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Interview de Jérôme  Sabathier : Ingénieur Economiste Principal au sein de l'Institut Français du Pétrole Energies nouvelles

Jérôme Sabathier

Ingénieur Economiste Principal au sein de l'Institut Français du Pétrole Energies nouvelles

Pétrole : l'Iran, la Syrie, le Soudan, le Yémen, le Kazakhstan contribuent à maintenir un climat inquiétant pour les marchés

Publié le 27 Décembre 2011

Quel regard portez-vous sur les fondamentaux économiques du pétrole ?
Le prix du brut a terminé en moyenne l’année 2010 à 80 dollars le baril. Nous devrions terminer l’année 2011 à 111 dollars le baril. C’est un record.
Ce prix intègre non seulement les problèmes d’approvisionnement et de production que l’on a eus tout au long de l’année, notamment en mer du nord, mais aussi tous les problèmes liés à la géopolitique en Libye, Syrie, Iran et au Moyen Orient d'une façon générale.

La demande de brut devrait aller croissante en 2012 (+0.9 mb/j). Des interrogations dominent cependant au regard d’une part de l’essoufflement de la conjoncture économique (y compris en Chine) et de l’évolution de la crise de la dette des pays.
Les nouvelles prévisions à la baisse du FMI ne sont pas totalement intégrées dans le scénario de l’Agence internationale de l’énergie.

Nous pouvons nous attendre à un nouvel abaissement en début d’année des estimations de l’AIE s’agissant de la croissance de la demande.
Nous pouvons espérer que 2012 sera une année plus tranquille en termes d’approvisionnement que 2011. Au-delà des difficultés rencontrées dans la maintenance des infrastructures en mer du nord, nous avons en cette année des grèves de salariés et des manifestations de la population dans de nombreux pays producteurs (y compris en Arabie Saudite).

Nous devrions avoir en 2012 et 2013 le développement des Shell oils aux Etats-Unis. Cela devrait avoir un impact sensible sur la balance d’approvisionnement du pétrole aux USA. On estime que la production des shale oil aux USA pourrait représenter jusqu'à 1.4 mb/j en 2020.

Est-ce à dire que vous vous attendriez à une baisse du cours du baril ?
Je parlerai plutôt de détente que de baisse pour 2012.

L’effet de la prime géopolitique restera prépondérant dans le prix du brut du baril...

Lorsque l’on considère la courbe d’évolution du cours du baril, on s’aperçoit le prix du brut a fortement augmenté jusqu’au deuxième trimestre, plus exactement jusqu’au mois d’avril. Puis il a oscillé autour des 110 dollars jusqu’à la fin de l’année malgré la dégradation perceptible de la conjoncture économique soutenu par une prime géopolitique

Quid du risque géopolitique, en particulier en Iran ?
L'embargo pétrolier d’Iran est la grande question du début de l’année prochaine. C’est un producteur pétrolier majeur, qui représente 10% des réserves mondiales (137 milliards bbls). L’impact de l’embargo de l’Union européenne peut être fort sur le prix. Selon certains articles de presse, un tel embargo, même partiel pourrait faire monter le cours du baril de 25 dollars.

Comment voyez-vous cette situation iranienne évoluer ?
Je n’ai aucune idée de ce que pourrait être l’issue politique ou militaire du dossier. On observe depuis quelques jours des déclarations plus sévères des Etats-Unis et de l’Union européenne à l’encontre de l’Iran.
On note aussi une recherche tout azimut de certains pays asiatiques, en particulier de la Chine et de la Corée du sud, de substituts au pétrole iranien.
L’Arabie Saoudite a augmenté le prix de son brut destiné à l’Asie, principal importateur du brut iranien.

Mis à part ce risque iranien, quels autres risques vous paraissent importants à surveiller l’année prochaine ?
Nous avons les conflits dans des pays comme la Syrie, le Soudan, le Yémen, le Kazakhstan qui contribuent à maintenir un climat inquiétant pour les marchés.

Comment envisagez-vous la situation en Libye ?
La remise en route d’une partie de la production a été très rapide mais le rattrapage des derniers barils restants pour retrouver le niveau de production initial va demander beaucoup plus de temps. Sans parler de la situation pétrolière aval (raffinage) avec la raffinerie de Ras Lanuf qui reste toujours arrêtée.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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