Olivier Pastré
Economiste, professeur à l'Université Paris VIII
Il y a en ce moment une guerre des réglementations bancaires entre les Etats-Unis et l'Europe.
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Publié le 30 Juillet 2010
Comment interprétez-vous les résultats des stress tests publiés cette semaine concernant les banques européennes ?Les stress tests ont démontré que le système bancaire européen était plutôt solide, d'une part, et que les banques françaises étaient plus résistantes que la moyenne, d'autre part. Cela dit, le test n'était pas très « stressant ». L'avenir montrera peut-être que les hypothèses retenues étaient trop optimistes.
L'exercice doit-il être renouvelé ?
Oui, il faut systématiser la publication de ces tests, afin d'augmenter la transparence du système bancaire. Tout ce qui encourage la transparence va dans le bon sens. Mais il faut faire en sorte que les stress tests s'appliquent pour les différents systèmes bancaires de manière comparable, c'est-à-dire en tenant compte du poids relatif des banques dans l'économie et des métiers de chaque banque.
Outre une plus grande transparence via la publication des stress tests, le « business model » des banques n'est-il pas à revoir ?
Oui, mais il faut faire attention à ne pas créer de distorsion de concurrence ! Il existe en ce moment une guerre des réglementations bancaires entre les Etats-Unis et l'Europe. Chacun cherche à gagner en compétitivité en mettant en place des réglementations adaptées à leur système bancaire. Or, les systèmes sont radicalement différents : aux Etats-Unis, le financement de l'économie se fait à 30% par les banques et à 70% par le marché financier ; en Europe c'est l'inverse. C'est la raison pour laquelle il n'y a pas d'unanimité au G20.
Le Comité de Bâle a-t-il eu raison d'assouplir les règles dites de Bâle III qui doivent s'appliquer aux banques à compter de 2012 ?
Il semblerait que les technocrates de Bâle se soient enfin rendu compte que les règles prudentielles ne peuvent pas être les mêmes selon qu'on est en période de croissance ou en période de crise. Bâle III, comme Bâle II, vise à renforcer la solidité du système bancaire, mais cela risque de décourager certaines activités très importantes en période de crise, comme le crédit au PME et le renforcement de leurs fonds propres. C'est pourquoi j'ai milité pour une suspension du processus de Bâle III et de Solvency II (qui concernent le secteur des assurances, ndlr).
Etes-vous favorable à la taxe sur les profits bancaires ?
Oui, mais à plusieurs conditions : d'abord, il faut que tout le monde la mette en place pour éviter les distorsions de concurrence ; ensuite que la taxe soit proportionnelle aux risques pris par chaque établissement ; enfin que cette taxe ne soit pas versée au budget de l'Etat. Comme pour les règles prudentielles, nous sommes face à un triangle des Bermudes : il faut trouver un cadre qui rendra le système bancaire plus solide, ne décourage pas la croissance, et évite les distorsions de concurrence.
A vous entendre, réformer le système bancaire semble mission impossible…
Ce n'est pas le cas. Barack Obama a réussi une importante réforme financière, même si celle-ci s'avère moins ambitieuse que prévu. Je suis aujourd'hui moyennement optimiste dans la mesure où un certain nombre de nos dirigeants pensent que la crise se termine, ce qui n'est pas vrai. La volonté réformatrice est moindre aujourd'hui qu'au lendemain de la faillite de Lehman Brothers.
Propos recueillis par François Schott

Il y a en ce moment une guerre des réglementations bancaires entre les Etats-Unis et l'Europe.






