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BNP PARIBAS

BNP - [ISIN FR0000131104]

Cours : 56,240 €   Variation : -1,23%
Marché : Euronext Paris (temps différé)
   

Baudouin Prot

Directeur général du groupe BNP Paribas

«Fortis, il y a forcément toujours un espoir jusqu'au 28 février»

(Easybourse.com) Quels commentaires faites-vous sur les résultats du groupe en 2008 ?
2008 aura été une année très difficile pour l'industrie bancaire marquée par une crise financière sans précédent qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman. Elle s'achèvera sur un résultat de 3 milliards d'euros confirmant la solidité du groupe et son positionnement mondial renforcé.

De quelle manière appréhendez-vous les perspectives d'évolution de vos activités en 2009?
L'environnement de l'année de 2009 sera rude. Nous conjuguons les suites d'une crise financière qui n'est pas terminée et les effets d'une récession économique qui se diffusent rapidement. Nous sommes conscients de la force d’un certain nombre d'atouts structurels qui caractérisent le groupe mais nous sommes tout aussi conscients de la nécessité de procéder à un certain nombre d'adaptations eu égard à cet environnement.
En combinant les deux, le groupe a vocation à très bien se distinguer sur le marché en 2009.

Quels seront vos principaux atouts ?
Nous pouvons en mentionner au moins cinq.
Tout d’abord, un business mix diversifié (l'activité de banque de détail, le métier d’asset mmanagement services, et le corporate investment banking) ancré sur le moteur de la banque de détail qui représente 60 % de nos revenus.

Par ailleurs nous disposons d'une bonne diversification géographique. Il est bon aujourd'hui d'avoir 75 % de ses revenus en Europe de l’Ouest et d'avoir 59 % de ses revenus en France et en Italie. La France s'avérera en 2009 comme en 2008, dans les activités bancaires, le marché le plus résistant d'Europe. L'Italie devrait également montrer une meilleure solidité que d'autres grands pays européens comme le Royaume-Uni, l'Irlande, l'Espagne...

Qui plus est, notre attractivité et notre positionnement sont renforcés. Nous parvenons jour après jour à attirer de nouveaux clients dans notre activité de banque de détail, de nouveaux capitaux dans la gestion d'actifs et l’AMS, et à améliorer notre force de frappe sur les activités de CIB, sur les fusions acquisitions, les métiers obligataires ou les métiers de financement spécialisé.

La bonne maîtrise et la réduction de notre gestion des coûts ainsi que l’amélioration du ratio rendement/ risque sur moyenne période constituent deux autres avantages compétitifs non négligeables.

Quelles sont les principales mesures d'adaptation que vous envisagez ?
Quatre mesures marquent une inflexion importante de la politique menée par le groupe. D'abord une volonté ferme de réduire significativement les actifs pondérés du groupe notamment de nos activités de CIB.
Par ailleurs nous voulons renforcer le capital du groupe par la génération de résultats et par le plan français de soutien à la croissance.
Nous désirons prendre en compte la hausse du coût de la liquidité. Ce coût est sans rapport actuellement avec ce qu'il était avant l'apparition et le développement de la crise.
C'est une contrainte forte pour l'industrie bancaire qu'il est essentiel d'intégrer.
Enfin, il est important d'adapter les coûts à des revenus plus volatiles.

Vous vous fixez un objectif de réduction à fin 2009 par rapport à fin 2008 de 20 milliards d'euros au niveau des coûts à périmètre de changes constants ?
Par rapport à 535 milliards à la fin de l'année 2008, nous devons être à 20 milliards plus bas à fin 2009.
Nous avons décidé s'agissant de l'activité CIB de réduire la base des coûts variables de 5 %.
Nous tablons sur stabilisation de nos activités sur les marchés émergents avec cependant une réduction des actifs que nous avons pu acquérir en Ukraine.
Une consolidation de nos activités est également envisagée pour BancWest aux États-Unis.

Sur les deux principaux marchés domestiques où nous sommes fortement présents, nous prévoyons de continuer à financer l'économie réelle en augmentant nos encours. En France, nous respecterons à coup sûr les engagements pris auprès du gouvernement français, autrement dit une augmentation de 4 % des actifs pondérés dans notre activité de distribution de crédits.

