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AREVA (CI)

CEI - [ISIN FR0004275832]

Cours : 362,200 €   Variation : +0,61%
Marché : Euronext Paris (temps différé)
   

Frédéric Potelle

directeur de la communication financière d’Areva

«Notre portefeuille dédié aux opérations de fin de cycle surcouvre la part de provisions qui est à notre charge»

(Easybourse.com) A combien Areva évalue le coût du démantèlement de La Hague ? 
Ce que nous publions, c’est le devis global du démantèlement de l’ensemble de nos installations nucléaires.

La totalité de ce coût est estimée à 4,5 milliards d’euros. C’est la valeur que nous publié au 30 juin 2006. Sur ces 4,5 milliards d’euros, environ 2,1 milliards sont à la charge d’un certain nombre de nos clients, en particulier d’EDF, notamment dans le cadre de l’usine de La Hague pour laquelle EDF a une cote part intégrée.

En terme comptable pour Areva, le bilan comprend un passif de 4,5 milliards, dont 2,1 à la charge du client au titre de dette future, et en face de ce passif, on touve des actifs. Mécaniquement, on va retrouver 2,1 milliards que l’on va appeler des créances futures.

Un certain nombre de clients ont fait le choix de payer le financement de ce démantèlement dans le cadre des contrats commerciaux que nous avons passé avec eux pour le traitement de leurs combustibles. Il y a donc des électriciens qui sont clients de notre usine de La Hague, mais qui ne nous sont plus redevables au titre du démantèlement, puisqu’ils ont réglé leur dette au moment du traitement de leurs combustibles.

Maintenant, concernant les 2,4 milliards qui restent une fois déduit 2,1 milliards des 4,5 milliards, Areva détient un portefeuille dédié aux opérations de fin de cycle, communément appelé de démantèlement, qui est un portefeuille géré par le groupe. En 1993, nous avons ponctionné sur notre trésorerie pour constituer un fonds.

Ce fonds est-il sécurisé ?
C’est un fonds qui a un profil plus sécuritaire que précédemment. Il a été pendant longtemps 100% en actions et, aujourd’hui, il a été désensibilisé et contient 40% de produits de taux et d’obligations et 60% d’actions. La liste des actions est publiée dans notre rapport annuel.

Ce que nous constatons, c’est qu’au 30 juin 2006, ce portefeuille surcouvre la part de provisions qui est à notre charge, c’est-à-dire que nous avons globalement 300 millions d’euros de plus d’actifs financiers.

Ce portefeuille, depuis 1993, a, sur la périodes surperformé son indice de référence de 25%.

Areva s’interdit d’utiliser ce portefeuille pour faire autre chose que couvrir les dépenses de démantèlement.

Ces fonds dédiés, ainsi que l’évaluation des devis de démantèlement, font l’objet chez Areva d’un suivi en terme de gouvernance d’entreprise. Au sein du conseil de surveillance, on retrouve des comités que l’on retrouve traditionnellement dans toutes les entreprises (un comité d’audit, un comité stratégique, un comité des nominations et des rémunérations…), et puis, à côté, on trouve un comité de suivi d’évaluation des dépenses de démantèlement et la gestion des fonds de couverture.

Nous ne sommes pas dans un cas où les fonds sont gérés par le management de l’entreprise, qui n’en rend compte à personne. Areva a élevé la question du démantèlement au même niveau que l’audit des comptes.

Comment Areva procède à l’évaluation des coûts de démantèlement ?
Ce qu’il faut avoir à l’esprit c’est que nous ne sommes pas électricien, c’est-à-dire que les usines que nous opérons ne sont pas des centrales nucléaires, nous n’avons pas un parc standard d’usines.

Areva a des usines qu’on appelle des usines du cycle du combustible, et notamment celle de La Hague, qui servent à retraiter les combustibles de nos clients. Ca signifie que toutes ces usines sont uniques, il n’y a pas de caractères d’uniformité, de standardisation.

Selon une étude très approfondie menée par la Cour des comptes en 2004,  l’évaluation des coûts de démantèlement les opérateurs nucléaires français (le CEA, EDF et Areva) pouvait être jugée correcte.

En revanche, il y avait un seul industriel sur les trois, et c’est Areva, qui avait complètement doté un fonds de couverture pour les dépenses de démantèlement. Nous sommes très confortables par rapport à ça.

Justement, si vos usines sont uniques, l’évaluation des coûts de démantèlement n’est-elle pas d’autant plus incertaine ?
Ces usines ont été conçues par des équipes d’ingénierie du groupe qui ont aussi assuré la maîtrise d’offre de leur construction. Cela signifie que nous avons aujourd’hui des équipes de projet qui passent leur temps à évaluer le coût de déconstruction des installations qu’elles ont elles-mêmes construites. Cela donne un caractère assez confortable sur la capacité des équipes à analyser le nombre d’heures, par exemple, qu’il faut pour démanteler une installation, une cellule, une machine…

Par ailleurs, en réalité, nous faisons tous les jours du démantèlement puisque le démantèlement c’est exactement comparable à de la maintenance lourde d’installations dans laquelle nous ne viendrions pas remplacer ce que nous avons démonté. Le démantèlement c’est essentiellement des heures et des techniques, des moyens qui vont servir à démonter des choses.

Pour revenir au cas de La Hague, depuis sa mise en route, nous avons fait un nombre très important d’opérations de maintenance. Nous allons régulièrement démonter des moteurs, des équipements, des pompes, des robots,… Nous savons exactement combien de temps cela nous prend et combien cela nous coûte pour chacune de ces opérations de maintenance.

