Jean-Florent Rérolle
Managing Director de Houlihan Lokey Howard & Zukin
Les hedge funds sont les meilleurs amis des actionnaires minoritaires
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Publié le 26 Juin 2007
Que répondez-vous à ceux qui disent que les hedge funds représentent une menace pour les marchés financiers ?
Qu’ils se trompent, car ils contribuent puissamment à l’efficience des marchés. L’efficacité de ces derniers dépend de l’existence d’acteurs qui identifient et exploitent les inefficiences. Les hedge funds jouent ce rôle. Parce qu’ils consacrent beaucoup de ressources à la recherche d’informations propriétaires et de nouvelles stratégies d’investissement et qu’ils prennent des risques que d’autres ne veulent pas prendre, ils sont essentiels à la découverte des prix par le marché. Nous avons besoin de ces acteurs sophistiqués.
Que pensez-vous de l’aspect activiste de ces nouveaux acteurs ?
Il faut être logique. Nous ne pouvons pas d'un côté déplorer la faiblesse du gouvernement d'entreprise en France et l’indifférence ou l’impuissance des actionnaires et, d’un autre côté, se plaindre ou s’émouvoir lorsque on est en présence d’actionnaires minoritaires particulièrement actifs comme les hedge funds.
Nous avons là des gens qui sont de vrais actionnaires professionnels prêts à s'engager sur le long terme s’il le faut, pour faire bouger les choses. Les hedge funds sont les meilleurs amis des actionnaires minoritaires.
Face à des directions souvent opaques et des conseils d’administration qui manifestent peu d’indépendance à l’égard des dirigeants, les hedge funds constituent un véritable contrepouvoir, et cela me semble non seulement très sain sur le plan des principes, mais également très utile économiquement car la valeur des entreprises en bénéficie directement.
Quel est votre point de vue sur l’idée de réglementer ces acteurs ?
L’intérêt d’un hedge fund, c’est justement qu’il ne soit pas réglementé, qu’il puisse travailler avec souplesse. Une réglementation trop sévère pourrait tuer ces acteurs et avec eux les bénéfices que l’on en retire. Il faut faire attention de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain !
D’une manière générale, tous les hedge funds doivent respecter les lois et règlements en vigueur, et ils le font. Certes, il peut y avoir un certain nombre de petits intervenants, dont les modalités de fonctionnement ou la localisation géographique suscitent des interrogations, mais le marché est quand même dominé par des acteurs respectables.
Les principaux hedge funds ont comme clients des organismes para-étatiques, des grands fonds de pension, des banques centrales. On imagine mal ces institutions prenant des risques de réputation en investissant dans activités illicites !
Le contrôle le plus efficace est celui qui est organisé par les partenaires des hedge funds. Clients et prime brokers doivent s’assurer de la bonne gouvernance des fonds dans lesquels ils investissent pour les premiers et qu’ils assistent pour les seconds.
Leur vigilance doit s’exercer sur la stratégie d’investissement, le contrôle des risques et le processus de valorisation des actifs.
De quelle manière les banques s'efforcent-elles de pallier au risque que présentent ces nouveaux acteurs ?
La rentabilité des banques est très liée au secteur des hedge funds, soit parce qu’elles mènent des stratégies identiques, soit parce qu’elles leur fournissent des services importants (intermédiation, prêt et emprunts de titres, financement).
Les banques ont ainsi appris à gérer finement leurs activités avec ces nouveaux acteurs et elles ont mis au point des systèmes de contrôle ou d’analyse qui leur permet de mieux anticiper les risques. La question est plus de savoir si le système financier dans son ensemble (y compris les autorités de régulation) est prêt à affronter un risque systémique.
Justement, pensez vous que les hedges funds servent à la stabilité du système ? Pourquoi ?
Je pense qu’ils contribuent à la stabilité du système. Leur existence permet d’avoir une écologie diversifiée d’acteurs financiers, et cette hétérogénéité permet de stabiliser les marchés.
Mais, il est vrai que les hedge funds représentent 40% du volume des transactions boursières : on mesure l’impact que pourrait avoir une crise de ce secteur, surtout si des phénomènes de contagion se produisaient.
Cela dit, pour l’instant la situation est solide grâce aux exigences de marge et de garanties requises par les prime brokers, aux périodes d’immobilisation des fonds propres, aux systèmes de contrôle de risques et au levier moyen qui reste raisonnable.
Propos recueillis par Imen Hazgui


Les hedge funds sont les meilleurs amis des actionnaires minoritaires





