Philippe Waechter
Directeur de la Recherche Economique de Natixis Asset Management
Faire des anticipations d’inflation à 5-10 ans laisse place davantage à des convictions qu’à de l’analyse
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Publié le 15 Mars 2010
Selon vous l'inflation n'est pas au cœur des problématiques qui sont posées ?
La question aujourd'hui n'est pas centrée sur l'inflation. Celle ci n'est pas perçue à court terme comme une menace. Les interrogations portent aujourd'hui davantage sur l'activité, l'appareil productif, l'emploi, et les déficits publics. A court terme, les pressions sur les prix ne proviendront des tensions exercées sur l'appareil productif.
La seule source d'une résurgence durable de l'inflation pourrait être une forte envolée des prix des matières premières. Il y a une incertitude forte qui porte sur les matières premières et notamment sur le pétrole. Sur les deux-trois dernières années, les fluctuations de l'inflation ont été uniquement liées aux fluctuations du prix du pétrole.
Quid de l'inflation dans un délai de cinq à dix ans ?
Nous pouvons toujours faire des conjectures inflationnistes. Mais très sincèrement je n'ai aucune idée de quelle sera l'évolution de l'inflation dans cinq à dix ans.
Cela me paraît être un horizon lointain qui laisse davantage place à des convictions qu'à de l'analyse. Admettre que les banques centrales feront évoluer leur objectif d'inflation. Pourquoi pas. Mais quelles en seraient les raisons effectives? J'ai du mal à en trouver la rationalité. On peut penser que l’explosion de la demande des pays émergents créera, de fait, de l'inflation. C'est cependant une vision très malthusienne de l'économie. L'histoire de ces cinquante dernières années montre le contraire, l'accroissement de l'activité a enrichi sans créer de tensions extrêmes sur les prix.
Et utiliser l’inflation pour alléger le poids de la dette publique ?
Vouloir éliminer la dette par l'inflation, cela suppose au préalable de déterminer le niveau d'inflation optimal pour supprimer la dette tout en limitant les effets négatifs sur la croissance. La première question qui se posera, sera de connaître le niveau d’inflation souhaité. Si c'est 3-4 % l'impact sur l'endettement sera limité car les taux d'intérêt augmenteront. Si c'est 10-15 % cela peut avoir un effet déstabilisant sur l'activité.
Par ailleurs, les pays qui ont de la dette sont les pays industrialisés. Souhaiter un taux d'inflation plus important pour gommer la dette c'est prendre un risque de compétitivité fort dans une économie globalisée. Les pays émergents et notamment la Chine n'ont pas de dette publique excessive. L'évolution de leurs prix dépendra des tensions sur l'appareil productif et du prix des matières premières. En outre les produits fabriqués dans les pays émergents peuvent être de qualité à des prix concurrentiels. Comment vouloir être inflationnistes dans ce cadre là et maintenir une forte dynamique de croissance ? Le risque de faire de l'inflation tout seul, c’est de s'appauvrir.
Quelle alternative pourrait alors se présenter à ces pays ?
La problématique n'a pas vocation à se résorber spontanément. La réduction de la dette suite à une forte augmentation de celle-ci dans des circonstances exceptionnelles prend du temps, entre 15 et 30 ans. Il faut d'abord dégager durablement une croissance robuste. Cela suppose un renouvellement de l'investissement vers de nouveaux supports notamment du coté des pays émergents et du coté de l'économie verte.
Pensez vous que les politiques des banques centrales doivent évoluer ?
La problématique posée par Olivier Blanchard est extrêmement intéressante. Il propose de changer le taux objectif d'inflation objectif des banques centrales. Celui-ci est généralement à 2 %, il suggère de passer à 4 %. Cette proposition doit être interprétée dans le cadre de la sortie de récession. En 1933, lors de la sortie de la crise les taux d'intérêt réels étaient franchement négatifs car il y avait de fortes anticipations d'inflation. Cette situation avait incité et obligé les acteurs économiques à raisonner différemment. Aujourd'hui les taux d'intérêt réels sont positifs et n'engendre pas de changements de comportement. Si l'on craint la déflation et le FMI n'a pas totalement écarté ce risque, changer le taux d'inflation objectif peut provoquer la perception d'un changement de régime et donc d'une modification des comportements.
Une stratégie d'investissement visant à se protéger contre l'inflation vous semble t elle pertinente ?
La difficulté est de se prémunir contre un risque difficilement prévisible aujourd'hui. Ce qui est rationnel d'imaginer, c'est que la probabilité d'avoir une inflation plus élevée n'est pas très forte à court terme. Mais, il faut avoir en tête qu'à l'horizon de 5 à 10 ans, on ne sait pas ce qui peut se passer et on ne peut pas exclure l'éventualité qu'il y ait plus d'inflation. Pour synthétiser, la probabilité d'avoir de l'inflation dans 5 à 10 ans est plus importante que celle d'avoir de l'inflation à 2 à 3 ans.
Propos recueillis par Imen Hazgui
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Faire des anticipations d’inflation à 5-10 ans laisse place davantage à des convictions qu’à de l’analyse




