Bernard Besson
Bernard Besson, chargé de mission auprès du Haut responsable à l’intelligence économique du SGDN
«L’intelligence économique est destinée à créer des richesses»
(Easybourse.com) A quoi sert l’intelligence économique ?
L’intelligence économique n’est pas une révolution mais une réaction. Elle est une réponse à l’accélération de la vitesse de circulation des informations Elle tend à maîtriser la croissance exponentielle des données. L’intelligence économique est une grille de lecture des diverses stratégies déployées. Ces stratégies peuvent être aussi bien archaïques et relever d’une brutale réduction des coûts comme en Chine ou en Inde ou relever de transferts de technologies plus subtiles mis en œuvre par ces mêmes pays ou d’autres. En France comme ailleurs l’intelligence économique est surtout destinée à créer des emplois et des richesses en organisant l’intelligence collective des français.
Depuis l’arrivée d’Alain Juillet à la tête de cette mission, quels ont été les dispositifs mis en place pour développer l’intelligence économique ?
La politique publique menée repose sur la promotion et la protection de secteurs économiques considérés comme stratégiques : tout ce qui est porteur de technologie de souveraineté doit être préservé. Cela impose d’abord d’identifier les hommes et les collèges scientifiques et d’anticiper sur les évolutions et le marché. Une technologie de souveraineté est aussi une technologie vendable ! Cela se traduit aussi par des aides financières, documentaires ou juridiques. Ainsi en est-il de la réforme du code monétaire et financier, avec l’insertion du décret prévoyant le contrôle des investissements directs étrangers dans des secteurs stratégiques, appelé «décret anti-OPA». Cela se manifeste également par la mise en place, en 2005, du système d’intelligence économique territorial voulu par le ministre de l’Intérieur. Avec la publication du Référentiel de formation à l’intelligence économique, Alain Juillet propose un langage commun aux professeurs et aux étudiants mais aussi à tous les acteurs économiques privés et publics associés à cette politique.
De quelle manière cette politique publique est-elle mise en œuvre ?
Différents acteurs sont mobilisés. Les chambres de commerce, le Medef, certaines entreprises dites stratégiques, les administrations, les préfets. Tous ensemble, nous tentons de provoquer un mouvement, d’impulser une dynamique, de diffuser une culture de l’intelligence économique. Par exemple, Lorient a accueilli en juin 2006 une réunion organisée par la Chambre de commerce du Morbihan sur le thème suivant : « En quoi l’intelligence économique favorise-t-elle l’innovation ?». Près de soixante chefs d’entreprise étaient présents, pour apprendre ou témoigner. Les expériences de NKE (spécialiste de l’électronique pour bateaux), d’Innovason (consoles pour orchestres), de Diana Ingrédients (alimentation pour chats et chiens) et de E Comcast (création de sites Internet) ont témoigné du fait que l’intelligence économique n’est pas un concept uniquement réservé aux grandes entreprises. Ces quatre PME sont devenues de véritables systèmes d’intelligence économique. Elles en ont rendu compte avec simplicité et pertinence en répondant aux questions précises d’un auditoire composé d’autres chefs d’entreprise.
Mais concrètement, que recouvrent ces systèmes d’intelligence économique ?
D’abord, il est clair que l’information à un coût. La mise en place d’un système d’intelligence économique commence par un audit comptable et financier. Le savoir n’est pas gratuit. Au coût du savoir il convient de rajouter celui de l’ignorance qui est loin d’être négligeable. Toute stratégie d’intelligence économique doit impérativement reposer sur une méthode. Avec comme préalable une identification des compétences, un regard posé sur les savoir-faire et sur les connaissances acquises. C’est ce que l’on appelle la mémoire. Mais l’intelligence économique ne doit pas se réduire à cette seule notion. Il faut ensuite organiser un véritable travail de réseau. Ce n’est qu’après que l’on pourra analyser et expertiser ces données récoltées dans et hors de l’entreprise.
Quelles sont les perspectives de la politique publique ?
Dans un pays où l’intelligence économique est un concept à défaut d’être une culture, le travail d’évangélisation est loin d’être achevé. Du chemin a tout de même été parcouru depuis le rapport Martre de 1994. Nous restons cependant un pays de sciences exactes, une nation de paysans géomètres attachés à leur pré-carré. Il faut convaincre des esprits cartésiens. Il faut leur montrer que l’intelligence économique, jeune discipline transversale peut se mesurer en terme de production, de performance, d’innovation, d’attractivité de nos territoires. L’objectif n’est pas de créer une administration de plus mais d’insuffler partout où cela est possible au sein comme au dehors des entreprises le partage des connaissances aux services de projets innovants et créateurs. Le pôle de compétitivité « Industrie Agro Ressources » de Picardie et Champagne Ardennes se conçoit à l’instar de nos quatre PME bretonnes comme un véritable système d’intelligence économique. Ses fondateurs en rendaient compte en ces termes le 14 juin à l’Université de technologie de Compiègne. Voilà une perspective encourageante et pour le Haut responsable à l’intelligence économique un vrai sujet de satisfaction.



Chargé de mission auprès du Haut responsable à l’intelligence économique 