A ce propos, vous avez décidé de participer à ce plan français de soutien à la croissance à hauteur de 5 milliards d'euros. Où en est le processus d’émission ?
La première tranche a été tirée au début du mois de décembre sous forme de titres subordonnés.
La deuxième tranche sera proposée lors de l'assemblée générale qui aura lieu prochainement. Cette deuxième tranche devrait concerner 2,55 milliards d'euros sous la forme d'actions de préférence.

Vous disposez d'un avantage compétitif majeur qui réside dans la qualité de la signature de BNP Paribas…
En matière de liquidités, le groupe conserve le spread de CDS le plus bas de l'ensemble des grandes banques de notre catégorie. Nous restons donc une des banques les mieux notées. Cela nous a permis d'être la première banque européenne à être sortie après la faillite de Lehman par une émission obligataire sans aucune garantie d'État de 20 milliards d'euros à cinq ans. Nous avons également réalisé une première émission en covered bonds de 1,5 milliards d'euros à cinq ans au mois de janvier sur un programme annoncé de 15 milliards d'euros.
L'émission en 2009 s’élèvera à 30 milliards d'euros. Nous avons engagé en ce mois de février près de 9 milliards d'euros, soit largement plus du quart de ce programme.

Le dividende que vous proposez est un dividende de 33 %. Dans quelle mesure le plan de relance élaborée par le gouvernement français a-t-il influencé votre politique de versement des dividendes ?
Ce dividende est un dividende responsable qui sera payable soit en cash soit sous forme d'actions. Chaque actionnaire pourra choisir la modalité de rémunération. Nous proposerons cette solution à l’assemblée générale.
La détermination du tiers est totalement fortuite. Il nous paraissait tout à fait légitime de distribuer à nos actionnaires un tel pourcentage, 20 euros par action au total.

Les deux autres tiers de nos résultats permettront de renforcer les fonds propres et de contribuer au développement de l'activité du groupe.
 
Qu’en est-il des salariés ?
Nous avons un intéressement et une participation des salariés au sein du groupe. Elle sera cette année d'un peu moins de 200 millions d'euros, en baisse par rapport à l'année dernière.

Cependant alors que les bénéfices du groupe ont diminué de 61 %, le montant moyen de l'intéressement et de la participation à baissé de 63 % et le dividende a chuté de 70 %.

Quid des bonus chez BNP Paribas ?
L'ensemble des bonus cash versés dans les activités de banque de financement et d'investissement ont baissé de 60 % entre 2007 et 2008.

Le 28 février est-elle bien la date butoir au-delà de laquelle vous ne pouvez aller s’agissant de l’opération d’acquisition de Fortis ?
Le 28 février constitue la date d'échéance du protocole qui lie l'État belge à BNP Paribas. Il faudra savoir respecter cette date butoire.
Tant que ce dernier n'est pas échu, il y a forcément toujours un espoir.

Le Premier ministre belge Herman Van Rompuy et son ministre des Finances Didier Reynders ont rencontré, lundi 16 février, des représentants de la banque française après le rejet du plan de sauvetage de Fortis. Quel a été le contenu  de vos discussions ce jour là ?
Le gouvernement belge après avoir évoqué l'idée de la rencontre lundi a ajouté qu'il n'était pas souhaitable de commenter la nature des discussions qui auraient lieu. Je suis du même avis. Il serait à la fois superflu et nuisible d'apporter le moindre commentaire à ce stade.
S'il y avait dans les jours prochains une évolution effective, nous en prendrions acte et la commenterions une fois qu'elle serait intervenue.
Nous n'allons pas faire de conjoncture sur une situation riche et complexe. Nous demeurons factuels.

Que souhaitez-vous dire aux actionnaires belges ? 
Par définition, BNP Paribas ne va pas négocier en direct avec les actionnaires belges. Il est important que ces derniers prennent en considération l'environnement économique et la valeur qu’ont aujourd'hui les actifs bancaires et les actifs de services financiers dans l'ensemble des pays de l'union européenne. L'évolution de l'ensemble des valeurs bancaires en Europe et aux États-Unis encore ces derniers jours démontrent à quel point les temps sont difficiles.
Je considère que nous avons fait beaucoup d'efforts au niveau financier, nous avons démontré beaucoup de pragmatisme au fil des mois notamment dans le protocole aménagé en acceptant de perdre le contrôle des activités d'assurance.

