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Interview de Franck Nicolas : Franck Nicolas, directeur Investissements de Natixis Asset Management

Franck Nicolas

Franck Nicolas, directeur Investissements de Natixis Asset Management

Les Etats-Unis ont besoin d'un peu de déficit pour soutenir leur croissance

Publié le 26 Décembre 2012

A quelques jours du « mur budgétaire » américain, aucun accord ne semble se dessiner entre Démocrates et Républicains. Faut-il craindre le pire ?
Même si les positions des Démocrates et des Républicains se sont rapprochées, il reste encore plusieurs centaines de milliards de dollars d’écart entre les deux plans. Il convient donc d’être prudent. Personne ne peut être certain du résultat, même à quelques jours de l’échéance. Ce qui est sûr, c’est que les positions se sont rapprochées ces dernières semaines. L’économie américaine traverse une période difficile et dans ce contexte les Républicains se sont résignés à accepter des relèvements d’impôts sur une partie des Américains les plus riches, en échange d’une baisse des dépenses publiques. Personne ne veut endosser la responsabilité d’un échec des négociations, qui plongerait le pays dans une situation plus difficile encore.

Quelle peut être la réaction des marchés en cas d’accord, et dans le cas contraire ?
Avec la baisse des volumes en fin d’année, toute bonne ou mauvaise nouvelle peut être amplifiée. Si par exemple les responsables américains s’accordent à la fois sur les hausses d’impôts et sur un objectif de maîtrise des dépenses publiques, ce sera un signal positif envoyé aux marchés, qui pourrait déclencher un mouvement acheteur. Si en revanche aucun accord n’est trouvé, le sentiment sera très négatif. Les mesures de réduction du déficit qui se déclencheraient alors auraient un impact récessif. Le budget de l’Etat fédéral, pas seulement pour le paiement des fonctionnaires mais aussi au travers des commandes et des plans d’infrastructures, reste très important pour soutenir l’économie. Il faut qu’il y ait un peu de déficit pour que l’économie continue à croître.

Les obligations américaines vont-elles rester une valeur refuge quoiqu’il arrive ?

Il y a malgré tout un « risque » de surprise positive sur la croissance américaine. D’une part, parce que la Fed a dit qu’elle ferait le nécessaire pour soutenir l’économie. Tant que le taux d’emploi et le taux d’activité ne seront pas au niveau souhaité, il y aura des rachats d’actifs de la part de la Réserve fédérale. D’autre part, l’économie regagne en compétitivité grâce à l’exploitation des gaz de schiste et à la baisse du prix de l’énergie. Ces deux facteurs pourraient entraîner un redémarrage plus rapide que prévu. Dans ce cas, le marché obligataire américain, sur lequel les investisseurs se sont largement reportés depuis plusieurs années, pourrait se retourner à la baisse. Ce n’est pas notre scénario central, mais il faut y prêter attention.

Quel rôle joue peut jouer la Fed dans la réduction de la dette publique américaine ?
Jusqu’à présent, la Fed achète des Bons du Trésor et finance le déficit public américain. Toute la question est de savoir jusqu’où le bilan d’une banque centrale peut aller. Nous n’avons pas la réponse à cette question mais il est de plus en plus évident que l’endettement américain est un problème. Pour l’instant, la Chine accepte de financer une partie de cet endettement. Mais cela risque de ne pas durer. C’est pourquoi des mesures doivent être prises sans pour autant casser la croissance.

La crise de la zone euro est-elle réglée selon vous ?

Nous sommes encore très sceptiques sur la zone euro. Même si des progrès ont été accomplis en 2012 avec l’union bancaire, le pacte budgétaire et les mesures innovantes de la BCE, il reste un problème central de compétitivité et d’endettement. Les politiques d’austérité pénalisent la croissance au sein de la zone, or la croissance est l’un des principaux leviers pour réduire la dette publique. En 2013, la zone euro devrait encore tangenter la récession. Elle devra se contenter d’un rôle de « suiveuse », comme d’habitude. Si on était dans une forte dynamique mondiale, ce ne serait pas trop gênant. Les exportations allemandes tireraient l’économie de la zone. Mais aujourd’hui la croissance mondiale est faible et même le modèle allemand donne des signes d’essoufflement. C’est pourquoi nous restons très prudents.

Compte tenu de tout ce qui vient d’être dit, quelles sont vos prévisions pour les marchés actions en 2013 ?

En 2012, deux bonnes nouvelles ont alimenté la hausse des marchés actions. D’une part, l’économie mondiale a évité la récession, d’autre part la zone euro s’est consolidée et le risque d’éclatement s’est éloigné. Cependant, nous pensons que ces éléments positifs vont s’effacer et laisser apparaître une toile de fond économique malheureusement peu brillante. En 2013, la croissance mondiale devrait se situer entre 2,5 et 3%, avec une Europe en récession ou quasi, et une croissance de 2% environ aux Etats-Unis, loin de son potentiel de long terme (3%). Dans ces conditions, il est peu probable que le rebond boursier se prolonge de façon trop spectaculaire. Mais il n’y a pas non plus de gros risque de baisse compte tenu de l’atténuation du risque systémique. Nous restons donc très modérément haussiers.

Propos recueillis par François Schott

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