Frédéric Michelland
Directeur financier de Nexans
«Notre dette a en réalité diminué de 240 millions d’euros»
(Easybourse.com) Quel commentaire vous inspirent vos résultats annuels, sachant que votre résultat avant impôt a baissé, passant à 135 millions d'euros en 2008 contre 281 millions d'euros en 2007, et que le résultat net part du groupe est également en fort repli, à 82 millions d'euros en 2008 contre 189 millions d'euros en 2007…
En ce qui concerne le résultat, permettez-moi d’éclaircir les raisons de cette baisse. Elle est en fait liée à la comptabilisation de nos ventes de stock de cuivre à un coût moyen pondéré historique supérieur au coût d’achat effectif du cuivre réellement consommé pour la production de câble. Cet effet de décalage dans le temps, qui n’a pas d’impact sur notre trésorerie, a été en 2008 de 165 millions d’euros. Sans cette charge comptable, le résultat net aurait donc été de 195 millions d’euros contre 189 millions d’euros en 2007.
On constate par ailleurs que le CA global du groupe (au cours du métal courant) est passé de 7,4 milliards d’euros en 2007 à 6,8 milliards d’euros en 2008, soit une baisse du chiffre d’affaires courant de près de 600 millions d’euros. Mais, cette baisse s’explique intégralement par la poursuite de la réduction de nos ventes dans le domaine des fils conducteurs ainsi que nous nous y étions engagés d’un point de vue stratégique : nous nous sommes en effet engagés à réduire progressivement nos activités amonts que représentent les fils conducteurs, ce qui correspond justement à ce que l’on observe en 2008 par rapport à 2007, soit la poursuite de ce désengagement qui se traduit par une baisse du chiffre d’affaires à métal courant…
Si l’on met maintenant de côté les fils conducteurs et que l’on prend seulement en compte la partie câbles, on constate que la progression de notre chiffre d’affaires organique est de 6%, hors effet positif lié à l’acquisition de Madeco et Intercond, donc à périmètre, taux de change et prix du métal constant.
Il s’agit également du taux de croissance affiché par la marge opérationnelle à périmètre et taux de change constants. Cette dernière s’est d’ailleurs établie au 31 décembre 2008 à 427 millions d’euros.
Au total, la progression de 6% de la marge opérationnelle reste conforme à notre objectif de progression en 2008 par rapport à 2007. Concernant la croissance organique du chiffre d’affaires, à 6%, nous nous retrouvons dans la fourchette que nous nous étions fixés.
A quoi attribuez-vous l’augmentation de votre dette financière nette passée à 536 millions d'euros au 31 décembre 2008 (contre 290 millions d'euros au 31 décembre 2007) ?
En simplifiant les chiffres, la dette a effectivement progressé de près de 250 millions d’euros. Or ces 250 millions d’euros d’augmentation de la dette, entre 2007 et 2008, sont à mettre en regard avec deux autres évènements : d’un côté, l’impact des acquisitions qui se traduit par une augmentation de notre endettement net d’environ 350 millions d’euros, et d’autre part, l’impact des appels de marges sur nos contrats de couverture cuivre qui ont représenté un impact en sortie de cash de 100 millions d’euros.
En résumé, nous assistons à une dégradation de notre dette nette, de 250 millions d’euros, face à un impact négatif non récurrent de 490 millions d’euros. Si bien qu’en net, notre dette a en réalité diminué de 240 millions d’euros, à périmètre et prix du cuivre constant.
Quel a été l'impact de la variation des matières premières sur votre activité ?
L’évolution des prix des matières premières est totalement neutre sur notre performance opérationnelle. C'est-à-dire que les 427 millions d’euros que nous affichons aujourd’hui au titre de la marge opérationnelle, aussi bien que les 409 millions d’euros que nous affichions au titre de la marge opérationnelle de 2007, n’ont pas été impactés par l’augmentation des prix du cuivre jusqu’en 2007, ni par la baisse des prix du cuivre observée en 2008…
Cela grâce à notre politique de couverture qui est systématique : lorsque nous signons un contrat avec un client, le prix proposé dans le contrat est basé sur un prix de référence du cuivre.
Si le client nous demande, par exemple, de lui livrer plusieurs kilomètres de câble dans 6 mois, nous nous couvrons immédiatement, c'est-à-dire que nous achetons immédiatement la quantité de cuivre nécessaire au prix du cuivre qui a été utilisé pour déterminer le prix de vente du câble au client. Il n’y a donc plus d’aléas, ni positif ni négatif, liés à la variation des prix du cuivre…
Coment l’évolution des taux de change, notamment du dollar, a-t-elle pesée sur vos résultats ?
