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Interview de Michala  Marcussen : Directeur de la recherche économique au sein de la Société Générale Cross Asset Research

Michala Marcussen

Directeur de la recherche économique au sein de la Société Générale Cross Asset Research

La politique budgétaire ne doit pas dominer la politique monétaire

Publié le 15 Mars 2010

Il y a une véritable distinction à faire entre la situation des pays développés et la situation des pays émergents s'agissant du risque d'inflation à court terme...
Le seul risque d'une résurgence de l'inflation dans les pays développés réside dans une remontée du prix des matières premières, essentiellement du prix du pétrole.

Ce risque est également présent dans les pays émergents avec en plus un risque d'effets de second tour, autrement dit des hausses de salaires. L'inflation pourrait donc devenir une inflation plus généralisée dans les pays émergents.

D'autant que l’inflation dans ces pays est beaucoup plus sensible à la hausse des prix des denrées alimentaires, à laquelle nous avons déjà en partie assisté, qu'à une hausse des prix du pétrole.
 
Quels sont les pays émergents les plus exposés au risque d'inflation?
Parmi les pays où le risque d'inflation est le plus significatif, nous avons la Chine et le Brésil, mais également d’autre pays émergents où la croissance est dynamique. Nous avions une inflation pour l'ensemble des pays émergents de 4,2 % l'année dernière. Nous prévoyons 5,5 % pour cette année et 5,8 % pour 2011. 
 
Pensez-vous qu'envisager la question de l'inflation à long terme, 5 à 10 ans, a du sens ? Pour certains ce serait un horizon trop lointain qui laisserait davantage place à de la conviction qu'à de la pure analyse ?

Je m'inscris en désaccord avec cette pensée. De multiples investisseurs, à l'instar des caisses de retraite ou encore de nombreuses entreprises, ont un horizon de placement à long terme. Ces investisseurs doivent alors prêter attention à des perspectives d'évolution qui dépassent les cinq ans de manière à appréhender les risques auxquels ils doivent faire face.

L'idée n'est pas d'avoir des réponses fermes et définitives. L'objectif est de donner les grandes lignes des tendances structurelles qui devraient interagir au niveau mondial dans les éléments de réponse à apporter à la question de l'inflation. Il demeure de multiples incertitudes. Mais ce qui est fondamental c'est la prise de conscience à partir de l'analyse menée que des changements profonds vont s'opérer.
 
Votre étude conclut sur un retour de l'inflation. Est-ce un retour d'une inflation préoccupante?
Au moindre mal, il vaut mieux plus d'inflation, que de la déflation. Je pense véritablement, que le pire des scénarios serait que l'on soit pris dans une spirale déflationniste à la japonaise, qui serait catastrophique pour la dette publique.

La problématique de l'inflation se pose notamment par rapport au financement des déficits publics. L'idée étant que les Etats devraient pouvoir créer un peu plus d'inflation pour réduire leur dette. Qu'en pensez-vous ?
La meilleure manière de faire disparaître les déficits publics tient dans la croissance économique, les bonnes réformes structurelles, et non dans l'inflation.
 
Ceci étant, il sera plus aisé pour les Etats d'utiliser dans le cadre de la gestion de leurs finances publiques un environnement inflationniste qu'un environnement déflationniste. Effectivement, si les autorités décident de ne pas indexer sur l'inflation les retraites, les allocations chômage, les salaires des fonctionnaires, …. cela agira comme une taxe.
 
De quelle manière appréhendez-vous les propos d'Olivier Blanchard qui demande à la BCE d'augmenter son objectif d'inflation à 4% au lieu de 2% ? 
Olivier  Blanchard a, dans son article, à mon sens, soulevé une question pour contribuer à un débat sur les objectifs que doivent s'assigner les banques centrales afin de maintenir une stabilité des prix et une stabilité financière.
Pour que la politique monétaire puisse fonctionner  de manière indépendante, avec un objectif d'inflation bas, il ne faut pas que la politique budgétaire joue un rôle trop important, auquel cas, il se peut que les banques centrales arrivent à la limite de l'utilisation de la politique monétaire, et que cette dernière finisse par s'avérer inefficace.

Vous avez la sensation que la politique budgétaire est devenue dominante ?
Elle est en train de le devenir en raison des déficits énormes qui se sont creusés. Avec la monétisation de la dette lors de la crise, nous voyons déjà aux Etats-Unis, Royaume-Uni et au Japon un premier effacement de la frontière entre la politique monétaire et la politique budgétaire.

Une modification des politiques monétaires vous parait-elle indispensable ?
Il est un fait que nous nous devons de créer des changements en termes de stabilité financière.
En même temps je ne suis pas convaincue que ce sont les banques centrales qui sont le mieux positionnées pour opérer ces changements.
 
Sur le fond je trouve l'indépendance de la banque centrale très judicieuse, j'estime également l'idée d'avoir un objectif de stabilité de prix et un objectif sur le crédit pertinente.
 
À présent la difficulté réside dans la définition de ces objectifs. Le problème n'est pas de savoir si la politique monétaire est une bonne chose. Le problème est de savoir si avec la politique budgétaire que nous avons, les banques centrales peuvent mener des politiques monétaires telles qu'elles le faisaient auparavant. C'est là où je crains que la  réponse soit négative.

Propos recueillis par Imen Hazgui

imen

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