Thibault Bechetoille
Fondateur de la société Qosmos
En France, on a désormais les moyens de développer des projets intéressants (PDG Qosmos)
|
Publié le 13 novembre 2009
Quelle est la situation de l’entrepreneuriat en France ?
Depuis quelques années, on assiste en France à un développement de l’entrepreneuriat notamment grâce des progrès considérables des pouvoirs publics. D’un côté les différents gouvernements depuis celui de M. Jospin ont facilité la création de l’entreprise avec par exemple les Bons Créateurs d’entreprises, ou les FCPI (Fonds Communs de Placement dans l’innovation), ou avec la loi Tepa qui permet de défiscaliser une partie de son ISF en investissement dans les PME. Cette dernière mesure a ainsi permis de dégager une enveloppe de 800 millions d’euros en 2009. Plus récemment, le statut d’auto-entrepreneur a produit une importante impulsion médiatique.
De l’autre côté, tout un écosystème d’associations s’est développé autour de l’entrepreneuriat pour promouvoir et accompagner ceux qui veulent se lancer dans un projet d’entreprise. Les grandes écoles se mettent également à développer des filières spécifiques. Il y a un effet de masse qui se produit en France, où les gens aspirent à davantage de responsabilités, d’esprit d’initiatives ou tout simplement pour devenir maitres de leurs destins.
Quelles sont les revendications des entrepreneurs aujourd’hui ?
Tout le monde est très conscient du caractère stratégique de l’entrepreneuriat pour l’emploi. Aujourd’hui, il y a deux millions de PME en France. Si elles réussissent à recruter quelques personnes, l’impact sera décisif pour l’emploi. Récemment Nicolas Sarkozy a annoncé le renforcement des fonds propres des PME à hauteur de 2 milliards d’euros à travers le Fonds Stratégique d’investissement, ou d’Ozeo. Il y a également eu cette loi sur la réduction des délais de paiements qui était une contrainte très forte des PME. Beaucoup a été fait, et je ne crois pas que l’Etat peut tout faire et c’est bien le principe de l’entrepreneur que de se prendre en main.
En revanche, il serait intéressant d’étudier l’exemple américain du Small Business Act. Il s’agit d’allouer un quota d’attributions des grands marchés à des PME. Aujourd’hui, il est difficile de vendre à des Alcatel, des Orange, ou des Thalès. Le Small Business Act à la française permettrait à des start up de mettre le pied à l’étrier, et de se construire une notoriété. Je peux vous citer ma propre expérience. En avril dernier, j’ai eu une réunion avec une grande société. Nous sommes en novembre, et nous en sommes toujours à chercher un moment dans nos agendas pour rencontrer le décideur. Il y a en France, une faillite absolument totale des grands groupes français dans l’accompagnement des start up. Aux Etats-Unis, il y a un cercle vertueux entre les grands groupes, y compris les banques, et la sphère de l’innovation portée par les start up.
Quels sont les enjeux du développement de l’entrepreneuriat en France ?
C’est tout simplement stratégique pour l’économie de la France. D’abord en termes d’emplois comme je vous le disais. Nos deux millions de PME sont un important vivier d’emplois potentiels. Par ailleurs, beaucoup d’économistes se sont intéressés à l’entrepreneuriat et estiment que la grande faiblesse de la France c’est son tissu de PME qui n’arrivent pas à grossir pour atteindre 100 voire 500 salariés. L’économie allemande repose sur cette colonne vertébrale extrêmement solide que constitue son tissu de PME. Il y a également l’aspect high tech. L’entrepreneuriat est véritablement stratégique pour le développement des nouvelles technologies. Si on regarde les trente dernières années, ce domaine est totalement dominé par les américains. Les grosses capitalisations de la Bourse de New York, c’est Google, Apple, Cisco, Microsoft… Ces sociétés ont été créées il y a dix ou vingt ans. C’est en encourageant les PME à grandir que la France pourra créer les champions de demain.
La France est-elle devenue aussi compétitive sur ce créneau que d’autres pays ?
Les problématiques des entrepreneurs aujourd’hui sont devenues celles de l’entreprise en générale. Les charges patronales, le coût du travail en général sont un vrai problème. Quand vous embauchez quelqu’un, vous avez jusqu’à 50% de charges patronales. Mais je pense qu’on a désormais les moyens de développer des projets intéressants, que ce soit en termes administratifs ou en termes de capitaux. Je ne dis pas que c’est facile de trouver de l’argent, mais les fonds existent. C’est pour faire valoir tous ces arguments que nous organisons les journées de l’entrepreneur du 16 au 22 novembre. Il s’agit de promouvoir l’entrepreneuriat à travers de nombreuses manifestations dans des écoles, dans la presse. Il y aura une transat virtuelle, une soirée de récompense d’entreprises technologiques à forte croissance… L’objectif est de rendre l’entrepreneuriat beaucoup plus visible et le remettre au centre de l’économie.
Propos recueillis par Nabil Bourassi
Retrouvez notre article sur l'entrepreneuriat dans les quartiers sensibles: Les banlieues se mettent à leurs comptes
Notre article sur le développement de l'entrepreneuriat en France: France, l'entrepreneuriat ne fait plus peur...

En France, on a désormais les moyens de développer des projets intéressants (PDG Qosmos)






