Jean-Eric Mercier
president de Fidelity France
«Il faut accompagner les Européens dans un des enjeux majeurs à venir, celui de la préparation financière de leur retraite»
(Easybourse.com) Fidelity International a récemment lancé une nouvelle étude barométrique afin de mieux appréhender la façon dont les Européens anticipent et préparent le financement de leur retraite.
TNS Sofres a interviewé la population active dans 8 pays européens (Suède, Pays-Bas, Allemagne, Autriche, Suisse, France, Italie et Espagne) en septembre 2006.
Jean Marc Mercier, président de Fidelity Vie a accepté de nous livrer quelques précisions sur le sujet.
Pour quelles raisons Fidelity International a lancé cette nouvelle étude ?
Fidelity a souhaité accompagner les Européens dans un des enjeux majeurs à venir, celui de la préparation financière de leur retraite. À l’heure où les évolutions démographiques soulèvent des enjeux colossaux en termes de financement des retraites, comme c’est le cas en France et dans bien d’autres pays européens, Fidelity a décidé de lancer cette étude afin d’appréhender la manière dont les Européens anticipent et préparent le financement de leur retraite. L’objectif est de renforcer la prise de conscience de tous les acteurs de la retraite de même que les particuliers eux-mêmes.
Pourquoi s'être contenté de 8 pays ? Pourquoi ces pays là précisément?
Nous avons pris des pays européens ayant des bases communes afin de pouvoir les comparer. Par ailleurs, il s’agit de pays dans lesquels nous sommes implantés. L’absence du Royaume-Uni s’explique par le fait que nous disposons d’un outil spécifique pour l’Angleterre : le « Fidelity UK Retirement Index ».
Quel est aujourd'hui le ressenti des Européens face à la retraite ?
Les Européens sont conscients des enjeux de la retraite et se déclarent mêmes préoccupés. Cependant, d’une manière générale, ils agissent peu.
Ils ont perçu le désengagement progressif de l’Etat-Providence dans la préparation financière de leur retraite. En effet, la plupart pensent que le niveau de leur retraite sera inférieur au niveau actuel (en général au moins deux-tiers d’entre eux : Allemagne : 92% - Autriche : 86% - France : 84% - Suisse : 72% - Suède : 69% - Pays-Bas : 68%), voire souvent très inférieur.
Ils se disent préoccupés par la préparation financière de leur retraite : Allemagne: 84% - Autriche: 73% - Italie et Suisse: 68% - France: 58% - Suède: 53%.
En France, 84 % pensent que le niveau de leur retraite sera inférieur au niveau actuel (52 % très inférieur) quand ils cesseront leur activité professionnelle. 88 % pensent que la préparation de leur retraite est une chose à laquelle tout le monde devait s’atteler, même s’ils ne sont que 40% à avoir commencé à préparer financièrement leur retraite.
Vous constatez que les Européens ont des difficultés à se préparer efficacement à la retraite. Comment l'expliquez-vous ?
Il existe différents freins, variables selon les pays :
Parfois les Européens ont une faible conscience des enjeux car l’horizon de leur retraite leur semble très lointain.
Il existe également une problématique de niveau d’information sur la préparation financière de la retraite qui varie à travers l’Europe, notamment entre le Nord (environ ¾ se sentent informés) et le Sud (environ 40 %). Une exception dans les pays nordiques : la Suède, où seuls 57 % se sentent bien informés.
On a également noté qu’un facteur clé est l’existence ou non en entreprise de systèmes d’incitation à la préparation de la retraite.
Un élément très important est la difficulté des Européens à évaluer leurs besoins futurs pour ceux qui n’ont pas commencé à préparer leur retraite, mais aussi pour ceux qui ont déjà commencé. Curieusement, de nombreux Européens qui préparent financièrement leur retraite n’ont pas vraiment calculé la somme d’argent qu’ils mettent de côté : en moyenne autour d’1/3 d’entre eux seulement (et jusqu’à la moitié en Suède). De plus, les Européens ont tendance à construire leur plan retraite à partir de critères personnels et affectifs plutôt que rationnels : proximité / qualité du contact avec la banque ou le banquier, produits faciles à comprendre. La performance est souvent secondaire.
D’autre part, la prise de conscience que la préparation financière à la retraite puisse demander des « sacrifices » est également un frein à la préparation effective. En effet, les Suédois, Allemands, Français et Espagnols estiment que cette préparation est chronophage. Une majorité a réduit certaines dépenses (cigarettes, vêtements, loisirs…) afin de préparer sa retraite financièrement en Allemagne, Suisse, France, Italie et Espagne. Et dans tous les pays, la plupart de ceux qui ont l’intention de préparer leur retraite sont prêts à réduire leur consommation à cet effet (en moyenne, 90 % de ces personnes). Mais, même s’ils se disent prêts, la perspective de réduire ses dépenses peut néanmoins reculer l’échéance de la préparation.
