrées démontre objectivement une stabilité des fondamentaux du pays. La bourse brésilienne demeure stable par rapport aux autres bourses mondiales. Le PIB ne cesse de croître, l’inflation est aujourd’hui maîtrisée et le chômage baisse alors que la consommation courante augmente. En outre, les investissements directs étrangers au Brésil ne cessent d’augmenter pour être supérieur à ceux cumulés de la Russie et de l’Inde.

On observe de plus en plus de sociétés de gestion qui souhaitent investir au Brésil. De quelle manière appréhendez-vous ce phénomène ?
Nous remarquons depuis peu la création de fonds d'investissement privés, français ou européens, spécifiquement dédiés au Brésil. L’attractivité économique de ce pays, par rapport aux autres places du monde, en est la raison majeure. L'objectif affiché de ces fonds est d’accompagner les entreprises étrangères vers le Brésil dans leur financement ou d'investir dans des sociétés brésiliennes en pleine expansion et qui se tournent aujourd’hui vers l’international et notamment l’Europe.

Autre phénomène intéressant, l’immobilier au Brésil est en train d'exploser. Les prix augmentent fortement notamment à Rio, en raison des échéances de 2014 pour la coupe du monde et de 2016 pour les jeux olympiques. A ce titre, nous sommes en train de constituer une offre globale de financement avec une banque française pour acquérir des biens immobiliers au Brésil par le jeu de prêts hypothécaires accordés en France. La demande n’est pas négligeable, même si le risque spéculatif pourrait venir se poser à terme.

Propos recueillis par Imen Hazgui

*Charles-Henry Chenut est également conseiller du commerce extérieur de la France (CNCCEF) et président du groupe Brésil (CNCCEF)

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