Eric Venet
Directeur de la gestion collective chez Montbleu Finance
«Il ne faut pas que le système s’emballe »
(Easybourse.com) Comment percevez-vous l’évolution des marchés financiers à l’heure actuelle ?
Depuis janvier, nous portons une vision optimiste sur l’évolution des marchés, considérant que la crise bancaire avait été résolue, que la crise économique était sur le point d’être résorbée grâce à la multiplication des plans de relance, et à la prise de conscience de la part des autorités politiques de la nécessité d’une coopération et coordination au niveau international à travers notamment le sommet du G20.
Les plans de relance vous paraissent ils suffisants ?
Je ne pense pas qu’il y ait besoin de déployer d’autres plans de relance. Il y a simplement lieu de veiller à la bonne application de ceux qui ont déjà été définis.
Si nous considérons un pays comme la Chine, le plan mis en place a vocation à stimuler la consommation intérieure. En cela, la logique sous jacente est pertinente. Mais il existe dans le pays un problème de fiabilité et de corruption. Le gouvernement de Pékin devra assurer le contrôle de la bonne exécution des mesures adoptées.
Le risque de déflation nous semble définitivement écarté. La problématique est davantage celle d’une inflation. De quelle manière l’envisagez-vous ?
Il est encore trop tôt pour se prononcer sur l’importance du risque inflationniste. La liquidité injectée peut se stériliser dans les structures des bilans des banques centrales.
La clé de l’inflation résiderait dans le dollar?
Nous tablons clairement sur une appréciation du dollar. Parmi les économies développées, c’est vraisemblablement aux Etats-Unis, que la croissance devrait reprendre en premier lieu. La logique des taux devrait s’en trouver inverser. L’Europe, n’ayant pas la capacité de réactivité macro-économique suffisante devrait garder un taux d’intérêt relativement bas.
L’argument avancé de la dépréciation du dollar réside dans le fait que la monnaie américaine cesserait d’être monnaie internationale. Or les grands pays émergents, Brésil Russie Inde et Chine, affichent la volonté d’instaurer un système où le dollar conserverait sa suprématie, avec un droit de création de la liquidité plus ou moins contrôlé, et avec à coté des zones monétaires optimales.
La Chine a ainsi commencé à signer des accords avec ses principaux partenaires Brésil et Indonésie prévoyant que les échanges se feraient en reminbi. L’idée est celle d’une coexistence avec le dollar non pas d’une substitution.
De quelle manière voyez vous évoluer la devise américaine ?
Notre premier objectif est de voir le dollar à 1.30 puis à 1.25 contre € . Le timing est quelque peu compliqué car il dépend notamment de la spéculation sur le cours du baril de pétrole. Mais nous pourrions évoquer un délai de six mois.
Vous tablez sur le retour vers un paradigme beaucoup plus équilibré à la sortie de la crise ?
La crise aura pour effet de recentrer le commerce mondial. Les Etats-Unis vont un peu moins importer, la Chine par voie de conséquence un peu moins exporter.
Le consommateur américain va un peu plus épargner et le consommateur chinois davantage dépenser.
Où résident les principaux dangers ?
Le danger serait d’aller plus vite que la musique. Le baril du pétrole a dépassé les 70 dollars. La progression est trop rapide si l’on considère que nous ne sommes pas encore véritablement sortis de la récession économique.
Il ne faut pas que le système s’emballe, auquel cas nous pouvons craindre la formation de bulles en particulier dans le domaine des matières premières.
S’agissant du secteur bancaire, que pensez-vous du récent rapport de la BCE qui prévoit un besoin de recapitalisation de l’ordre de 283 milliards d’euros ?
Contrairement à ce qui s’est passé aux Etats-Unis, nous n’avons pas eu notre programme de stress test en Europe. Pourtant cela aurait permis de mettre à jour la réalité de la situation. N’ayant pas de visibilité claire pour l’instant, il n’est pas possible de prendre une position ferme sur les valeurs bancaires européennes aujourd’hui.
Autrement dit, vous n’êtes pas encore revenus sur les valeurs bancaires en termes d’investissement ?
