Jean-Luc François
Directeur Général Délégué d'Aviva
C'est par le dialogue entre les entreprises, les investisseurs et leurs parties prenantes que doit s'établir une communication sur l'immatériel plus qualitative et harmonisée
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Publié le 14 Juillet 2011
Pensez vous que les sociétés aient clairement identifié le poids considérable des actifs immatériels dans la valeur de leur société ?L’immatériel est clairement perçu de façon croissante comme un enjeu stratégique pour les entreprises tous secteurs confondus. En témoigne par exemple le rôle des marques, de plus en plus important et valorisé par les marchés. Les entreprises sont donc amenées à prendre davantage en compte ces enjeux dans leur communication et leur image. C’est ainsi qu’Aviva a récemment conduit une politique globale d’unification de ses marques, afin de donner une meilleure visibilité à l’entreprise. Le passage de l’ensemble des entités sous la marque commune Aviva, en particulier au Royaume Uni, marché de la maison mère, a eu un impact significatif et permis a Aviva de progresser dans les différents classements d’évaluation de la force des marques.
Quelles sont les problématiques particulières de l’immatériel pour un grand groupe d’assurance ? Quels sont les actifs qui vous semblent retenir le plus d’importance aux yeux de vos parties prenantes et notamment vos investisseurs ?
En tant qu’organisme d’assurance, Aviva est, plus qu’une autre compagnie, valorisée en en fonction des revenus qu’elle est capable de générer dans le futur. Dans le contexte d’un cadre réglementaire et financier changeant, avec la mise en place de la nouvelle régulation Solvabilité II, l’immatériel reste cependant au cœur de nos préoccupations. Ainsi, Aviva Investors, société en charge de la gestion d’actifs au sein du groupe, milite en faveur d’une plus grande normalisation de la communication en termes de développement durable et de responsabilité sociétale de l’entreprise.
Il faut ajouter que les principes comptables particuliers au secteur intègrent par nature une part du capital immatériel des entreprises d’assurance. Dans le cadre de l’assurance-vie par exemple, on parle d’ « embedded value », ou de valeur patrimoniale, qui estime la valeur actuelle du « fonds de commerce » de l’organisme, et qui intègre implicitement beaucoup de données immatérielles, notamment la qualité de la gestion du risque par l’entreprise.
Pensez-vous qu’une communication plus importante et plus explicite sur les actifs immatériels soit nécessaire pour une meilleure appréhension de la valeur des entreprises de manière générale ?
Le problème ne se situe pas au niveau de la quantité de l’information émise, déjà relativement importante. La principale amélioration doit se faire sur la qualité de l’information: on ne doit pas plus communiquer, mais mieux expliquer. Cela suppose également une meilleure appréhension par les parties prenantes, et notamment les investisseurs, des enjeux de l’immatériel.
D’après-vous, comment pourrait se mettre en place une telle amélioration de la communication et de l’appréhension par les investisseurs sur l’immatériel ?
Je ne suis pas convaincu par une approche top-down où le régulateur imposerait de manière univoque des critères de communication. Je crois que cela passerait plutôt par un meilleur dialogue entre les investisseurs et les industries, susceptible d’abord d’«éduquer» les investisseurs à propos des différentes informations pertinentes à prendre en compte, ensuite de favoriser la construction de normes communes. La prise d’importance de la marque ces dernières années est un exemple caractéristique : c’est à travers un dialogue entre les industries et la sphère financière, avec l’aide d’organismes ayant auparavant identifié l’importance de la marque, que les entreprises ont été amenées à revoir leur stratégie de communication à ce sujet. Que ce dialogue soit initié naturellement par les acteurs en place, ou qu’il soit facilité par des instances internationales comme l’Union Européenne, il s’avère nécessaire et important. Il serait en effet facteur d’harmonisation des critères de communication, en vue à la fois d’une meilleure appréhension interne de la place de l’immatériel au sein des entreprises, et d’une plus grande comparabilité entre entreprises d’un même secteur.
Biographie: Jean-Luc François est diplômé de HEC et titulaire d'un MBA de la Wharton School (Université de Pennsylvanie). Il entre en 1989 chez Rhône-Poulenc au Japon en qualité d’assistant du directeur financier et de la stratégie. Deux ans plus tard, il rejoint le groupe pharmaceutique Roussel Uclaf au poste d'analyste économique avant de devenir contrôleur de gestion, puis assistant du vice-président du Directoire. Avant de rejoindre Aviva France, Jean-Luc François a passé dix ans au sein du cabinet de conseil McKinsey & Compagnie en France. Leader de la practice mondiale « Banque de Financement et d'Investissement » pour le bureau de Paris, il a notamment conseillé de nombreux établissements bancaires européens en matière de stratégie de développement, d'amélioration de la performance et d'organisation, en particulier post fusion. Il est également intervenu auprès de compagnies d'assurances et de sociétés de gestion d'actifs dans le contexte de projets de renforcement de leur rentabilité et de leur efficacité opérationnelle.
Jean-Luc François a rejoint Aviva France en tant que Directeur Général Finances en avril 2006. En avril 2009, il est devenu Directeur Général Délégué Finances et Risques d’Aviva France. Il est également Directeur Général Délégué d’Aviva Vie et d’Aviva Assurances, ainsi que Président du Comité d’Audit d’Union Financière de France.
Tribune dirigée par M.A. Andrieux, ScPo-Deloitte

C'est par le dialogue entre les entreprises, les investisseurs et leurs parties prenantes que doit s'établir une communication sur l'immatériel plus qualitative et harmonisée




