Marie-Pierre Peillon
Directrice de l'analyse financière et extra-financière chez Groupama Asset Management
La crédibilité des stress tests va permettre de mieux distinguer les bonnes banques des moins bonnes banques
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Publié le 27 Juillet 2010
De quelle manière appréhendez-vous les résultats des stress tests bancaires ?Il s'agit tout d'abord d'un exercice effectué au niveau pan européen, ce qui démontre que quand les européens veulent collaborer, ils le peuvent. Après le mois de mai que nous avons connu, il est rassurant de le constater.
En second lieu, il s'agit d'un travail de qualité avec un objectif prioritaire : la transparence. Certes cet effort est variable suivant les pays, la palme d'or revient à la Banque d'Espagne. En France, un groupe comme le Crédit Mutuel qui a autour de 15% de parts de marché sur les crédits comme sur les dépôts, ne figure pas dans le panel, ce qui est dommage.
Enfin, une communication sur l'exposition des banques aux dettes souveraines a été donnée : Sur les 91 banques, 84 ont détaillé leur exposition à 30 pays souverains. Ceci présente un grand intérêt pour la suite en permettant aux analystes de travailler sur les expositions de chaque banque.
De quelle manière considérez-vous l'hypothèse centrale selon laquelle il n'y aurait pas de défaut de la zone euro…
Nous sommes face à un travail commun européen qui repose sur la collaboration de tous les pays de la région. On ne pouvait, dès le départ, intégrer le défaut d'un Etat, auquel cas le bien fondé des tests aurait été remis en cause.
Ce qui explique que l'on ait pris en compte que le trading book et non l'ensemble du bilan des banques puisque sans hypothèse de défaut, elles seront donc remboursées.
Quelles sont les hypothèses que vous discutez ?
Ce qui est mis en avant c'est la solvabilité du système, autrement dit sa capacité à absorber les pertes. Or aujourd'hui les inquiétudes du marché portent davantage sur la liquidité qui n'est pas directement abordée. Dans le scénario adverse, il est donc de fait sous-entendu que la BCE continuerait à assurer l'essentiel du refinancement des banques.
Concernant les hypothèses macroéconomiques, dans le scénario adverse, le taux de croissance escompté est de -0,2% en 2010, ce qui peut paraitre sévère. Nous avons en 2010 déjà 6 mois d'acquis de croissance. Cela signifie que la deuxième moitié de l'année a vocation à être très dure.
Ceci étant, plutôt que la dureté de l'hypothèse, ce qui me semble bien plus important à mettre en cause, c'est la durée trop courte du test. C'est surtout en 2011 et 2012 que nous risquons de ressentir les répercussions négatives d'une éventuelle rechute économique.
Enfin, les résultats avant dépréciation me paraissent très optimistes.
Ils n'évoluent que de -7% par rapport à 2009. Dans un scénario de rechute économique, les résultats baisseront de toute évidence de plus de 7%. D'autant plus que les chiffres en 2009 ont été dopés par les activités de banque de financement et d'investissement.
Il semblerait que ce soient les banques qui aient indiqué cette donnée.
Il faudrait comparer les résultats estimés par les banques sur les deux prochaines années lors des stress tests aux prévisions des analystes.
Pourrait-on ainsi envisager un autre stress test en 2011 pour 2012 ?
Le CEBS a laissé la porte ouverte sur ce point.
Que pensez-vous des hypothèses retenues concernant les fonds propres ?
Cela ne me choque pas que le travail n'ait pas été effectué sur le core Tier 1, sachant que celui-ci aujourd'hui n'est pas défini par les régulateurs.
La définition commune donnée par ces derniers porte sur le Tier 1. Cependant, la barre fixée à 6% me semble faible. Le marché retient plutôt 8%. Et même si le comité de Bâle dans le cadre de Bâle 3 n'a jamais véritablement donné de chiffre, nous avons plus ou moins en tête que ce serait autour de 8%.
Les autorités se justifient en signalant qu'ils sont bien au-delà du seuil réglementaire de 4%. Mais cette norme a été définie en 1988 au moment de Bâle I.
C'est au final cette principale hypothèse qui a conduit à seulement 7 échecs et un effort de recapitalisation de 3,5 millions d'euros, ce qui est très peu.
Si l'on avait mis la barre à 8%, nous aurions 30 banques supplémentaires qui n'auraient pas passé le test. Unicredit en Italie est à 7,8%, Banque Piraeus en Grèce est à 6, en Allemagne comme en Espagne, nombre de banques ressortent entre 6 et 7% : Norddeutsche Landesbank à 6,2, WestLB à 7,1, Post Bank à 6,6%, %, toutes les caisses d'épargne espagnoles à l'exception de La Caixa et les banques cotées hormis Santander et BBVA.
Les banques anglaises n'ont pas été pointées du doigt…
Elles ont subi un test avec la FSA et ont procédé à un fort mouvement de recapitalisation en 2008 et 2009, les résultats ne sont pas étonnants.
Estimez-vous la transparence renforcée ?
En première analyse nous ne retirons pas grand-chose de nouveau en termes d'informations. Ceci étant, le rapport fait 55 pages plus les annexes par banques. Cela peut constituer de nouvelles bases de travail et faire naitre des interrogations supplémentaires.
La crédibilité de l'étude va permettre de mieux distinguer les bonnes banques des moins bonnes banques.
Le retour à un fonctionnement normal du marché interbancaire ne devrait pas découler de la publication des stress tests…
Non, je ne le pense pas mais il devrait ramener une sélectivité entre banques : autant les banques qui auront passé largement le test se trouveront confortées dans une position avantageuse en termes de financement, autant les banques qui ne l'auront pas passé ou l'auront passé avec justesse, se verront plus rapidement fermées l'accès au refinancement en cas de nouvelles pressions sur les marchés.
L'accalmie devrait être temporaire…
Les drivers du secteur bancaire sur les marchés financiers sont multiples. En premier lieu, les chiffres macro sortis depuis le mois de juillet restent l'élément central et ils ne sont pas très favorables. En second lieu, nous sommes en pleine publication des résultats du 2ème trimestre. Mais l'autre incertitude que redoutait le marché était la publication des propositions du Comité de Bale. A l'origine, les propositions définitives devaient sortir en juillet. Finalement, dans un timing bien orchestré, 48 heures après les stress tests, le Comité a décidé de publier certains aménagements. Le message majeur est que la mise en place du ratio de levier et de liquidité sera repoussée à …2018. il faudra attendre le sommet de Séoul en novembre pour les publications définitives. La publication des stress test et quelques aménagements sur Bâle 3 constituent de bonnes nouvelles à très court terme. Mais les problèmes de liquidité peuvent de nouveau revenir en cas de nouvelles tensions, notamment sur les pays comme la Hongrie par exemple.
La réussite de ces stress tests pourrait-elle conduire à donner un moindre poids à la revendication du lobbying bancaire sur le plan de la régulation...
La question que j'ai pu me poser est davantage celle de savoir si le régulateur européen en fixant un seuil tier 1 à 6% n'avait pas voulu faire pression sur le comité de Bâle, signalant qu'un seuil plus élevé pourrait s'avérer problématique pour de multiples établissements, plus d'un tiers des 91 banques analysées.
Propos recueillis par Imen Hazgui

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