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Interview

   

Alain Rouquié

président de la Maison de l'Amérique latine

«Les taux d’intérêt élevés et la politique de cible d’inflation ont entraîné une appréciation excessive du real, et un faible dynamisme économique»

(Easybourse.com) Peut-on estimer à l’heure actuelle que le Brésil est une grande puissance émergente ?
Je ne sais pas si le Brésil est une puissance émergente ou émergée. Dans tous les cas, par l’étendue de son territoire, son niveau d’industrialisation, sa richesse et sa compétitivité agricole et minière, le Brésil (situé au 9/10ème rang dans le monde par son PIB, égal ou supérieur à ceux de la Russie et de l’Inde) peut être considéré comme une grande puissance, juste après les cinq ou six grands pays industrialisés. Néanmoins, si on le compare aux autres nouveaux grands périphérique du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), le Brésil est une puissance singulière parce qu’elle a renoncé à l’arme nucléaire et n’a pas de moyen de projection militaire externe.

L’économie brésilienne se redresse vigoureusement, mais la reprise durera-t-elle ? Quels signes sont encourageants sur le plan de la croissance ?
Peut-on parler de reprise dans le cas du Brésil, dont la croissance est, même dans les quatre dernières années, inférieure à la moyenne latino américaine ? Certes, en cinq ans,   grâce à la demande mondiale et asiatique en particulier, les exportations ont doublé, mais le commerce extérieur s’est «re-primarisé» (soja, minerais),

Peut-on dire que le gouvernement a su rétablir la confiance des investisseurs étrangers dans l’économie du pays ?
Oui, la confiance a été rétablie dès 2003 dans les milieux d’affaires, et elle perdure. Une politique macro-économique très responsable a rassuré les investisseurs. Le Brésil était traditionnellement un pays faiblement exportateur et très endetté. Aujourd’hui, la dette est modérée (moins de 50% du PIB) et les exportations se sont accrues de manière spectaculaire. Mais ces succès ont un prix : un niveau de taux d’intérêt trop élevé et la politique de cible d’inflation ont entraîné une appréciation excessive du real, et un faible dynamisme économique. Les banques sont plus résistantes que les industries.

Quels sont les principaux défis auxquels le pays est confronté ?
Outre les goulots d’étranglement proprement financiers (taux de change, taux d’intérêt), le Brésil doit faire un énorme effort en matière d’infrastructures. La médiocrité des ports et des voies terrestres, l’abandon des voies ferrées, une mauvaise gestion des transports aériens (infrastructure et navigation comprises) sont autant d’obstacles à une dynamisation de l’économie. Le Brésil doit se donner les moyens de tirer parti de ses énormes ressources naturelles et humaines. Ce n’est pas encore le cas.

Qu’en est-il de la sensibilité vis-à-vis des chocs extérieurs ? Peut-on estimer que le pays est mieux à même de résister si les conditions financières internationales se modifient brutalement ?
Le pays étant modérément endetté, il est mieux à même de faire face à des chocs externes que dans les années 90. Mais il a encore beaucoup à faire en matière de gestion des dépenses publiques. La charge fiscale est au Brésil de 36 %, soit du niveau des pays de l’OCDE, et 2 à 3 fois supérieure à celle des pays voisins de même niveau de développement. Les dépenses sociales sont les plus élevées du continent. Mais elles restent encore très régressives et favorisent les classes moyennes et non les plus défavorisés malgré des réformes en vue de les réorienter.

Où en est-on sur le plan de la réduction des obstacles aux échanges ?
La crise actuelle du Mercosur qui avance à reculons prouve assez que le Brésil, tout comme l’Argentine, n’est pas sorti de plus d’un demi siècle de développement autocentré  et protégé. Certes le Brésil est un des champions de la libéralisation des marchés agricoles mais il est loin de partager la même approche dans le domaine des industries et des services.

Qu’en est il de la discipline financière ?
Il n’y a pas de problème de discipline financière, mais un grave problème de discipline fiscale où toutes les entreprises ne sont pas égales. On évoque fréquemment une simplification de la fiscalité mais les pesanteurs administratives et les blocages politiques s’y sont toujours opposés.

Propos recueillis par I.H.



Publié le 17 Avril 2007

Copyright © 2007 logo easybourse

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Son parcours


Politologue, spécialiste de l'Amérique latine contemporaine

Directeur de recherche émérite à la Fondation nationale des sciences politiques, Alain Rouquié est spécialiste de l'Amérique latine contemporaine. On lui doit notamment L'Etat militaire en Amérique latine (1982), Amérique latine : introduction à l'Extrême-Occident (1987), Guerres et paix en Amérique centrale (1992). Ambassadeur de France au Brésil de 2000 à 2003, Alain Rouquié est aujourd'hui président de la Maison de l'Amérique latine.

 

La Maison de l'Amérique latine


La Maison de l'Amérique latine est un lieu privilégié d'accueil et de réunion pour la communauté diplomatique latino-américaine à Paris.

La Maison de l'Amérique latine accueille les personnalités latino-américaines en visite en France (du monde diplomatique, politique, culturel, scientifique et économique) et organise des rencontres avec leurs homologues français ou la communauté latino-américaine de la capitale.

Les arts, la littérature, la politique, la philosophie, ou encore la musique, font partie des différentes activités culturelles qui y sont représentées.

Y sont organisés quotidiennement des débats de réflexion sur les thèmes de l'actualité, des conférences, des expositions, des prix littéraires (Roger Caillois, Juan Rulfo, Guimaraes Rosa), et des spectacles.

D'étroites relations sont entretenues et de nombreuses manifestations sont co-produites avec les services culturels des Ambassades latino-américaines, les institutions étrangères et françaises, les associations, les organisations non gouvernementales et les musées qui travaillent en liaison avec l'Amérique latine.

 
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