Sylvie Petit
directrice marketing de CNP Assurances
Les Français n’ont pas encore pris conscience de la montée en puissance du risque dépendance dans les années à venir
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Publié le 30 Juillet 2007
Pensez-vous que le marché de l’assurance est prêt à faire face à la perspective d’une plus forte longévité dans les années qui viennent ?
Anticiper, s’adapter et répondre aux évolutions socio-démographiques constituent le métier principal de l’assurance. Dans un contexte de vieillissement de la population, d’allongement de la durée de vie et d’incertitudes sur les régimes traditionnels de protection sociale, la demande de produits d’épargne, de retraite et de protection contre les risques de la vie est croissante. Que ce soit pour épargner, par le biais de contrats d’assurance vie, pour préparer sa retraite ou pour se garantir contre certains risques comme le décès ou la dépendance, il est nécessaire de faire appel à l’assurance de personnes.
Comment expliquez-vous le fort développement de l’assurance vie ?
Le taux d’épargne des ménages se situe à un niveau élevé, estimé à 14,7% par l’INSEE pour 2007. L’assurance vie, placement préféré des Français, draine près des ¾ de leurs flux de placements financiers et représente 37% du patrimoine financier des ménages. Ce comportement d’épargne est fortement lié à l’inquiétude des Français sur le financement de leur régime de retraite, et c’est l’assurance vie qui est le plus souvent choisie par ceux qui souhaitent se constituer un complément de retraite.
Selon une étude Précepta récente, 45% des personnes qui déclarent épargner pour leur retraite utilisent la solution de l’assurance vie, contre moins de 15% qui utilisent des dispositifs dédiés à la retraite comme le PERP, les contrats Madelin ou les solutions d’épargne collective, et 35% qui choisissent d’autres placements tels que les PEL, valeurs mobilières ou qui financent de leur résidence principale.
Le développement soutenu de l’assurance vie tient également à la forte augmentation du nombre de «jeunes seniors» qui ont le plus souvent reçu un héritage de leurs parents après 50 ans et n’ont plus à financer les dépenses liées à l’éducation de leurs enfants. Ils sont alors à la tête d’un patrimoine qu’ils souhaitent gérer efficacement au plan financier, et ont encore de longues années de vie devant eux. L’assurance vie devient alors un outil de diversification du patrimoine, associant la sécurité du fonds en euros à l’ouverture aux marchés financiers dans le cadre des contrats multisupports.
Que pensez-vous de l’idée de transférer une partie des sommes portées sur l’assurance vie vers la couverture du risque de dépendance ?
L’idée est intéressante pour une fraction des détenteurs d’un contrat d’assurance vie.
Cependant, il convient d’examiner chaque segment de client au cas par cas, ainsi que les motivations de souscription du contrat préexistant : préparation de la retraite, organisation de la succession... Et renoncer à un objectif pour en satisfaire un autre n’est pas toujours la solution la mieux adaptée. Les conséquences de la dépendance sont lourdes pour les familles et nécessitent un effort d’assurance à part entière.
L’allongement de l’espérance de vie et le vieillissement de la population entraînent inéluctablement une augmentation du nombre de personnes dépendantes (+50% d’ici 2040). La personne dépendante est le plus souvent à la charge directe de ses proches alors que la famille n’est pas toujours à même de pouvoir faire face à cette situation. Le recours à une aide à domicile ou le placement en établissement spécialisé sont généralement nécessaires. Les coûts moyens affichés cachent beaucoup de disparités.
Pour le président de la FFSA (Fédération Française des Sociétés d'Assurances), Gérard de la Martinière, une solution serait de coupler les garanties dépendance et retraite dans un même contrat. Qu’en pensez-vous ?
Cette pratique est déjà mise en œuvre par CNP Assurances en assurance collective auprès notamment des salariés d’entreprises.
Pour renforcer la prise de conscience des citoyens sur l’effort à faire pour constituer un complément de retraite, il faut renforcer l’information individualisée sur les produits futurs de la retraite par répartition. Qu’en pensez-vous ? Comment y parvenir ? Quelles autres solutions recommanderiez vous ?
Sur la retraite, comme en dépendance, il y a la problématique du long terme et l’incertitude sur la durée des prestations.
Les Français sont très fortement sensibilisés au problème de la retraite et les réseaux commerciaux sont déjà mobilisés. La loi Fillion de 2003 a instauré le droit pour toute personne d’obtenir un relevé de sa situation individuelle au regard des droits qu’elle s’est constituée dans les régimes de retraite obligatoires. Désormais, chacun reçoit tous les 5 ans un document récapitulatif de ses droits.
Cette information viendra renforcer la prise de conscience des Français sur la nécessité d’épargner en vue de la retraite : aujourd’hui, la première motivation de souscription d’un contrat d’assurance vie est la préparation de la retraite (enquête FFSA – 2006).
En revanche, les Français n’ont pas encore pris conscience de la montée en puissance du risque dépendance dans les années à venir. Seuls 40% d’entre eux, interrogés sur ce qu’ils redoutent lorsqu’ils seront âgés, citent la dépendance ou la perte d’autonomie. Près des trois-quarts estiment qu’on ne parle pas assez des problèmes de prise en charge des personnes âgées, et près de 60% se disent mal ou très mal informés sur les dispositifs d’aide et de prise en charge des personnes dépendantes (étude TNS Sofres pour la Fédération Hospitalière de France – mai 2007).
Cette sensibilisation et cette prise de conscience face à la dépendance nécessitent un effort de communication important de la part des pouvoirs publics et des assureurs. Parallèlement, les mécanismes doivent être suffisamment incitatifs pour que les souscriptions se développent.
Propos recueillis par I.H.

Les Français n’ont pas encore pris conscience de la montée en puissance du risque dépendance dans les années à venir




