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Interview de Xavier Le Blan : Directeur général délégué de Prim' Finance

Xavier Le Blan

Directeur général délégué de Prim' Finance

Le prix du baril pourrait atteindre les 150 dollars d'ici la fin de l'année

Publié le 13 Avril 2011

De nombreux rapports ont été publiés hier, par l’AIE ou encore la Coface, autour du pétrole faisant état du fait que nous aurions atteint sur le prix du baril un seuil de tolérance ayant pour conséquence une réduction de la demande et un ralentissement de la croissance mondiale…
A plusieurs reprises, les économistes ont avancé le fait qu’à partir d’un prix du baril trop élevé, un effet immédiat se ferait ressentir sur la demande et en cela sur la croissance économique. L’ensemble des cycles que nous avons traversés depuis les années 60 l’ont vérifié.

Ce seuil se situerait aujourd’hui autour de 120 dollars pour le brent et de 110 dollars pour le WTI pour les pays occidentaux.
Le constat de cet impact avait déjà été fait en France, lorsque la restauration a connu un fort ralentissement en raison de moindres déplacements en voiture pour aller déjeuner.

Ce seuil dépend beaucoup de la zone géographique dans laquelle on se situe…
De nombreux pays subventionnent les prix du carburant. C’est notamment le cas des grands pays émergents que sont l’Inde et la Chine. Les consommateurs indiens et chinois peuvent alors davantage supporter l’impact d’une forte augmentation du prix du baril que les consommateurs européens ou américains.

Dans son rapport l’OPEP a réduit ses prévisions de demande de 50 000 barils par jour pour 2011. Qu’en pensez-vous ?
L’alerte lancée par l’OPEP hier est à mon sens purement politique. Le cartel, et en cela il faut plutôt dire l’Arabie Saoudite, a subi beaucoup de pressions importantes pour augmenter sa production afin de palier le déficit de la Libye.
L’Arabie Saoudite est alors intervenue pour calmer les tensions sur le marché. Mais cette intervention a été jugée insatisfaisante.

Cette alerte sert en quelque sorte à atténuer les pressions sur les pays de l'OPEP et en particulier sur l’Arabie Saoudite. Le pays a fait beaucoup de promesses à la population. Il lui faut trouver l’argent nécessaire pour financer ces promesses. Le supplément procuré par un prix du baril élevé est en cela bienvenue. L’Arabie Saoudite a tout intérêt à maintenir un prix du baril au dessus de 100 dollars, au moins pour un temps. Par ailleurs, une augmentation de la production par le pays supposerait nécessairement des investissements plus significatifs, autant d’argent en moins pour financer les réformes qu’exige la population.
Au-delà de ces considérations économiques, une dimension politique entre en ligne de compte dans la réticence de l’Arabie Saoudite à augmentation sa capacité de production : l’éviction de Moubarak en Egypte qui a été appuyé dans une certaine mesure par les Etats-Unis.

Seule l’Arabie Saoudite est en mesure de réguler les flux de production et d’influencer ainsi l’ampleur de l’offre et consécutivement le prix du baril ?
La Russie est en réalité actuellement le premier producteur de pétrole dans le monde. Mais la capacité de production de la Russie est à son maximum.
Seule l’Arabie Saoudite a la capacité d’ assurer le bon équilibre du marché.

Selon vous, nous connaissons en ce moment le troisième choc pétrolier…
La particularité de ce choc est qu’il se situe à la fois au niveau de la demande et au niveau de l’offre. La consommation de pétrole a atteint un record absolu. La demande se situe à 90 millions de barils par jour. Parallèlement, la capacité d’augmentation de l’offre est de plus en plus faible. Elle ne dépend plus que d’un seul pays qui connait lui-même des difficultés internes.

Pensez-vous que la position de l’Arabie Saoudite s’explique par une absence de volonté ou une absence de capacité ?
Sans doute, il y a une absence de volonté d’intervenir plus massivement. A présent, des échos circulent selon le fait que la capacité d’augmentation de la production de l’Arabie Saoudite n’est pas celle qu’elle prétend avoir.

Quel regard portez-vous sur la récente correction qu’a connue le prix du baril ?
C’est une correction avant tout technique. Le prix du baril a augmenté trop rapidement. L’appréciation a été de 30% depuis le début de janvier. On ne fait que corriger les excès.

Cette correction est-elle à mettre en relation avec la récente note de Goldman Sachs ?
Il a fallu un déclencheur à cette correction qui était attendue. On peut penser que la note de Goldman Sachs, acteur majeur sur le marché, a été ce déclencheur.

Que répondez-vous à ceux qui disent que le fléchissement du prix du baril en quelques heures, alors qu’il n’y a pas eu de modification dans les paramètres physiques de la matière première, traduit tout simplement la présence d’une forte spéculation sur le marché ?
Spéculer veut dire anticiper, voir devant ce qui pourrait se passer. C’est ce que les opérateurs financiers ont fait. Les anticipations ont peut été excessives et n’ont pas suffisamment pris en compte le ralentissement de la croissance mondiale, ou encore la crise que connait actuellement le Japon.

Vous vous attendez à une envolée du cours dans les mois à venir ?
La correction pourrait se poursuivre encore quelques jours et emmener le pétrole WTI jusqu’à un cours de 100 dollars. Cependant, le rallye haussier devrait ensuite reprendre de plus belle.
Nous pensons que le prix du baril pourrait atteindre les 150 dollars d’ici la fin de l’année, voir au-delà. Cette envolée aurait alors un effet récessif quasi immédiat qui conduirait à un effondrement de la demande et à une correction plus durable du prix.

Ce scénario central est basé sur une détérioration de la situation en Arabie Saoudite…
La situation conflictuelle au Moyen Orient a vocation à se propager. La vague de fond qui s’est mise en place devrait toucher toute la région. Nous ne voyons pas pour quelles raisons l’Arabie Saoudite serait épargnée. Par ses promesses faites à la population, l’Arabie Saoudite achète du temps.
Les Etats-Unis ont récemment signalé qu’ils pourraient recourir à leurs réserves stratégiques de pétrole. Un tel recours ne se fait habituellement que dans des cas extrêmes comme en temps de guerre. Une telle décision ne peut avoir que deux explications : soit les autorités politiques américaines détiennent des informations dont nous n’avons pas connaissance, soit les conseillers de l’administration Obama sont très ignorants sur le sujet et ont communiqué cette information sans en mesurer l’ampleur, ce qui me semble peu probable.

Au-delà de l’Arabie Saoudite, des problématiques rencontrées dans d’autres régions du monde pourraient attiser les tensions sur le marché ?
Nous pouvons mentionner l’Iran, le Qatar, ou encore le Nigéria où l’on a pu observer des opérations de sabotage de plusieurs installations pétrolières.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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Derniers commentairesAccès aux forums

Indien a dit:

Nous avons peur de nucléaire. Les vents de colères souffle contre l'éolienne. Électricité d'origine hydraulique est saturé. Nous avons démande, tout tout de suite.

caneton a dit:

les compagnies pétrolieres feront encore plus de bénéfices comme l'état,au pris de l'essence je ne n'irai pas mettre 1 centimes pour aller voter en 2012.car voter pour des personnes qui voyagent gratuitement toute l'annee,c'est la seule réponse.

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