Combien de liquidités avez-vous apporté à Fortis exactement ?
Nous avons apporté à Fortis depuis le mois d'octobre un soutien qui a varié dans son montant qui s'inscrivait dans l'esprit du protocole et dans l'esprit d'un partenariat éventuel.
Ce financement a été réalisé à des conditions normales de marché qui se présentaient comme plus avantageuses que toute autre solution alternative à laquelle pouvait faire appel Fortis. À l'époque Fortis était dans l'impossibilité d'accéder à la liquidité requise car plus aucune banque ne prêtait à son homologue.

L'arrêt de la cour d'appel a indiqué que le financement pour Fortis pourrait s'arrêter le 16 février. Est ce que ce financement s'est arrêté ?
Nous allons continuer à accompagner Fortis jusqu'à la date d'échéance du 28 février

Le gouvernement luxembourgeois a fait savoir que s'agissant de l'établissement luxembourgeois du groupe Fortis, il désirait pleinement que BNP Paribas ne retire pas sa participation…
Nous sommes désireux de trouver une solution raisonnable tant sur le plan industriel que sur le plan financier. Nous gardons une préférence forte pour le projet d'ensemble en ce qui concerne les activités du groupe bancaire de Fortis en Belgique et au Luxembourg.

Nous tenons à concrétiser ce partenariat avec l'établissement bancaire belge du groupe Fortis car nous avons en tête le rôle majeur joué par cet établissement dans le financement de l'économie belge.

Ceci étant, nous saurons être pragmatiques et nous apprécions beaucoup le climat de partenariat qui s'est établi avec l'autorité luxembourgeoise.

Le président de Fortis en Belgique a déclaré à la presse belge que les négociations seraient facilitées si BNP Paribas se retirait de la table des négociations...
Nous comptons respecter le protocole qui a été signé jusqu'à son échéance. Personne ne peut nous en délier fusse le président de Fortis en Belgique.
Pour le reste, je ne désire pas polémiquer par presse interposée. Les salariés de Fortis et beaucoup d'acteurs de l'économie belge considèrent que l'adossement de Fortis à BNP Paribas est le meilleur projet qui soit. Je n’ai jamais pensé que cette opinion serait unanime.

Seriez-vous prêts à faire d'autres concessions ?
BNP Paribas a été aux limites des concessions qui pouvaient être faites raisonnablement.

Aurez-vous droit à des indemnités si l'opération échouait ?
Je n'ai droit à aucune indemnité.
Si l'opération échouait, cela serait regrettable mais BNP Paribas n'en subira aucun dommage ni aucun coût. L'aide passagère que le groupe aura apportée sous forme de liquidités à Fortis faisait partie de la responsabilité qui incombe plus largement à BNP Paribas compte tenu de son positionnement dans le secteur.
Nous n’avons aucune inquiétude sur le fait qu’à un moment donné cette liquidité nous sera restituée.

Est-ce que compte tenu des mesures que vous avez annoncées (vous envisagez la fermeture de 100 agences dans ce pays), vous vous désengagez de l'Ukraine ?
Nous sommes en Ukraine depuis longtemps et nous comptons bien y rester. Le groupe n'a pas pour habitude, notamment dans son activité de banque de détail, de faire des allers-retours.
Toutefois la situation économique dans le pays s'est sensiblement aggravée. En tant que professionnels, nous nous efforçons de gérer au mieux nos affaires et de nous adapter au mieux à la conjoncture.
Nous avons plus de 1000 agences dans le pays. Les fermetures concernent des agences marginales qui n'étaient pas très bien placées.
Pour le reste les mesures prises sont destinées à gérer la période difficile dans laquelle nous nous inscrivons.

Vous avez reclassé l'équivalent de 8 milliards d'euros d'actifs devenus illiquides du trading au banking book. Ce reclassement pourrait il se poursuivre en 2009 ?
Ces actifs avaient été considérés dans les lignes de crédit car ils étaient initialement liquides.
Ils sont devenus illiquides à cause de la crise. Nous avons décidé de les garder, au quatrième trimestre seulement, dans un banking book pour une longue durée.
Si nous avons changé les actifs d’un livre à un autre, nous n'avons pas pour autant changé le prix des actifs.
L'exercice consiste à la fin de l'année à regarder qu'est-ce qui serait arrivé si ces actifs étaient restés dans le trading book. Ils auraient sûrement été dévalués à la fin du quatrième trimestre et aurait valu 400 millions d’euros.
Les reclassements sont censés être des opérations exceptionnelles. Nous espérons bien qu'il n'y aura pas d'autres circonstances exceptionnelles en 2009 à l'instar de ce qui s'est passé en 2008. Il faudrait une recrudescence de la crise qui toucherait certains actifs qui n'ont pas encore été affectés.