Non.
La dégradation des bilans des entreprises vous inquiète-t-elle ?
Les dirigeants d’entreprise n’ont pas d’idée précise sur les perspectives de leurs résultats financiers. Ils se sont efforcés de conserver leurs outils et de maintenir leur marge. Mais les difficultés se font de plus en plus ressentir au fur et à mesure que la récession perdure.
Nous devrions avoir des distorsions significatives dans la croissance des bénéfices.
En quoi consiste votre processus d’investissement ?
La création de Montbleu Finance correspond à une nouvelle approche. Tout d’abord une approche macro-économique « allocation d’actifs to marché » dont découlent les secteurs et les supports adéquats sur le moment grâce à une approche « value stock picking » qui suppose une connaissance intime des sociétés.
Nous sommes spécialisés sur deux fonds flexibles, l’un au profil défensif Montbleu Cordée avec un maximum possible de 50% d’actions européennes, et l’autre au profil plus dynamique Montbleu Terra qui peut détenir jusqu’à 100% d’actions monde. Le choix d’investissement dépendra du patrimoine du client, de son aversion au risque et de l’environnement financier.
Qu’en est-il de votre exposition actions s’agissant de votre fonds défensif Montbleu Cordée ?
Nous avons à ce jour dans ce fonds 25% d’actions (environ 70 valeurs au total). Nous étions à 14% en novembre 2008 et 35% en mars 2009. C’est un fonds contrariant investi sur quelques secteurs comme les utilities, les télécoms, l’énergie et l’énergie renouvelable.
Le fonds s’est caractérisé par une rotation sectorielle très importante. Nous étions massivement investis sur les valeurs industrielles en début d’année.
Comment expliquez-vous le fait que votre exposition ait baissé de 35 à 25% ?
Cette diminution de notre exposition s’explique par la vente progressive de nos valeurs industrielles et de nos valeurs cycliques.
Les seules valeurs que vous vous êtes interdit de vendre sont des valeurs d’énergie solaire. Pourquoi ?
C’est le seul secteur à croissance forte à moyen terme. L’énergie renouvelable représente dans le fonds défensif, 3 à 4% et dans le fonds dynamique 15 à 20%.
De quelle manière assurez-vous la maitrise du risque ?
Une valeur ne dépasse jamais 0,80% du portefeuille. Les obligations ont une maturité de trois à quatre ans maximum.
Quelle a été l’évolution de votre exposition taux ?
Nous sommes passés en un an du monétaire compte à terme 6-7 mois, à du crédit corporate investment grade pour 40% et des obligations convertibles pour 10%
Nous n’avons pas d’obligations souveraines.
Quid du monétaire ?
Il ne représente que 10% du fonds Montbleu Cordée. Les deux tiers de monétaire sont investis dans la livre sterling sur laquelle nous envisageons une poursuite de l’appréciation.
De quoi se compose votre fonds dynamique Montbleu Terra ?
Le fonds dynamique est investi dans les valeurs les plus sensibles à la reprise : l’énergie, matières premières, solaire, mines d’or.
L’exposition actions est passée de 95% à 70%. Cela s’est fait de manière mécanique en raison de l’emballement observé sur les matières premières. Le reste est constitué de cash, essentiellement du dollar et du franc suisse
Quelle est la performance de vos deux fonds ?
Le fonds Cordée a été lancé fin mars 2008. Il affiche une performance de +1% en relatif, +9% depuis le début de l’année. Il a pour benchmark un indice composite 30% Eurostoxx 50 et 70% d’Eonia. Cet indice fait 0% depuis le début de l’année.
Le fonds Terra a quant à lui un indice composite qui regroupe 70% MCSI World et 30% d’Eonia. Ce fonds progresse de plus de 30% depuis le début de l’année, alors que l’indice ne fait que +3%
Êtes-vous investis sur les pays émergents ?
Oui à hauteur de 15%, principalement sur le Brésil et l’Inde, mais aussi en Chine à travers des valeurs cotées aux Etats Unis et en Allemagne, essentiellement dans Montbleu Terra.
Propos recueillis par Imen Hazgui





