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Interview de Michel Santi : Economiste indépendant, consultant de Banques centrales et d'Organisations internationales, auteur du livre «Splendeurs et misères du libéralisme»

Michel Santi

Economiste indépendant, consultant de Banques centrales et d'Organisations internationales, auteur du livre «Splendeurs et misères du libéralisme»

L'euro sera le dindon de la farce de la guerre des monnaies déclarée

Publié le 11 Février 2013

Pensez-vous que nous puissions légitimement parler de guerre des monnaies à ce jour ?
A mon sens, il me parait tout à fait justifier de parler de guerre des monnaies.
Les pays développés, en proie à un déficit important, s'efforcent de stimuler leur économie dans un contexte général de politique d'austérité.
La manière la plus simple pour eux de relancer une dynamique est de doper les exportations. Pour ce faire, la dévaluation constitue un instrument de choix en ce qu'elle permet de diminuer le cout des marchandises vendues à l'étranger.

Toutefois, tous les pays ne peuvent pas dévaluer leur devise en même temps. C'est la raison pour laquelle on parle de guerre des monnaies. Ceux qui parviendront à remporter cette guerre seront ceux qui auront réussi à dévaluer le plus leur devise et donc auront aidé le plus leurs exportations à progresser.

Pour certains le terme de guerre est trop fort et se limitent à parler de compétition acharnée entre banques centrales...
Parler de compétition acharnée entre banques centrales est une façon détournée de parler de guerre des monnaies. Les institutions monétaires s'efforcent de mettre en œuvre tout ce qu'elles peuvent pour peser sur leur monnaie et aider la croissance de leur économie à redémarrer.

Est-il pertinent de parler de nouvelle phase ouverte dans cette guerre avec le souhait formulé par le premier ministre japonais de voir la Banque centrale du Japon faire preuve de plus d'agressivité ?

Le Japon ne se lance pas dans cette guerre pour le simple plaisir d'y participer. Le pays subit depuis plus de 20 ans une déflation, autrement dit le pire des maux économiques et financiers. Une spirale baissière des prix s'est installée. La consommation est dans une stagnation endémique.
La raison principale de cette configuration réside dans le fait que tous les programmes d'injection monétaire déployés ont été relativement faibles dans leur ampleur.
A chaque fois qu'il y avait un début de reprise économique ou de regain d'inflation, la banque centrale retirait son stimulus et le pays sombrait de nouveau dans la spirale déflationniste.

Le nouveau premier ministre Shinzo Abe, veut à présent reprendre le contrôle de la situation en imposant une ligne de conduite à la Banque centrale.
M Abe a clairement appelé à la mise en place d'un programme de stimulus digne de ce nom afin que le Japon renoue enfin avec une croissance de long terme.
C'est en cela que je m'attends à ce que le Japon apporte sa touche supplémentaire à cette guerre des monnaies.

Pensez-vous que cette politique purement keynésienne de création monétaire sera efficace?
Je le pense, en effet. Les pressions inflationnistes seront encouragées à hauteur de 2 ou 3%. Les consommateurs seront incités à ne pas attendre pour dépenser.
Le yen affaibli, rendra les produits japonais exportés à l'étranger moins onéreux et aidera le commerce international du Japon à prendre du galon.

Ce programme de stimulus monétaire est la solution pour faire sortir le pays de l‘ornière à condition qu'il soit véritablement d'envergure.

Cette politique agressive de la Banque centrale du Japon conduira-t-elle à des ripostes de la part des autres grandes banques centrales ?
Je n'anticipe pas de réaction de la part de la Fed qui pense à retirer son propre stimulus eu égard au rétablissement de l'économie américaine.
Bernanke l'a clairement signifié.

Si les Etats Unis ne devraient pas se sentir visés par cette volonté d'intervention du Japon, il n'en sera pas de même de la Chine. Le Japon veut rééquilibrer sa balance commerciale vis à vis de l'Empire du milieu.
En cela une réaction de la Banque centrale chinoise n'est pas à exclure. Nous constatons d'ailleurs depuis quelques semaines un mouvement de hausse du yuan contre le yen.

Selon vous, il sera difficile pour la Banque centrale de Chine de contrecarrer...
La réponse de la Chine sera limitée en raison de la pression importante exercée par les Etats-Unis pour enrayer la dévaluation du yuan.

