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Interview de Alain Rizzo : directeur associé LEA Partner's, consultant en distribution automobile

Alain Rizzo

directeur associé LEA Partner's, consultant en distribution automobile

Carlos Ghosn n’est ni clonable, ni immortel

Publié le 01 Octobre 2006

A quelques jours de l’ouverture du salon de l’automobile, quel est votre sentiment sur la santé du marché mondial ?
Globalement, le marché mondial est en bonne santé avec plus de 65 millions de  véhicules particuliers (VP) produits. Les zones de croissance forte (plus de 10 %)  sont bien entendu situées en Asie (hors Japon), avec en particulier la Chine qui est déjà devenue le 3ème producteur mondial avec une production 2005 de 5,6 millions de véhicules. L’Europe à 25 reste encore la première zone de production dans le monde devant l’ALENA (Etats Unis, Canada, Argentine Brésil, Mexique). Véhicules produits ne veut pas dire véhicules vendus, on estime à plus de 10% la surproduction mondiale, c’est donc pratiquement 7 millions de voitures particulières qui viendront grossir les stocks de la distribution mondiale malgré l’effet « Mondial » toujours espéré et de moins en moins avéré depuis plusieurs années maintenant.

Comment expliquez-vous les difficultés que connaissent les distributeurs français ?
Une partie de l’explication se trouve dans la réponse précédente. Les réseaux de distribution en France doivent absorber une surproduction chronique qui les oblige à stocker avec des coût financiers induits des modèles parfois difficiles à écouler qui leur sont « proposés » par leurs « partenaires » constructeurs eux même obligés de « pousser la ferraille dehors » pour faire tourner leurs outils de production sur dimensionnés. D’autre part et toujours pour les mêmes raisons, les distributeurs doivent gérer des stocks de véhicules d’occasion (VO) dont les valeurs vénales sont devenues extrêmement volatiles. Reprendre et revendre sans pertes où avec profits un VO est une obligation vitale pour nombre de distributeurs, et la valorisation comptable de ces stocks peut parfois révéler de grandes surprises. Pour finir j’ai envie de dire (déformation professionnelle !) que la distribution automobile manque cruellement de « talents » commerciaux (vendeurs VN et VO), techniques (mécaniciens, carrossiers, encadrement atelier, magasiniers etc.) ou fonctionnels plus attirés par les constructeurs ou par d’autres secteurs. Messieurs les Patrons de la Distribution Automobile n’hésitez pas à plus investir et à plus vous investir dans la bonne gestion de vos ressources humaines.

Comment les constructeurs français peuvent-ils se donner les moyens de rivaliser avec les marques asiatiques ?
Les constructeurs français ont en  « point de mire » les standards industriels et organisationnels  de Toyota depuis plusieurs années, ce qui a contribué à une nette amélioration de la qualité perçue et réelle de leur production. Il reste à améliorer considérablement la qualité « relationnelle » de leurs réseaux de distribution tant au niveau du commerce qu’au niveau des services après vente. Ils doivent travailler avec une approche « qualité de la relation client », ce qui est déjà fait en théorie chez tous mais qui se heurte sur le terrain à un manque cruel de moyens (toujours au niveau de la gestion des ressources humaines !). On dote les ateliers et les show rooms des plus beaux outils mais on n’a plus de moyens pour y attirer et y fidéliser les meilleurs profils.

Le marché européen est tiré par les modèles haut de gamme et les véhicules low-cost, pourquoi ces modèles sont-ils très peu fabriqués sur le territoire français ?
 Il faut analyser les chiffres objectivement afin de relativiser cette impression qui est réelle en valeur mais insignifiante en volumes (par exemple la «low-cost» Dacia Logan pèse 0,28 % du marché sur les 6 premiers mois 2006. Sur les 15 modèles les plus vendus en 2005 en Europe, on ne trouve aucun véhicule «low–cost» et aucun véritable haut de gamme (Audi A 4 en 11° position, Volkswagen Passat en 14° et BMW Série 3 en 15°).  Sur les six premiers mois de 2006, le marché Européen à progressé de 1,3 % (alors que le marché français est à – 1,9 % sur 8 mois.. !) mais il faut noter que Renault a baissé de 11,4 % alors que Dacia (effet Logan) est à + 335 % (de 6973 unités sur 6 mois 2005 à 23369 unités sur 6 mois 2006) BMW progresse à + 5,1 % Lexus (marque « Luxe » de Toyota) à + 99,1 % et Mercedes à + 7,1%.

Les constructeurs français échouent depuis plus de 30 ans maintenant quand il s’agit de construire et de vendre un véhicule haut de gamme pour des raisons qui sont souvent de simple « bon sens » :

Véhicules « d’ingénieurs » souvent dessinés et conçus sans tenir compte des attentes réelles de ce type de clientèle (classe, discrétion, élégance sobre, puissance, noblesse des matériaux, fiabilité)
Réseaux non préparés (financièrement, et humainement) à traiter ce type de clientèle
Fiabilité longtemps douteuse des produits qui a contribué à la construction d’une image de marque peu flatteuse.

Ces échecs à répétition (XM/C5/C6, 604/605, VEL SATIS/ AVANTIME) ont rendu nos constructeurs très prudents sur ces segments.

En ce qui concerne la production des véhicules « low cost » sur le territoire français, elle est « génétiquement » impossible du simple fait de nos coûts de main d’œuvre.

Est-ce qu’un rapprochement Renault-Nissan/General Motors vous semble souhaitable ?
Non pour deux raisons :

Monsieur Carlos Ghosn n’est ni «clonable», ni immortel (et je lui souhaite une très longue vie) et tout repose sur son immense talent.

Les « casseroles » financières, industrielles et stratégiques de GM en particulier aux Etats-Unis rendent cette union très périlleuse pour une « alliance » encore adolescente, d’ailleurs Monsieur Ghosn indique clairement qu’il ne fera rien qui pourrait affaiblir Renault-Nissan…

La consolidation est-elle inéluctable sur le marché de l’automobile ?
Elle est inéluctable et déjà largement entamée en particulier dans l’amont chez les équipementiers (aux Etats Unis en particulier avec au moins la moitié des équipementiers en faillite et voués à disparaître dans les cinq années à venir).

Comment voyez-vous l’avenir des constructeurs français à l’horizon 2010 ?
Toujours « vivants ». Renault aura renoncé à son rapprochement avec GM et aura multiplié comme PSA les accords de coopération avec d’autres constructeurs généralistes.
Pour les deux français, certains rachats ne sont pas à exclure (par exemple Mitsubishi par PSA) y compris parmi les constructeurs émergents Chinois où Coréens.

Propos recueillis par M.L.H

laetitia

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