Nicolas de Kervern
consultant en ressources humaines chez Opteaman
«Il ne suffit plus d’être bilingue, il faut être tricontinental»
(Easybourse.com) Comment mettre en avant son CV ?
Cela peut paraître une tautologie, mais un CV doit avant tout répondre à la question : qu'est ce que j'ai fait, moi, candidat, avant de rentrer en contact avec vous, recruteur. Il faut que le CV soit parlant, que les missions soient détaillées un minimum. Les candidats partent trop souvent du principe qu'il ne faut pas trop s'étaler sur un CV et garder des choses à dire en entretien. C'est une erreur, il y aura toujours de quoi dire en entretien. Est-ce qu'au moins ils se sont posés la question " et s'il n'y a pas d'entretien ? ". Quoi qu'il en soit, la logique est simple. Généralement, dans tout processus de recrutement, nous faisons trois piles de CV : les " plus ", les " moyens ", les " moins ". Et un candidat qui ne détaille pas assez son expérience passée mais qui, pourtant, semble avoir un profil intéressant risque quand même de voir son CV atterrir dans la pile des " moyens ".
Qu'est ce qu'il ne faut surtout pas faire ?
Sans aucun doute, envoyer un CV qui ne correspond pas au profil recherché. Cela peut paraître une évidence, mais des candidatures comme ça, j'en reçois à la pelle. Tout candidat doit partir du principe que s'il répond, ce n'est pas pour rien. Et dans la même logique de cohérence, en exagérant un peu, il est nécessaire qu'un candidat adapte son CV à chaque annonce à laquelle il va répondre.
Comment mettre en avant sa lettre de motivation ?
La lettre de motivation sert à informer un peu plus le recruteur sur le candidat. Je m'explique. Le candidat peut être un rond, le recruteur, un carré, mais grâce à la lettre de motivation, le premier va essayer de convaincre le dernier qu'il est en mesure de correspondre au profil recherché. En évitant, bien sûr les réponses bateaux du genre : " je suis motivé ", " je suis dynamique "… Tout le monde écrit ça. Il faut également éviter le copier-coller de lettres de motivation où seuls quelques morceaux de phrases diffèrent d'une candidature à une autre.
Dans quelle mesure avoir étudié à l'étranger est-il un atout ?
Aujourd'hui il ne suffit plus d'être bilingue anglais, il faut également être tricontinental. Le but étant pour une entreprise d'avoir des salariés qui ne soient pas perdus, qui se sentent à l'aise dans toutes les situations, avec tout type de personne. A 22 ans, les étudiants qui se destinent au monde des affaires ont tous quasiment le même profil : ils ont tous fait une prépa, suivis des cours dans une école de commerce, fait un stage chez Nestlé. Alors que, selon moi, un candidat qui a une expérience de l'international, est plus mature que les autres.
Outre l'anglais, y a-t-il une autre langue qu'il est nécessaire de maîtriser ?
Le business continuera de se faire avec l'Europe de l'Est et l'Asie. Dans ce sens, il important de maîtriser des langues comme le russe, le chinois, et l'allemand. Imaginez qu'aujourd'hui il m'est souvent difficile de trouver une personne qui parle allemand. L'école y est d'ailleurs pour quelque chose. Les collégiens choisissent souvent l'anglais et l'espagnol tout simplement parce que ce sont des langues qui passent partout. A l'inverse, choisir allemand première langue, puis anglais, vous barre automatiquement la route à plusieurs lycées, parisiens notamment.
Quels genres de stages ont le plus vos faveurs ?
Souvent les étudiants cumulent les diplômes mais manquent d'opérationnalité. Pour un stage, la dimension internationale est importante. Il est également important d'avoir vu plusieurs choses, d'avoir multiplié les expériences, tout en gardant à l'esprit que le stage de fin d'étude doit être en adéquation avec ce que l'on veut vraiment faire dans la vie professionnelle. Il doit être considéré comme une pré embauche.
À partir de quel moment considérez-vous qu'un stage est significatif ?
Si on raisonne en termes de durée, je pense qu'à partir de six mois cela commence à devenir intéressant. Mais encore une fois, ça ne veut rien dire, il faut que le candidat explique clairement sur son CV ce qu'il a fait pendant ces six mois. La différence se fait là lors d'un processus de recrutement. Surtout s'il a travaillé à l'étranger.
Lors de l'entretien, qu'est-ce qui retient le plus votre attention ?
Tous les détails qui révèlent ou non de la confiance en soi. Par exemple, la poignée de main ou le regard. En même temps, je considère tout à fait normal d'être stressé pour un entretien, ça prouve au moins que la personne s'implique un minimum. Mais, il y a des gens qui sont plus stressés que d'autres… Il ne faut pas perdre de vue que les entreprises recherchent des salariés qui soient capables de communiquer aisément et qui ont une capacité à défendre leurs idées. Je m'attache également à déceler l'envie qu'a le candidat de travailler pour mon client. Je rappelle aussi qu'un entretien se prépare. D'ailleurs, l'une des premières questions que je pose à un candidat c'est " vous êtes-vous renseigné sur l'entreprise ? ". Avec Internet, c'est facile. Il faut montrer qu'on est intéressé par le poste.
Vous est-il déjà arrivé de vous dire rapidement que la personne en face de vous était le candidat idéal ?
Absolument. Ce qui peut déstabiliser le candidat. Il ne faut pas s'affoler, si c'est allé aussi vite c'est qu'il correspond au profil recherché. Globalement, ce sont des gens sains, équilibrés, spontanés.
Et l'inverse ?
Quand cela se produit, généralement, c'est le candidat qui s'aperçoit de son propre chef que son profil ne correspond pas avec ce que l'entreprise recherche.
Quels conseils donneriez-vous à un étudiant ?
Ne perdez pas votre temps à ne rien faire. Malgré les idées reçues, il n'y a rien de dégradant pour un jeune de faire du télémarketing après les cours ou de travailler comme caissier. D'une part, c'est bon pour gagner en assurance. Et puis un ancien caissier portera, si un jour il travaille dans la grande distribution, un autre regard sur le secteur. Il verra, par exemple, l'importance d'étiqueter correctement un produit. Je lui dirai également de profiter pleinement du réseau des anciens élèves de son école.



Né le 16 mai 1959 à Paris, marié, quatre enfants

