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Interview

   

Bruno Julliard

président de l’Union nationale des étudiants de France

«Nous souhaitons un réengagement financier de l’Etat en faveur des universités»

(Easybourse.com) L’Unef a récemment publié son palmarès 2006 des universités « hors la loi » en matière de frais d’inscription. Quelle a été sa méthode d’enquête et ses critères de jugement ?
Concernant notre méthode d’enquête, nous aurions souhaité utiliser les délibérations des conseils d’administration des universités sur la détermination des droits d’inscription, mais tous les établissements ne procèdent pas par vote. Dès lors, nous avons dû utiliser les factures des étudiants répartis dans les universités françaises afin de vérifier point par point ce qui est légal et ce qui ne l’est pas.
Pour l’établissement de notre palmarès, le principal critère que nous retenons est celui du montant des frais illégaux. Vient ensuite la nature de l’illégalité. A nos yeux, il est plus grave de demander aux étudiants de payer des frais de dossier que de facturer l’accès à l’impression des documents.
Mais notre classement est totalement imparfait. Nous sommes en-deçà de la réalité. Les universités ont de plus en plus tendance à cacher les frais illégaux dans les inscriptions en master.

Le syndicat a appelé les présidents d’université à « la raison » sous peine d’engager des poursuites administratives ou judiciaires. Parmi la cinquantaine d’universités incriminées, combien ont entendu votre appel et ravisé leur politique de frais d’inscription ?
Ce que nous souhaitons, c’est négocier et trouver une sortie politique à la situation. J’ai rencontré ce matin le ministre délégué à l’enseignement supérieur, François Goulard, qui s’est engagé à demander aux recteurs de faire pression sur les présidents d’université. Dans certains cas, la négociation sera possible, dans d’autres non. Au moins quinze cas devraient déboucher sur des poursuites judiciaires et administratives.
Le ministre va également demander aux recteurs de déférer les universités en cas de flagrant délit d’illégalité, comme ce fut le cas à Lyon III.

Si de telles pratiques se développent, c’est en raison des difficultés financières auxquelles doivent faire face les universités. Quels sont selon vous les remèdes à la crise du financement des universités ?
Ces pratiques sont certes révélatrices d’un sous-financement des universités. Elles ne facturent pas les étudiants de bon cœur, ni en vue de procéder à une sélection par l’argent, bien que ce fut le cas l’an dernier à l’université Grenoble II. En procédant de la sorte, les universités tranchent le problème toutes seules et sont tentées de considérer la facturation aux étudiants de tout et n’importe quoi comme la solution.
Nous souhaitons le réengagement financier de l’Etat, le développement de la contribution financière des entreprises, qui sont les premières à bénéficier des formations dispensées par les universités, et l’instauration d’un débat démocratique autour du problème du financement de l’enseignement supérieur.

Etes-vous favorable à la pratique du mécénat et du financement des universités par les anciens élèves ?
Clairement non. Tout d’abord parce que cette pratique ne fait pas partie de la culture française et parce qu’elle contient un risque majeur : celui de l’apparition d’un système universitaire à deux vitesses. Les critères de fixation des frais de scolarité doivent être définis par l’Etat pour une université égale pour tous.

Que vous inspire l’instauration d’une allocation rentrée de 300 euros pour les étudiants boursiers ?
Nous sommes favorables à l’idée d’une allocation rentrée pour les étudiants dans la mesure où le début de l’année universitaire est une période difficile financièrement pour les étudiants (logement, sécurité étudiante, etc). Depuis cinq ans, le décrochage du pouvoir d’achat des étudiants est de 90 millions d’euros.
Le montant annoncé de 300 euros est trop faible et les critères d’attribution trop sélectifs. Seuls 3,5% des étudiants percevront cette aide contre les 25% initialement prévus. L’enveloppe accordée par l’Etat est de 20 millions d’euros au lieu des 70 millions d’euros promis au mois de juillet.
Nous nous attendions à une rentrée pleine de bonnes nouvelles. Au final, elle est décevante.

Où en est le syndicat de la lutte contre le CNE ? Envisagez-vous des actions à la rentrée ?
Nous envisageons de nous mobiliser mais de manière différente par rapport à la lutte contre le CPE. Nous soutiendrons sans réserve les batailles juridiques contre le CNE et nous sommes optimistes quant à l’issue de la situation.

Selon le classement des universités mondiales publié par l’université Jiao Tong, le premier établissement français arrive en 46ème position, et seules quatre universités françaises figurent dans le top 100. Quelles sont les raisons expliquant ces piètres performances ?
Ce type de classement ne convient pas à la structuration de l’enseignement supérieur en France où la recherche est en partie dissociée du monde universitaire, contrairement aux autres pays. Tout ceci rend donc les comparaisons entre universités difficiles. Mais il est tout de même certain que d’un point de vue financier, la situation est hétérogène. Si un classement venait à être établi en fonction des ressources allouées aux universités, la France serait certainement en queue de peloton.



Publié le 25 Août 2006

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L'Union nationale des étudiants de France


L'Unef, fondée en 107, est un syndicat indépendant des partis politiques permettant aux étudiants d'exercer leur avis et leur droit de vote sur la gestion des infrastructures universitaires, que ce soit la recherche, la restauration universitaire, les logements étudiants ou les problèmes de discrimination.
Il bénéficie d'une reconnaissance d'utilité publique et compte près de 30 000 partisans.

Son actuel président est Bruno Julliard, étudiant à Lyon.

 
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