Chacune de ces opérations fait l’objet d’un suivi de projet qui est comparable à celui que l’on peut faire dans n’importe quel projet d’ingénierie et de construction. Tous les coûts unitaires, par exemple combien de temps il est nécessaire pour scier un tuyau de tel diamètre, sont collectés et envoyés dans une base de données qui nous permet d’alimenter un modèle d’évaluation appelé ETEeval. Ces modèles-là sont rafraîchis au fur et à mesure des opérations de maintenance.

Cette procédure de comptabilisation et cet outil informatique d’évaluation ont été audités par un organisme indépendant, le bureau Veritas, qui n’a pas fait de remarques majeures.

Maintenant, à combien Areva évalue la gestion des déchets radioactifs ?
Areva n’est pas propriétaire des matières nucléaires qu’elle manipule. Nous sommes un groupe nucléaire intégré qui va de la mine au traitement de combustibles usés, en passant par la construction et la maintenance de réacteurs.

En terme de propriété des matières, le seul moment où Areva est propriétaire des matières nucléaires, c’est à la sortie des mines dans lesquelles le groupe opère. Dès cet instant, une fois que l’uranium est sorti des mines pour être concentré, pour faire ce qu’on appelle le « yellow cake », cet uranium est vendu aux électriciens et ensuite dans toutes les opérations, Areva est un prestataire de services.

Lorsque l’on se réfère aux activités de l’amont (la conversion de cet uranium, l’enrichissement, ensuite la fabrication d’éléments de combustible qui vont être livrés aux réacteurs, ou encore la récupération de ces éléments combustibles après la production d’électricité pour aller faire le traitement), ces matières appartiennent aux électriciens, donc le passif associé au conditionnement de ces déchets et au stockage ultime de ces déchets est à la charge des électriciens, c’est-à-dire de nos clients.

La gestion des déchets pour Areva représente du business, un chiffre d’affaires. C’est très faiblement une charge. Areva va être seulement propriétaire d’un petit peu de déchets, appelés « déchets de procédé ». Pendant le cycle d’exploitation des matières nucléaires, par exemple dans nos installations de La Hague, nous allons générer des déchets technologiques, des déchets d’atelier.

Or, on s’aperçoit aujourd’hui que si nous parlons des déchets qui vont coûter cher à stocker, c’est-à-dire des déchets de haute activité à vie longue, Areva est propriétaire d’une ultra minorité des déchets français. C’était de l’ordre de 5% en 2004/2005.

Pour l’ensemble de ces déchets de haute activité à vie longue, le coût est important. Il y a eu un groupe de travail sous l’égide de la DGEMP (Direction générale de l’énergie et des matières premières), qui est une émanation du ministère des finances et de l’industrie, qui a rassemblé le CEA, EDF, Areva et l’Andra pour évaluer les coûts de stockage définitif de ces déchets. Cela représente un certain nombre de milliards d’euros et la quote-part d’Areva y est de quelques centaines de millions d’euros. Ces quelques centaines de millions d’euros sont comptés dans nos devis. On parle communément des provisions de démantèlement, mais en fait ce sont des provisions de démantèlement et de reprise et de conditionnement des déchets.

Dans vos calculs de provisions, Areva part de l’hypothèse que tous les combustibles sont retraitables, or ce n’est pas le cas actuellement…
Le combustible, neuf ou usé, appartient aux électriciens, donc Areva n’a pas d’intérêt particulier à dire que 96% de la matière est recyclable du point de vue du coût de stockage de ces déchets. En revanche, il y a un autre débat qui est la viabilité et l’intérêt de ce qu’on appelle le cycle fermé.

Les électriciens sont propriétaires des combustibles, après être passés en réacteur, ces combustibles sont usés car ils ont produits de l’électricité.
Ce combustible usé, il y a deux façons de le voir. Il y a une manière simple qui est de considérer ces combustibles comme des déchets, et là, il y a un certain nombre d’électriciens dans le monde qui ont choisi cette option et qui se destinent à stocker de manière définitive le combustible usé en l’état, après l’avoir conditionné de manière sûre.

Par contre, l’idée dont nous faisons, nous, la promotion c’est de dire que les combustibles usés ne sont pas des déchets, parce que les combustibles usés contiennent 96% de matières recyclables, notamment de l’uranium, qui peut être retraité et recyclé, et du plutonium qui, lui, est déjà recyclé sous forme d’un combustible de deuxième génération, le Mox. Nous sommes dans une opportunité de business pour Areva.

Areva va traiter les combustibles usés, va séparer les matières valorisables et va ensuite les utiliser pour faire du combustible Mox frais, neuf qui va repartir dans les réacteurs des clients.

Les réacteurs actuels peuvent techniquement charger du Mox. Certes, pas la totalité du réacteur, mais disons un quart, un tiers. Pour se faire, il est nécessaire de faire des études de sûreté et d’obtenir les agréments des autorités de sûreté.

En pleine campagne présidentielle, la question d’une privatisation refait surface, d’autant que Nicolas Sarkozy défendait cette idée quand il était ministre de l’économie…
Ce que nous constatons c’est que le projet d’élargissement du flottant de 4% à 35-40% avait été lancé fin 2004 par Nicolas Sarkozy, qui était alors ministre des finances. Cela ne constituait pas une privatisation. L’Etat serait resté majoritaire, il n’y avait pas de problème quant au contrôle de l’Etat. Ce projet a été reporté, puis gelé, par le gouvernement Villepin qui a déclaré que cela ne faisait pas partie de ses projets.

Le gouvernement Villepin va resté en place jusqu’aux élections de mai prochain. La question est de nouveau ouverte quant à un élargissement du flottant, mais cela restera le choix des actionnaires d’Areva, et donc de l’Etat.

Propos recueillis par M.E.



Publié le 26 mars 2007

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