Le dollar s’est déprécié par rapport à l’euro, mais sur l’ensemble de l’année, si vous raisonnez en termes de taux moyens, cette dépréciation n’a été de l’ordre que d’une dizaine de pourcents, ce qui n’est finalement pas dramatique…
En revanche, ce qui a joué de manière plus significative, c’est la dépréciation d’un certain nombre de devises de pays émergents. De fait, l’impact cumulé de ces facteurs, au niveau de notre chiffre d’affaires, a été d’environ 150 millions d’euros, tandis qu’au niveau du résultat, l’impact est resté limité en raison de notre politique de couverture systématique de l’ensemble de nos flux opérationnels qui seraient dans des devises autres que la devise de fonctionnement de la filiale.
Au total, au niveau de notre résultat, l’impact lié à la dépréciation d’un certain nombre de devises est très limité. Il est en revanche plus significatif au niveau des fonds propres…
Les pays émergents demeurent-ils un axe de croissance prioritaire ? Le dynamisme dans ces Etats est-il de nature à compenser une activité en berne en Europe ?
Je crois que tout le monde a maintenant intégré le scénario selon lequel, si nous avons une poursuite du ralentissement de l’économie dans les pays de l’OCDE, principalement en l’Europe et aux Etats-Unis, il n’y a pas de raison que les pays émergents soient complètement épargnés. Nous l’avons tous constaté, notamment sur le dernier trimestre de 2008 et sur le début de l’année 2009, il y a un effet de contamination.
Cela étant, il y a toujours un différentiel de croissance entre les pays émergents et ceux de l’OCDE. Autrement dit, en ce qui concerne le moyen terme, c’est-à-dire les tendances qui vont au-delà de la conjoncture actuelle très court terme et dans laquelle nous sommes absorbés, les besoins d’infrastructures des pays émergents sont considérables et indiscutables.
Le pari aujourd’hui que nous faisons, consiste à prédire qu’il subsistera entre ces pays émergents et les pays de l’OCDE un différentiel de croissance favorable. D’où notre décision de poursuivre notre «redéploiement géographique», qui se concrétise dans nos chiffres avec, en 2008 et pour la première fois, le fait que nous générons plus de 50% de notre chiffre d’affaires de l’activité câbles en dehors de l’Europe.
A combien peut-on estimer la croissance de votre marché ? Qu’anticipez-vous pour 2009 ?
Nous n’avons pas fixé de guidance externe au sens strict (objectifs de croissance du CA, de marge opérationnelle etc.). Nous nous sommes simplement fixés une cible en interne. Compte tenu en effet de l’environnement dans lequel tout le monde évolue aujourd’hui, il apparaissait extrêmement important au management de Nexans de s’assurer que l’intégralité des équipes du groupe, où quelles soient, aient les idées très claires sur le cap défini par la direction pour l’année qui vient.
Ce cap consiste à viser un taux de marge opérationnelle d’environ 6%, et à prendre les mesures préventives et les initiatives qui nous permettront d’atteindre cet objectif interne de 6%...
Quelles sont ces «mesures préventives»…
Elles sont, pour résumer, de deux natures : la première c’est une maîtrise des coûts avec une stabilité des coûts fixes en 2009 par rapport à 2008, ainsi que le gel des embauches dans toutes les activités support.
Quant au second type de mesures, il s'agit de celles visant à optimiser la génération de trésorerie au cours de l’année qui vient. Cela va se faire à travers deux volets : le premier en jouant au maximum sur la manoeuvrabilité que l’on a en matière de dépenses d’investissement, sachant que cette manoeuvrabilité est contrainte puisqu’il y a, d’année en année, un report d’investissements d’environ 100 millions d’euros ; quant au second volet, concernant la génération de cash, il s’agit des actions que nous pouvons engager afin de poursuivre la diminution de notre besoin de fonds de roulement.
Nous l’avions déjà fait de manière significative en 2007, et c’est ce qui nous a permis sur l’ensemble des deux années 2007 et 2008, de générer à peu près l’équivalent de 600 millions d’euros de cash-flow libre opérationnel. Cela à comparer à un montant d’acquisitions nettes de cessions que nous avons réalisé sur les deux dernières années de 340 millions d’euros…
Dans la période actuelle, il est important de garder l’ensemble des opérationnels et les équipes de Nexans focalisés sur la génération de cash et la poursuite de la réduction de l’endettement.
Vous laissez-vous la possibilité de réaliser des acquisitions cette année ?
On ne peut pas l’exclure même si, d’un point de vue opérationnel, notre priorité reste de continuer à générer du cash…
Propos recueillis par Nicolas Sandanassamy
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