Marc Roche
journaliste, auteur d’«Elizabeth II, la dernière reine», Editions de la Table Ronde
Le Royaume-Uni va évoluer vers une monarchie intermédiaire entre l’ère victorienne et les palais des pays scandinaves
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Publié le 22 Juin 2007
Pour quelle raison avez-vous eu envie d’écrire sur Elizabeth II ?Cela fait 20 ans que je suis au Royaume-Uni comme correspondant au Monde. J’ai constaté que les artistes et les hauts fonctionnaires passent, mais Elizabeth II reste. Pourtant, à priori, la reine ne représente pas la société britannique mais le vieil ordre blanc protestant.
La société britannique est aujourd’hui européenne et multiculturelle, d’où le décalage entre cette formidable présence de la reine et la réalité du pays. De plus, sa personnalité s’est toujours dérobée à tout le monde. C’est une femme timide, réservée et mal à l’aise qui ne donne rien d’elle.
Avez-vous réussi à dévoiler une partie du mystère ?
Je n’en ai jamais tiré une impression durable. La conversation est généralement banale, on peut arriver à cerner certains traits de caractère, mais sa personnalité est insaisissable.
Vous évoquez quelqu’un de très dur qui fait preuve de beaucoup de maladresses dans les relations humaines et qui préfère presque la compagnie des animaux…
Elle n’a pas d’amis, personne ne l’appelle par son prénom, elle ne peut se confier à personne. C’est une femme de la campagne qui n’aime pas exprimer ses émotions en public. Elle est toujours terrorisée à l’idée que le moindre de ses propos soit repris. Seuls les chiens et les chevaux sont muets…
Pourquoi ce titre « La dernière reine » ?
Je pense qu’elle représente une Angleterre du passé et que son successeur le Prince Charles ne pourra plus régner avec le même éclat qu’elle. Il sera beaucoup plus interventionniste au niveau politique. Le Royaume-Uni va évoluer vers une monarchie intermédiaire entre l’ère victorienne et les palais des pays scandinaves.
Vous avez été aidé par son entourage du palais de Buckingham, est-ce que cela a été difficile de les convaincre, étaient-ils réticents à l’idée de parler de la reine?
Je ne voulais écrire cette biographie qu’à condition d’obtenir l’aide de Buckingham. En temps normal, ils envoient les universitaires aux archives et ils n’aident pas les journalistes. Mais mon projet était différent, puisque c’était la première biographie écrite en français. La reine est francophone et francophile, et à la surprise générale, le palais royal a accepté de m’aider.
A partir de là, toutes les portes se sont ouvertes. J’ai pu rencontrer tout l’entourage de la reine, les prélats religieux, les membres des autres familles royales européennes, les anciens premiers ministres et secrétaires d’Etat…
Vous affirmez qu’il n’y aura jamais de biographie autorisée de la reine, pour quelle raison ?
Elizabeth II n’a jamais révélé le contenu de ses conversations avec les premiers ministres ni les chefs d’Etat, et elle n’a jamais donné d’interview à la presse. Avec un tel profil, impossible d’imaginer une biographie autorisée. Je n’ai eu accès à aucun document officiel, mais je révèle des informations exclusives.
Pour conclure, selon vous, qu’est-ce que l’Histoire retiendra d’Elizabeth II ?
On se souviendra d’une frêle jeune princesse, pas éduquée ni préparée au trône, qui s’est transformée en un véritable monarque pour accompagner le développement d’un pays cité aujourd’hui comme un modèle de démocratie et d’originalité. Son règne est une réussite, mais j’émettrais une réserve : elle n’est pas suffisamment sensible à la dimension multiculturelle du Royaume-Uni. Il y a encore peu de noirs et d’asiatiques au Palais.
Propos recueillis par Marie-Laure Hardy

Le Royaume-Uni va évoluer vers une monarchie intermédiaire entre l’ère victorienne et les palais des pays scandinaves




