Louis-Armand de Rougé
Richcourt Fund Advisors
L’heure du compromis
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Publié le 29 Mars 2010
Après la berge du ravin que l’économie mondiale avait côtoyé en 2008, voici venu le temps des changements induits par la crise financière et des réformes et compromis qu’elle entraîne. Dans un premier temps, il s’agit de savoir dans quelle mesure les discours politiques aboutiront aux mesures annoncées. La réforme financière initiée par Obama conjugue une taxe bancaire avec une réforme de l’activité des banques. Il s’agit en quelque sorte d’imposer les quelques 50 établissements financiers, bancaires, assureurs et brokers à hauteur de 90 milliards afin de rembourser une partie des pertes générées par le plan de sauvetage précédemment mis en place sous le nom de TARP (Troubled Asset Relief Program). En outre, le président américain souhaite via la proposition Volcker, séparer les activités de trading pour compte propre, de « private equity » et de hedge fund, des banques d’investissement et des banques commerciales. De nombreux débats parlementaires en perspective.
L’Europe n’est pas en reste et veut également établir une taxe bancaire. C’est le cas de la Suède. Des projets voient le jour en Allemagne, au Royaume-Uni et en France. Reste à savoir si le montant de l’impôt sera, comme semblent le préférer Brown et Lagarde, affecté au budget des Etats ou servira, selon les souhaits exprimés par Merkel, à alimenter un fonds séparé du budget étatique. La Suisse réfléchit également à une nouvelle réglementation dans ce domaine. Il serait souhaitable que l’on arrive à une certaine cohésion des politiques en la matière.
Pour une meilleure réglementation
Autre point de réflexion, la réforme de la directive européenne sur les investissements alternatifs. Le nombre d’amendements déposés, la position du Royaume-Uni, le lobbying des Etats-Unis et surtout l’indécision des Etats-membres sur le « passeport européen » à mettre en place posent problème. Face à cette volonté de législation considérée comme protectionniste par les Etats-Unis, ceux-ci menacent d’interdire aux fonds domiciliés hors des Etats-Unis de lever des fonds sur leur sol. Certains gérants ont donc l’impression de payer les frais de la crise qui a principalement concerné les banques sans en être responsables. Si anglo-saxons et européens s’opposent pour l’instant, il est important d’aboutir à un compromis.
Il faut également ajouter au chantier des réformes annoncées, la volonté de réglementer les produits dérivés, à commencer par les CDS, qui ô surprise, sont utilisés par les hedge funds pour moins de 10% mais beaucoup plus largement par les teneurs de marché et les banques. Les autorités allemandes avaient conclu à l’absence d’un excès de spéculation sur la dette grecque, il n’empêche….Un surcroît de transparence est nécessaire et sera bienvenu. Récemment la DTTC (Depositary Trust and Clearing Corporation) a accepté de fournir l’identité des contreparties à la demande. On se dirige également vers une interdiction, à l’instar des ventes à découvert, des CDS « nus » c'est-à-dire qui ne sont pas adossés sur la détention d’obligations d’Etat. La compensation de ces instruments est un chantier encore en friche.
Egalement, le récent accord européen concernant le sauvetage de la Grèce démontre bien les trésors de diplomatie qui ont été nécessaires pour arriver à un accord combinant prêts européens et du FMI. La décision de la BCE d’étendre à 2011 les règles plus favorables d’acceptation de collatéral pour les opérations de liquidité est un sérieux coup de pouce à la Grèce et aux « PIIGS » (appellation anglo-saxonne des pays Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne « Spain »). Cet accord préventif nécessitera d’autres compromis s’il devait effectivement être mis en place.
Un curseur encore instable
Enfin, un autre chantier devient d’actualité aux Etats-Unis, la réforme du financement immobilier et en tout premier lieu le sort des agences hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac. Celles-ci ont assuré plus des 2/3 des financements immobiliers en 2009 mais n’ont pas empêché la chute du marché de perdurer. En outre, elles ont déjà coûté près de 200 milliards $ au contribuable américain, et la facture risque de s’alourdir compte tenu des garanties apportées par l’Etat.
Face à ces réformes liées à la sortie de crise on perçoit quelques inquiétudes. Les investisseurs demeurent attentifs à l’évolution des devises et frileux sur la dette des pays face aux montagnes de déficits accumulées par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Grèce qui annoncent des hausses d’impôts à venir. Les actions demeurent un placement plus largement répandu mais la baisse des volumes couplée à la faible croissance des pays développés apparaît très pénalisante. La gestion alternative est dans l’attente de sa réglementation et même si l’on voit un intérêt poindre, les investissements sont encore timides. Les monétaires sont encore largement présents dans les portefeuilles signe de l’attentisme de beaucoup et de l’incertitude qui pénalise la sortie de crise.
francois

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