Quid de la Banque centrale du Royaume-Uni ?
La Banque centrale du Royaume-Uni a ses propres préoccupations. Le pays connait une forte contraction économique. Aussi, je ne crois pas que les agissements de la BoE seront influencés par ce que fera la Banque centrale du Japon.

D'après vous, l'euro sera le dindon de la farce de cette guerre...
Alors que l'on observe une baisse du yen et du dollar, nous constatons une hausse de l'euro.
Non seulement l'Europe ne parvient pas à dévaluer sa monnaie mais en plus elle voit sa monnaie remonter.
Ceci est la conséquence de l'immobilisme de la BCE. L'institution refuse de se lancer dans une politique de création monétaire du fait de l'opposition de l'Allemagne.

Ne pensez-vous pas que l'appréciation de l'euro de ces derniers mois soit la conséquence de la disparition de la prime de risque ?
Il est très difficile, voire présomptueux, d'affirmer que l'euro est monté à 1.35 en raison de la disparition de la prime de risque et de supposer que la monnaie ira au delà si la guerre des monnaies s'accentue.
Ensuite, certes la prime de risque liée à l'implosion de la zone euro s'est atténuée. Cependant la région continue à fortement souffrir. L'Espagne connait un taux de chômage de 25%. Les comptes publics sont toujours dramatiques dans les pays d'Europe périphérique.
Les attaques des investisseurs contre la dette des pays fragilisés se sont calmées mais ne se sont pas arrêtées.
Parallèlement aux Etats-Unis, la conjoncture semble s'améliorer. Le chômage s'inscrit dans une pente descendante et le PIB sur une trajectoire ascendante.

L'euro devrait donc continuer à s'apprécier...

Je pense que la parité dépassera 1,40 cette année.

Escomptez-vous une poursuite de l'immobilisme de la BCE ?
Il se pourrait que la Banque centrale commence à devenir plus activiste sur le front de l'euro si la parité euro dollar venait à dépasser 1.45.
Si l'euro montait graduellement, la BCE n'interviendrait certainement pas. En revanche si le mouvement se faisait de manière brutale, que l'on passait en un mois de 1,35 à 1,45, elle serait très tentée d'intervenir.
Dans un premier temps, l'intervention pourrait être verbale.

Cette intervention se ferait sous les pressions de l'Allemagne…

L'Allemagne qui ne pourra pas compenser son manque à gagner hors zone euro en augmentant ses exportations à l'intérieur de la zone euro, se sentira menacée.
Je ne pense pas que la valeur ajoutée des marchandises allemandes constituera un rempart suffisant contre un euro trop fort.

La BCE pourrait elle intervenir directement sur le marché des changes ?

Cela n'est pas exclu si de nouveau elle a la caution de l'Allemagne. L'objectif premier de la BCE réside dans la stabilité des prix. Or, une monnaie trop haute ou trop basse peut induire l'inflation ou la déflation.
En cela la BCE est tout à fait habilitée à intervenir sur le marché des changes pour acheter ou pour vendre sa propre devise.

Elle l'a déjà fait par le passé, en 2000, lorsque le cours de l'euro à son lancement a considérablement chuté à 0,85. La BCE avait alors opéré sur le marché des changes en achetant massivement de l'euro.

Que répondez-vous à ceux qui relativisent l’appréciation de l’euro en disant qu’un euro fort n’a pas que des effets négatifs ?
Les effets positifs d'un euro fort sont très limités. La facture énergétique est une moindre considération.
L'achat de marchandises étrangères moins chères par les ressortissants européens est un facteur de déflation. Sur le plan théorique, une monnaie faible équivaut à de l'inflation importée.
Or l'Europe a besoin pour relancer son économie de remettre un peu d'inflation.
La hausse de l'euro neutralise de manière indirecte les tentatives inflationnistes.

Le timing de la première intervention de la BCE, quand elle aura lieu, sera crucial...
Quand une banque centrale intervient sur le marché des changes, même verbalement, il faut qu'elle le fasse au bon moment. Il faut alors que se première réaction soit couronnée de succès car au fil du temps, ses interventions ont moins d'impacts.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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