Jean-Eric Mercier
Président de Fidelity France
«Les entreprises, des acteurs majeurs de l'épargne retraite complémentaire»
(Easybourse.com) Pour quelles raisons pensez-vous que l’épargne retraite complémentaire est indispensable dans les années à venir ?
Les évolutions démographiques des pays européens amènent tous les gouvernements à réformer en profondeur leur système de retraite. La plupart des pays ont joué sur des paramètres comme le niveau de cotisation, l'âge de départ à la retraite, le taux de remplacement.
Si toutes ces réformes sont indispensables pour faire en sorte que la retraite par répartition reste le socle de notre système de retraite, elles ne sont pas pour autant suffisantes.
Des solutions d'épargne retraite complémentaires sont impératives.
Il s'agit là d'un véritable défi car nombre de pays européens, la France en particulier, ne sont pas ou mal préparés à cela.
Un travail de pédagogie, d’information est à faire pour faire prendre conscience à nos concitoyens de la nécessité de se familiariser avec cette épargne retraite complémentaire, de s'habituer à la maîtriser et à la piloter dans le temps.
L'ensemble de l'industrie de la gestion d'actifs, et une société comme Fidelity, ont bien entendu un rôle très important à jouer pour aider à relever ce défi, notamment par la mise à disposition de solutions d’investissements efficaces et performantes.
Le résultat d'un sondage euro baromètre réalisé par Fidelity pour mesurer la préparation des Européens à la retraite révèle que la préoccupation principale par rapport à celle-ci réside dans la conservation du niveau de vie acquis pendant l'exercice de l'activité professionnelle.
Cependant il existe un paradoxe, qu'a récemment rappelé le conseil d'orientation de retraite. Le taux de remplacement va être amené à diminuer, en moyenne pour une population de cadres de 64 % à 53% (Source : 5ème rapport du COR, 2007, taux de remplacement net à 65 ans après une carrière continue de 40 ans, évolution entre la génération née en 1938 et celle née en 1985).
C'est l'hypothèse la plus optimiste puisque d'autres prévisions mettent en avant une baisse du taux de remplacement qui pourrait aller jusqu’à 20 points.
Ainsi, nous devrions avoir une baisse de 17 % des revenus entre une personne qui prendrait sa retraite en 2050 et une personne qui prendrait sa retraite au début des années 2000. C'est considérable.
Il n'est dès lors pas opportun de se baser uniquement sur les systèmes de retraite existants. Il va falloir se constituer progressivement un complément de retraite pour une bonne partie de la population.
Qui va jouer le rôle déclencheur pour constituer cette épargne complémentaire pour la retraite ?
Nous avons la conviction au sein de Fidelity que les entreprises vont être des acteurs majeurs dans les 20 ans qui viennent. Nous souhaitons que l'épargne retraite complémentaire distribuée par les entreprises représente 10% de notre collecte. C'est un objectif très ambitieux mais nous sommes très mobilisés pour pouvoir l'atteindre.
Dans la plupart des pays européens les entreprises jouent un rôle décisif.
En Suède, qui est le pays le mieux préparé, 81 % des Suédois déclarent dans le cadre de notre sondage avoir préparé leur retraite.
Or nous trouvons en Suède le plus fort taux d'utilisation de l'équivalent de l'épargne salariale ou du PERCO. 69 % des Suédois utilisent l'épargne mise à disposition par leur entreprise.
Il y a une autre raison pour laquelle les entreprises devraient jouer un rôle majeur. Des études récentes démontrent que l'épargne retraite complémentaire doit faire partie intégrante du package salariale que l'on propose aux employés si l'on veut être capable de les attirer. Une compétition est en train de s'instaurer entre les entreprises de façon à mettre à disposition des produits d'épargne retraite complémentaire. C'est un enjeu important dans la projection d'une image plus ou moins séduisante mais surtout sécurisante.
Au sein des entreprises, les directions des ressources humaines et les directions financières devraient être les clés de voûte de la réussite de l'épargne complémentaire pour la retraite au sein des entreprises. Ces fonctions sont au carrefour des relations avec les directions générales, les salariés, les partenaires sociaux. Ce sont ces fonctions qui travaillent sur les systèmes de rémunération et sur l'épargne salariale.
Un certain nombre de DRH sont très conscientes du rôle à jouer. Mais elles sont confrontées à d’importantes difficultés.
Lesquelles ?
En face des DRH, les directions générales ne semblent pas encore suffisamment convaincues de la place que devrait occuper l'entreprise pour préparer la retraite. Les DRH ne se sentent pas encore suffisamment soutenues. C'est là une difficulté majeure à corriger pour le futur.
Ensuite, les partenaires sociaux sont avant tout mobilisés pour travailler sur le socle de la retraite à savoir le système par répartition. Pour le moment, la retraite complémentaire n'est qu'une préoccupation de second plan.
Par ailleurs, mes salariés sont très anxieux et ne savent pas par où commencer. Dès lors, les demandes formulées auprès des entreprises concernant l'épargne salariale ne sont pas complètement affinées. Ils ne sont pas certains de savoir ce qu'ils doivent demander, de combien ils ont besoin pour compléter leur retraite.
Enfin, les DRH sont confrontées à un problème de pédagogie. Les DRH ne sont pas des spécialistes en gestion patrimoniale ou en gestion financière. Elles demandent à être informées, à être protégées et à travailler dans un cadre bien défini. Elles souhaitent que le risque de conseil soit bien délimité.
La France est le pays le moins bien préparé à l’épargne retraite complémentaire?
En effet, 36 % des sondés seulement indiquent avoir préparé leur retraite. 8% seulement utilisent l'épargne salariale mise à disposition par leur entreprise. Ce dernier véhicule d'investissement est encore diffusé.
La façon d'épargner des français est à remettre en question. Pourquoi ?
La manière dont les Français vont investir pour préparer leur retraite a un effet déterminant sur le niveau de vie qu'ils vont atteindre à l'âge de la retraite.
Or les Français font en général une confusion entre la sécurité de leur épargne et l'épargne sécuritaire.
85 % des Français déclarent qu'ils préfèrent investir dans des produits à faible rendement mais sans risque pour préparer leur retraite dans un horizon de 15 à 30 ans.
Si l'on considère la répartition des actifs dans l'assurance-vie, véhicule de long terme, plus de 75 % sont des fonds investis sont placés dans des contrats en euro, sans risque mais peu rémunérateurs. Ce n'est pas solution la plus optimale, ni la plus efficace.
Il y a lieu de promouvoir les règles d'or de l'épargne longue et de délivrer une gestion financière performante au travers de produits plus adaptés.
A un horizon de placement de 30 ans, celui qui investira dans des produits plus risqués mais adaptés sera plus gagnant que celui qui aura opté pour une solution sécuritaire.
L’épargnant qui aura investi dans des produits monétaires ayant un rendement de 3,5 %, va certainement dormir sur ses deux oreilles pendant 30 ans. Mais, lorsqu’il aura atteint l’âge de la retraite, il aura à peine doublé son capital.
Tandis que celui qui aura investi dans des produits plus appropriés, comme les actions, et qui aura pris la sage décision de ne pas regarder le cours de bourse tous les jours, percevra si l’on se fie aux données statistiques et historiques, un rendement d'environ 8 %.
Au bout de 30 ans il aura quadruplé son capital investissement. Il sera alors dans une meilleure position pour avoir une épargne retraite complémentaire plus importante.
Propos recueillis par Imen Hazgui dans le cadre de la conférence de presse organisée par Fidelity le 22 mai 2008.





