Le consommateur français reste sur la touche
PARIS (Reuters) - La faiblesse des ventes au détail en France depuis le début de l'année fait craindre pour la consommation des ménages, mais sans remettre en cause la perspective d'une légère accélération de la croissance au deuxième trimestre.
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par Véronique Tison
L'Insee a annoncé vendredi un recul de 1,4% des dépenses des ménages en produits manufacturés en juin, après une hausse (révisée) de 0,6% en mai, qui n'était que la deuxième de l'année.
Sur l'ensemble du deuxième trimestre, elles ont baissé de 0,9%, après un recul de 1,9% en janvier-mars.
Les achats en biens manufacturés ne représentent qu'un cinquième environ de la consommation des ménages en biens et services, alimentation comprise, qui est une statistique beaucoup moins volatile et publiée seulement sur une base trimestrielle.
La consommation des ménages a stagné au premier trimestre et l'Insee l'attend encore au point mort au deuxième trimestre, le chiffre devant être connu le 13 août lors de la publication des premiers résultats des comptes de la nation.
Certains économistes, comme Dominique Barbet chez BNP Paribas, n'excluent pas désormais un recul de la consommation des ménages, ce qui serait une première depuis le deuxième trimestre 2008.
Mais, souligne-t-il, la robustesse de la production industrielle et des exportations devrait permettre de "sauver" la croissance au deuxième trimestre, qu'il attend à 0,4% ou 0,5% après le maigre 0,1% des trois premiers mois de l'année.
"Cela étant dit, les perspectives sont quand même assez faibles et ce n'est pas avec ce niveau de consommation des ménages qu'on peut espérer 1,5 ou 2,0% de croissance par an", ajoute-t-il.
A Bercy, on reste serein en estimant qu'il faudrait une baisse de 0,3% ou plus de la consommation des ménages pour parler de décrochage. "Rien de tel sur le radar", assure-t-on dans l'entourage de la ministre de l'Economie, Christine Lagarde.
INQUIÉTUDE POUR L'AVENIR
Du côté de la production industrielle, il faudra attendre le 10 août pour connaître les chiffres du deuxième trimestre mais la hausse de mai (+1,7%, et +0,5% pour la seule production manufacturière) était de bon augure.
D'ores et déjà, l'enquête trimestrielle de conjoncture publiée vendredi par l'Insee montre que la demande adressée aux industriels a nettement progressé sur ces trois mois, mais avec des perspectives moins favorables ensuite.
"On a eu une sorte de dichotomie entre les indicateurs de demande qui ne sont pas extraordinaires, à l'exception sans doute des exportations, et ceux d'offre qui sont plus soutenus, comme le montrent les enquêtes de conjoncture de l'Insee", observe Dominique Barbet
Avant d'ajouter: "L'inquiétude c'est plus pour l'avenir".
Nick Kojucharov, économiste Europe chez Goldman Sachs, fait le lien entre la faiblesse des dépenses en produits manufacturés et le moral des ménages, qui a sensiblement flanché depuis le début de l'année.
"Cela ne signifie pas que la reprise déraille en France - les enquêtes et la production industrielle restent orientées à la hausse - mais plutôt que le consommateur français, qui a fermement soutenu la demande au début de la reprise, reste maintenant sur la touche", explique-t-il.
En baisse de neuf points depuis janvier, l'indicateur du moral des ménages calculé par l'Insee s'est stabilisé à -39 en juillet, son plus bas niveau depuis mai 2009.
La baisse des dépenses des ménages en juin tient pour une bonne part au coup d'envoi tardif des soldes d'été, le 30 juin au lieu du 25 juin en 2009.
Cela laisse prévoir une correction haussière en juillet, mais seulement temporaire selon les économistes. Et de toutes les façons, "le fait que les consommateurs aient arrêté d'acheter des vêtements depuis trois mois pour attendre les soldes d'été n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler un signal positif pour la consommation des ménages", observe Olivier Gasnier, de la Société générale.
Le niveau élevé du chômage, les inquiétudes sur la fiscalité et l'évolution du pouvoir d'achat des ménages devraient continuer de freiner la consommation, ajoute-t-il.
Si le soutien des reconstitutions de stocks et des exportations s'estompe dans le même temps, la perspective d'un ralentissement de la croissance au troisième trimestre sera alors inévitable, confirmant la lenteur de la reprise.
Dans ses dernières prévisions de juin, l'Insee attendait 0,4% de croissance aux troisième et quatrième trimestres, après +0,5% en avril-juin, un rythme suffisant pour atteindre l'objectif gouvernemental de 1,4% sur l'année.
Edité par Gilles Trequesser

PARIS (Reuters) - La faiblesse des ventes au détail en France depuis le début de l'année fait craindre pour la consommation des ménages, mais sans remettre en cause la perspective d'une légère accélération de la croissance au deuxième trimestre.


