Laurent Berrebi
Chef économiste chez Groupama AM
Les risques inflationnistes, beaucoup de bruit pour... presque rien
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Publié le 15 Mars 2010
Une des questions qui agite le débat économique est celle du retour ou non de l'inflation. De quelle manière vous-situez vous dans ce débat ?
Il n'y a pas de craintes d'inflation ni à court ni à moyen terme. Nous nous situons davantage dans le camp des déflationnistes que dans celui des inflationnistes s'agissant des économies développées.
Ce pour plusieurs raisons. Nous faisons face à une déflation financière qui se traduit par une réduction de la dette du secteur privé, et du bilan des banques commerciales, par le biais de défauts massifs. Par ailleurs, le marché de l'immobilier poursuit son effondrement sur la partie commerciale et sa crise sur la partie résidentielle.
De manière plus générale, les secteurs qui avaient profité de l’explosion de la dette doivent réduire leurs surcapacités qui se traduisent aujourd’hui par une pression considérable sur les prix. Le secteur automobile qui a un besoin considérable de se restructurer l’illustre parfaitement. Ces secteurs, qui affichent les effets multiplicateurs les plus importants, génèrent de la déflation qui peut se propager sur l'ensemble de l'économie. Un tel processus est lent, long et durable et continuera à peser sur la demande intérieure.
C’est pour cette raison que nous prévoyons une inflation à 0 en fin d’année tant aux Etats-Unis qu’en zone euro, avec l’hypothèse d’un prix du baril demeurant autour de 80$.
De quelle manière appréhendez-vous alors les propos d'Olivier Blanchard qui demande à la BCE d'augmenter son objectif d'inflation à 4% au lieu de 2% ?
Les propos d’Olivier Blanchard participent à un débat aujourd'hui posé sur l'évolution nécessaire des politiques monétaires compte tenu du nouveau contexte actuel.
La crise a notamment été provoquée par le fait que nous n'avions pas adapté la politique monétaire dans les pays développés à un contexte que je qualifierais de structurellement keynesien (insuffisance de la demande par rapport à un excès d'offre).
Pour Monsieur Trichet, en faisant cela, on suggérerait que n'importe quel changement est possible dans n'importe quelle direction. Pour Axel Weber, président de la Bundesbank, la banque centrale allemande, et potentiel successeur de M. Trichet, le FMI joue avec le feu. Qu’en pensez-vous ?
Ces réactions montrent que Mr Trichet et Mr Weber n'ont pas intégré ce nouveau contexte keynesien.
La politique monétaire telle qu'elle est née est un peu schizophrène, elle est partagée entre deux mondes : celui du contexte monétariste structurel qui a permis aux politiques monétaires de très bien fonctionner depuis les années 80 et le contexte structurel keynésien actuel qui impose des adaptations de ces politiques.
Ces réactions ne conduisent-elles pas à placer le débat à un niveau uniquement intellectuel?
Le débat même s'il demeure intellectuel est significatif de la crise dans laquelle nous sommes.
La crise est également une crise institutionnelle qui se manifeste par un manque de gouvernance économique, une inadaptation de la gouvernance monétaire.
Si cette inadaptation se poursuit, elle nous placera dans une crise profonde parce que les marges de manoeuvre que nous avions du coté de la dette publique n'existeront plus.
Quelles suggestions feriez-vous pour l’adaptation de la politique monétaire ?
En plus de l'inflation, il y a inévitablement à regarder la croissance du crédit.
Mais, on ne pourra pas satisfaire deux objectifs par un seul instrument, autrement dit uniquement par les taux d'intérêt.
Il faudra un instrument de stock (et non de flux), soit au niveau du bilan de la banque centrale, soit au niveau du secteur financier privé par une régulation et une contrainte financière différentes et renforcées.
Dans quel timing ce changement de donne pourrait se concrétiser?
Il y a un consensus selon lequel compte tenu de ce qui a été mis sur la table depuis l'année dernière, on était tranquille pour deux à trois ans. Cela ne peut pas aller au delà. La nouvelle régulation doit ainsi émerger et être mise en place d’ici fin 2011 au plus tard.
Dans ces conditions, une stratégie d'investissement destinée se protéger contre l'inflation a-t-elle du sens?
Si vous avez un horizon d'investissement de long terme, une dizaine d'années, alors une telle stratégie a du sens. Dans une gestion actif-passif, il serait pertinent d'avoir une partie des actifs dont le rendement est indexé sur l’inflation compte tenu des passifs comme les retraites qui sont indexés sur l'inflation.
Cependant, en gestion, vous devez aussi composer avec vos craintes de déflation à court et moyen terme.
Propos recueillis par Imen Hazgui
nicolas

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