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Interview

   

Alain Trannoy

directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales

«Compte tenu de leur sous-financement, les universités françaises ne sont pas si mal classées»

(Easybourse.com) Dans le palmarès 2006 de l’Université de Shanghai, le premier établissement français arrive en 45ème position et seules quatre universités de l’Hexagone figurent dans le Top 100 mondial contre deux dans le Top 20 européen. Que vous inspirent ces résultats ?
Il faut être conscient que le classement a été établi hâtivement. Le système universitaire français est en effet très différent de son homologue américain par exemple. Lorsqu’un chercheur français publie une étude, il doit mentionner le nom du laboratoire auquel il appartient et celui de son institution de rattachement (Universités, CNRS, Grandes Ecoles). Aux Etats-Unis, il se contente de citer le nom de son université. L’empilement des structures (universités françaises, CNRS, Grandes Ecoles) explique pour partie les places obtenues par les établissements français dans le classement.

Si ne deviez en faire qu’un seul, quel reproche adresseriez-vous au système universitaire français ?
Le système actuel engendre l’irresponsabilité des étudiants, des personnels et des équipes qui pilotent les universités. Les enseignants-chercheurs ne sont pas suffisamment encouragés en fonction de leurs performances que cela soit en enseignement ou en recherche. Le système récompense peu en cas de succès et il ne sanctionne pas non plus en cas de mauvais choix, ce qui génère une irresponsabilité individuelle et collective.

Pensez-vous que le seul sous-financement puisse expliquer les piètres performances des universités françaises ? 
En France, l’ensemble des ressources privées et publiques allouées à l’enseignement supérieur représente 1,1% du PIB contre 2,6% aux Etats-Unis. Harvard, qui se trouve en tête du classement, compte près de 20 000 étudiants et dispose d’un total de ressources égal au quart du budget total de la France pour l’enseignement supérieur. Ainsi, compte tenu du sous-financement des universités françaises, celles-ci ne sont pas si mal classées, même s’il est vrai qu’elles pourraient faire mieux.
L’autre problème, c’est que la France finance tous les doctorants présents dans les 80 universités disciplines confondues, même lorsque les équipes sont peu reconnues au niveau international. Par la même, elle défend de petites équipes de recherche qui ont une visibilité scientifique très faible. Aux Etats-Unis, seuls les établissements les plus performants accueillent et financent des thésards (par exemple une vingtaine en économie, alors qu’en France au moins 50 établissements délivrent le doctorat en économie).

Dans quelle mesure les mauvaises places obtenues par les établissements de l’Hexagone nuisent-elles aux étudiants issus du monde universitaire ?
Le classement de l’université de Shanghai reflète l’attractivité des universités américaines. Les publications françaises représentent tout de même 4 à 5% de la recherche mondiale, et 10% en mathématiques. Et la France reste la cinquième nation en matière de recherche.
L’éclatement et la fragmentation des universités et des laboratoires de recherche remettent en cause l’attraction de la France aux yeux des doctorants étrangers.

Peut-on parler d’une conception française spécifique de l’université s’opposant à une conception anglo-saxonne ?
La principale spécificité des universités françaises réside dans leur absence d’autonomie. Les universités américaines, et même belges, sont plus libres, autonomes et donc responsables. Mais cela suppose plus de ressources financières.
Le système actuel se caractérise par un sous-financement des étudiants par l’Etat. Il est donc normal que ces derniers paient des frais d’inscription faibles. Mais dans l’absolu, ils devraient payer plus. L’amélioration du système de prêt aux étudiants pourrait les y aider. Ceci permettrait de plus responsabiliser non seulement les étudiants mais le système tout entier.
 
Que pensez-vous des objectifs prévus par la loi Jospin de 1989 et la loi d’orientation sur l’école de François Fillon d’amener respectivement 80% d’une classe d’âge jusqu’au Bac et 50 % d’une classe d’âge à être diplômée de l’enseignement du supérieur ?
L’objectif fixé par ces lois, à savoir permettre à la France de devenir une économie de connaissances, est louable. Ces objectifs n’ont pas été atteints  car d’une part seuls 65% d’une même classe d’âge parvient jusqu’au bac, et d’autre part, les différents bacs sont loin de garantir le même socle de connaissances. Mais la vraie question réside dans la formation de ceux qui ne parviennent pas jusqu’au bac.
Pour ce faire, la France doit d’abord résoudre les difficultés qu’elle rencontre dans la dissociation entre enseignement technique et enseignement général, en apprenant à ne plus cloisonner ces deux types d’enseignements.
Mais l’élévation du niveau d’éducation ne peut être que bénéfique !



Publié le 20 septembre 2006

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Son parcours


52 ans

1988 - docteur d’Etat en économie 1987, agrégé des facultés d’économie

1998/1991 - professeur Université de Rennes 1

1991/2002 – professeur Université de Cergy

1991/1994 - directeur d’UFR Université de Cergy-Pontoise

1996/1999 - vice-président du conseil scientifique de l’Université de Cergy-Pontoise

1993/2003 - directeur du THEMA UMR CNRS 1993-2003

Depuis 2002 - directeur d’études à l’EHESS en poste à Marseille

Depuis 2003 - directeur de l’IDEP (Institut d’Economie Publique)

Éditeur des Annales d’Economie et de Statistiques 2005- Economie Publique 2003-
éditeur associé, Journal of Public Economic Theory 2003-, Journal of Economic Inequality 2002-

 
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