Faut-il s'attendre à une accélération de la hausse du coût du risque an 2009?
Je pense qu'il faut s'attendre à une montée du coût du risque du crédit.
En matière de contrepartie de marché, nous pouvons espérer qu'il n'y aura aucune autre faillite de banque de grande importance. Nous pourrions avoir ainsi une baisse du coût du risque s'agissant des contreparties de marché d'ici la fin de l'année.

Ainsi nous pouvons envisager une compensation entre une baisse du coût du risque au titre des activités de marché et une hausse du coût du risque sur les crédits liée à l'impact de la récession économique.
Au final nous resterons dans un environnement de risques élevés en 2009. Il faudra attendre la fin de l'année pour avoir une visibilité sur l'ampleur du montant que représentera ce coût.

Eu égard à votre activité d’Asset Management, quel regard portez-vous sur la récente fusion entre la SGAM et la CAAM ? 
L'activité d’Asset Management de BNP Paribas est profitable. Nous avons des flux d'actifs nets positifs.
Nous sommes ouverts à toute une série d'associations avec des spécialistes. Nous essayons d'utiliser l’architecture ouverte pour vendre nos produits. Nous regardons en permanence l'évolution du business modèle de l’asset management. Nous ne sommes absolument pas dans l'immobilisme.
 
Néanmoins, dans tous les métiers, que ce soient les métiers de titres, la banque privée, la gestion d'actifs, nous souhaitons garder le contrôle. Nous considérons que dans notre rôle d'industriel, le contrôle est essentiel là où nous avons notre marque, notre réputation. Auquel cas nous devenons des actionnaires financiers.
 
Quel sera le mot d’ordre en ce qui concerne votre politique de croissance externe pour cette année ?

Pour BNP Paribas 2009 n'est pas l'année des emplettes. Nous allons plutôt nous concentrer sur la gestion de notre entreprise qui a 170 000 salariés, 27 milliards d'encours regroupés, et qui est présente dans 85 pays
Créer les conditions d'une sur performance du groupe par rapport au secteur de l'industrie financière à laquelle nous appartenons est l'objectif numéro un que nous nous fixons cette année.

L’image du banquier a été beaucoup mise à mal par la crise financière. De quelle manière croyez_vous qu’il soit possible de restituer à ce métier toute sa valeur ?
Nous avons vu récemment le summum de l'excès. Il a été associé à la profession les termes de nullité et de honte. Cela me paraît  injustifié.
L'ensemble des grands acteurs bancaires français, globalement, se caractérise dans cette crise par une résistance de leurs résultats inégalée si nous considérons le système bancaire des grands pays de l'OCDE.
Nous sommes en mesure d'assumer pleinement notre rôle de financement de l'économie française du fait de notre solidité et de nos comptes.
L’évolution des encours de crédit n'a jamais cessé et va continuer. Le plan de soutien élaboré par le gouvernement français a conduit à contractualiser des engagements. Tous les réseaux bancaires sont attachés à tenir leurs engagements mêmes si nous sommes confrontés à une baisse significative de la demande de crédit.

Nous sommes reconnaissants à notre personnel de donner le meilleur d'eux-mêmes pour assurer le service client.
Le travail en étroite collaboration avec le médiateur du crédit depuis qu'il a été à institué me paraît exemplaire. Ce travail se fait dans un climat très constructif et très positif.

Les présentations totalement caricaturales de la réalité des banques françaises tant dans les résultats que dans leurs comportements créent un environnement potentiellement grave de tensions.
En matière d'opprobre et de dénonciation, de mis au pilori nous avons franchi les limites du supportable. Il a 450 000 salariés en France qui travaillent dans l'industrie bancaire.
Le moment est venu de dire trop c'est trop.

Retranscription par Imen Hazgui des propos recueillis à l'occasion des questions-réponses posées dans le cadre de la conférence organisée par le groupe jeudi 19 février 2009



Publié le 23 Février 2009

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