Jean-Baptiste Rudelle
fondateur et PDG de Criteo
«La principale vertu du créateur, c’est sa lucidité sur lui-même»
(Easybourse.com) A quoi vous serviront les trois millions d’euros que vous venez de lever pour Criteo ?
Nous avons levé ces fonds auprès d’AGF Private Equity et d’Elaia Partners pour développer le premier moteur d’analyse prédictive en temps réel sur Internet. Criteo existe depuis dix-huit mois. Sa phase de recherche et développement est quasi bouclée depuis la fin de l’année dernière. Désormais nous nous concentrons sur la commercialisation du projet.
Ce premier tour de table va, bien sûr, nous servir à consolider notre technologie mais surtout à accélérer notre développement en France et à l’étranger notamment auprès des grands comptes. D’ailleurs, la présence à nos côtés partenaires reconnus ne peut que rassurer nos prospects sur notre capacité à les accompagner durablement. En effet, l’application que nous leur proposons est pour eux stratégique. Elle nécessite une phase de tests et suppose des engagements réciproques à long terme. Mon objectif c’est qu’à la rentrée nous ayons signé nos premiers contrats avec de grands sites de commerce électronique et des portails de services.
Vous avez reçu le label d’entreprise innovante de l’Oséo-Anvar. Qu’est-ce que cela vous a apporté ?
Ce label, indispensable, et même requis, pour obtenir le soutien de Fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI) ou de fonds communs de placement à risques (FCPR), couronne plusieurs mois de partenariat. Oseo-Anvar nous a ainsi financé une tranche de 75 000 euros de recherche et développement en collaboration avec des chercheurs de Supélec et de l’Institut national de recherche en informatique et automatique (Inria). En outre l’appui de cette structure publique nous a permis de vérifier, en termes de propriété industrielle, le caractère réellement innovant de notre technologie. Ce qui est essentiel pour prétendre lever des fonds et nous crédibilise vis-à-vis des grands comptes.
Est-il difficile de trouver des financements en capital-risque en France ?
Au moment de la « bulle Internet » c’était aisé. La période 2001-2004 n’a pas été clémente. Mais depuis 2005, la situation s’est nettement détendue, en particulier pour les fonds d’amorçage. Cela dit, pour ce qui nous concerne, j’ai sans aucun doute bénéficié d’un capital de confiance auprès des investisseurs pour avoir déjà mené au succès Kiwee.
Quels sont les freins à la création d’entreprise dans l’Hexagone ?
On évoque souvent la complexité administrative comme un handicap à la création d’entreprise mais je crois plutôt que l’aversion au risque explique que de nombreux créateurs potentiels ne passent pas à l’acte. Les sondages montrent que nos compatriotes sont plus désireux que nos voisins à fonder leur affaire, en revanche ils ne sont que 3% à réaliser leur rêve contre 10% à 15% dans d’autres pays. Cette réticence à sauter le pas est très nette chez les cadres diplômés qui auraient vocation à créer les grosses PME de demain, les vraies pourvoyeuses d’emplois.
Je pense ce problème, largement d’ordre psychologique, pourrait être résolu en offrant quelques filets de sécurité aux candidats. Par exemple, à l’instar du congé maternité, on pourrait imaginer un congé pour création d’entreprise qui permettrait au cadre, en cas d’échec, de retrouver son poste. De même, il faudrait permettre à celui qui saute l’obstacle de conserver sa couverture sociale. Et puis on sait bien qu’en France, plus qu’ailleurs, les incitations fiscales libèrent les initiatives. Enfin, je plaide pour un accès facilité aux financements et l’élargissement de la force de frappe d’organismes comme Oseo-Anvar.
Quelle qualité principale doit posséder un créateur d’entreprise pour réussir son projet ?
La vertu cardinale de l’entrepreneur me paraît être la lucidité sur lui-même. Il doit connaître ses limites de manière à savoir déléguer ce qu’il ne sait pas faire en recourant aux personnes compétentes. La volonté de tout contrôler reste une des principales causes de l’échec. Les capital-risqueurs ne s’y trompent d’ailleurs pas : ils investissent moins au vu des business plans que sur des équipes dont ils pensent qu’elles ont la capacité d’anticiper les changements et de générer une dynamique.



Né le 5 mai 1969

