Philippe Waechter
Responsable des études économiques de Natixis AM
Détacher les marchés des décisions prises par les agences de notation : une illusion
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Publié le 08 Juillet 2011
Lundi, Standard & Poor’s a décidé de remettre en cause le plan envisagé par les banques françaises pour venir en aide à la Grèce. Mardi Moody’s a décidé de dégrader une nouvelle fois la note du Portugal. Comprenez-vous ces deux décisions ?Le plan français est interessant mais il était difficile pour une agence de notation de l'accepter tel quel. Je crois que S&P a pris les précautions nécessaires car d'une manière générale, en raison des nombreux acteurs intervenant sur la question grecque il y aura négociation. Et dans un tel cas chacun doit au départ avoir des marges de manoeuvre pour aboutir à un résultat satisfaisant.
S’agissant du Portugal, la problématique est macro économiquement très fragile. De sérieuses interrogations portent sur la croissance et de fait sur la capacité à rééquilibrer rapidement les finances publiques. C’est cette problématique qui est mise en évidence par Moody’s.
De nombreuses autorités politiques se sont soulevées contre ces décisions et revendiquent le fait que des limites doivent être posées à l’activité de ces agences. Qu’en pensez-vous ?
Une des grandes difficultés pour appréhender les agences de notation est qu'elles sont désormais intégrées dans de nombreux processus de décision. Il y a une certaine dépendance aux notations, ce qui se révèle très contraignant lorsque celles ci sont abaissées. Ces mouvements provoquent des arbitrages qui sont parfois de grande ampleur.
En outre, ces agences offrent une information essentielle dans la gestion et la dynamique des marchés financiers. Au regard du développement rapide de ces derniers, les notations synthétisent un ensemble très vaste d'informations qui améliorent leur fonctionnement.
Une difficulté dans l'appréciation des notations des agences est cette dépendance mais aussi le caractère déterministe qui est donné aux informations en émanant. Lorsque ces décisions concernent des Etats, il me semble qu'il y a une dimension politique qui ne doit pas se dissoudre dans une vision uniquement financière.
N’avez-vous pas l’impression que les agences de notation ont durci leur politique de décision suite aux critiques dont elles ont fait l’objet lors de la crise financière de 2008 ?
Je n'en suis pas persuadé.
Peut-on escompter véritablement un détachement du marché des décisions de ces agences ?
A court terme, je pense que non. Elles bénéficient d’une image crédible du fait de leur expertise de notation de dette qui ne concerne pas uniquement les souverains mais également et surtout les corporates. Elles sont une référence et de ce fait présentent un avantage comparatif significatif.
C’est sans doute ce qui explique que si le sujet de ces agences a été évoqué à plusieurs reprises lors du sommet du G 20, rien n’a abouti pour les réformer.
Dans les discussions actuelles relatives à la zone Euro, s'il est nécessaire de se focaliser sur la dimension financière des ajustements, il me semble que la dimension politique de la construction européenne manque. Les expériences passées montrent que celle-ci est déterminante dans l'évolution des pays confrontés à des défis comparables à ceux de la zone Euro. C'est cette dimension qui permettra de rééquilibrer le pouvoir des agences pour finalement converger vers un système plus équilibré.
Propos recueillis par Imen Hazgui

Détacher les marchés des décisions prises par les agences de notation : une illusion