Quels sont les pays les mieux préparés ? Comment l'expliquez-vous ?
Aujourd’hui, les pays les mieux préparés sont ceux où les habitants ne se sentent pas livrés à eux-mêmes et où les employeurs jouent un rôle majeur en proposant des plans retraite et/ou ceux où les citoyens ont une vision plus complète des aspects financiers à prendre en compte dans la préparation de leur retraite.
De facto, les pays nordiques ont une longueur d’avance, avec au moins 70 % de la population qui ont déjà commencé à préparer leur retraite. Quant au pays d’Europe du Sud, ils en sont encore aux prémices; avec environ seulement un tiers ou plus qui ont commencé à préparer leur retraite.
Dans des pays comme la Suède, les Pays-Bas et la Suisse, nombreux sont les citoyens qui peuvent compter sur des plans retraite proposés par leur employeur, alors que cette approche est moins développée dans le reste de l’Europe.
L'étude rend compte de la nécessité d'accompagner les Européens dans la préparation à la retraite. Qui va s’en occuper, et de quelle manière ?
L’accompagnement peut prendre différentes formes et être fourni par différents acteurs.
Les employeurs ont certes un rôle majeur à jouer en termes de pédagogie et d’accompagnement, par exemple avec le développement au sein de leur structure de véhicules d’investissement (tels que PERCO, PEE pour la France).
Dans certains pays, comme la Suède, les Pays-Bas et la Suisse, nombreux sont les citoyens qui peuvent compter sur des plans retraite proposés par leur employeur. Cette approche est moins développée dans le reste de l’Europe. En France, 3/4 de ceux qui ont commencé à préparer leur retraite ont souscrit à des produits financiers et d’épargne à titre individuel. Seuls 1/3 de ceux qui ont commencé à préparer leur retraite ont ouvert un plan via leur employeur. Or, les entreprises sont en première ligne pour répondre aux besoins de préparation. Leur rôle va être croissant dans les prochaines années. L’Etat peut également agir avec des mesures incitatives et / ou des nouveaux véhicules d’investissement (PERP, Assurance-vie). Enfin, l’éducation des particuliers, pour une meilleure prise de conscience et compréhension des enjeux, constitue un axe non négligeable dans l’accompagnement et peut provenir de tous les acteurs liés à la problématique de la retraite (état, entreprises, media, mais surtout les conseillers financiers…).
De quels autres facteurs principaux dépend la préparation effective de la retraite ?
Nombre de Français se déclarant désireux de préparer leur retraite indiquent néanmoins ne pas savoir par où commencer. La préparation effective de la retraite repose donc au départ sur l’implication des particuliers qui doivent à un moment donné réfléchir à leur retraite : quand pensent-ils prendre leur retraite, quels montants sont ils prêts à mettre de côté régulièrement, quel niveau de retraite souhaitent-ils avoir une fois à la retraite, seront-ils prêts à travailler une fois à la retraite, etc. Ces questions essentielles sont à la base de toute préparation effective de la retraite. L’accompagnement intervient dans un second temps. Beaucoup d’Européens qui souhaitent préparer leur retraite ne savent néanmoins pas par où commencer. Pour cette raison, je pense que l’évaluation personnelle des besoins futurs est à renforcer, à travers par exemple des outils simples visant à leur permettre de mieux calculer la somme d’argent qu’ils doivent mettre de côté chaque mois. En l’absence de tels outils, les Français ont tendance soit à ne rien faire soit à construire leur plan retraite à partir de critères relationnels plutôt que rationnels : proximité et qualité du contact avec la banque ou le banquier, adéquation des produits à leurs besoins, produits faciles à comprendre, reléguant d’ailleurs au second plan le critère rationnel de la performance du placement.
Un réel manque d'information semble expliquer en partie ce manque de préparation. Quelles sont vos recommandations pour y remédier ?
A travers l’Europe, les conseillers financiers sont la principale source d’information pour la préparation financière de la retraite, mais sont souvent perçus comme des experts qui ont beaucoup de connaissances et les communiquent peu à leurs clients. Il serait sans doute utile de donner aux conseillers financiers les moyens d’informer et d’éduquer leurs clients sur les problématiques de la retraite.
Dans quel cadre, Fidelity envisage d'utiliser les résultats de cette étude? Est-ce dans l'optique du lancement d'un nouveau produit ?
L’assurance-vie, Fidelity Vie, est déjà une offre séduisante en matière de préparation financière de la retraite, mais aussi pour aider à une meilleure information des épargnants. Nous n’excluons pas de lancer d’autres produits complémentaires.
Propos recueillis par I.H.



Jean-Eric Mercier est ingénieur de l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées.
Fidelity Investissements SAS qui distribue une gamme de plus de 100 OPCVM pour un total de 5,61 milliards d’euros d’actifs (83% distributeurs, 17% clientèle institutionnelle) 

