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Interview

   

Jean-Marie Mercadal

Directeur de la multigestion de OFI Asset Management

«Nous avons décidé d'accentuer nos investissements au Brésil et en Russie»

(Easybourse.com) Pour quelle raison avez-vous décidé d’investir dans les pays BRIC ? 
Nous avons la conviction que cette zone recouvre un potentiel énorme à moyen terme, dans les cinq à six années à venir. Les quatre nations constitutives de la zone ont contribué à hauteur de 28% à la croissance mondiale en termes de PIB au cours des cinq dernières années. Leur PIB devrait doubler dans les 20 prochaines années et pourrait être supérieur à celui du G6 d’ici 2040 (aujourd’hui 15% du PIB du G6).
C'est la raison pour laquelle nous avons créé un fonds multi gestion dédié à ces quatre grands pays.

Cette zone d'investissement a gagné en importance il y a un ou deux ans. Comment l'expliquez-vous ?
Au cours des années 90 et au début des années 2000, nous avons connu une décennie jalonnée de plusieurs crises sur les marchés émergents :  la crise asiatique dont nous fêtons le sixième anniversaire cette année, la crise argentine à la fin de l'année 2002...
Ainsi pendant 10-12 ans, régulièrement, nous avons eu des crises liées aux déséquilibres dans les comptes publics qui ont conduit à une succession de dévaluations.
Dans l'esprit des investisseurs, les marchés émergents étaient alors synonymes de risques importants.

En 2003, nous avons atteint le point bas sur les marchés boursiers dans le monde, notamment sur les marchés occidentaux. Les grands investisseurs internationaux achetaient essentiellement des actions domestiques.
De fil en aiguille, les marchés occidentaux ont repris et parallèlement, les investisseurs ont commencé à s'ouvrir et à regarder vers l'extérieur. Tout le monde avait alors compris que les marchés émergents avaient changé aussi bien au niveau de leurs finances publiques, de leur croissance, que de leur volonté politique.
La prise de conscience amorcée en 2004-2005 a été fulgurante. En trois ans la valorisation des marchés émergents a été doublée.
Le PER agrégé des pays émergents, en particulier des pays BRIC, avait rejoint celui des marchés occidentaux.

Pensez vous qu’il s’agit d’une tendance de fond? Pourquoi ?
Je pense pour ma part qu'il s'agit d'une véritable tendance de fond. Pour la première fois depuis 20 ans, nous avons la conjonction de plusieurs facteurs positifs : la gestion d'une finance publique rigoureuse et équilibrée, des devises bon marché (en particulier dans le cas du yuan et du réal), des marchés sous-évalués.
Par ailleurs ces pays ont des réserves de change importantes, des politiques budgétaires plus axées vers le développement économique et le libéralisme.

Si nous considérons par exemple, le cas du Brésil, au moment où Lula a pris le pouvoir, des craintes avaient émergé au sein de la communauté financière. Mais nous constatons aujourd'hui que la politique est menée dans le sens d’une économie libérale plus équilibrée.

De plus d'un point de vue démographique, nous avons une classe moyenne plus nombreuse que la classe inactive. Ceci est un fort soutien structurel. Longtemps dans les pays émergents, il y avait plus d'inactifs que d’actifs. Aujourd'hui le ratio s'inverse. Ceux qui travaillent, au lieu de nourrir ceux qui ne travaillent pas, ont de quoi s'occuper d’eux mêmes, et donc de consommer.
Dès lors la consommation du marché intérieur est un phénomène qui va prendre de l'ampleur. Ce n'était pas le cas il y a 15 ans.

Qu’en est-il de votre stratégie d’investissement ?
Notre fonds est un fonds multi gérants. Pour chaque zone sous-jacente, nous avons confié un mandat de gestion à des spécialistes de ces marchés. Notre travail a alors été double : sélectionner les différents gérants et allouer les actifs entre ces différents gérants en fonction de ce que nous pensons des marchés sous-jacents.

Depuis le 30 mars, nous avons décidé de mettre plus d'argent au Brésil et en Russie. Le Brésil est un des marchés le plus affecté par la crise que nous traversons (une chute de plus de 11% en euro en juillet dernier).
La Russie nous semble  intéressante en raison de l’importance de son secteur énergétique et du développement de sa consommation intérieure.
Nous avons par ailleurs décidé d'être neutre sur l'Inde. C’est le marché le plus cher mais également celui qui offre le plus de croissance de bénéfices.
Enfin, nous avons choisi de légèrement sous pondérer la Chine. C’est le marché qui est aujourd’hui au plus haut et qui n’a pas été affecté par les corrections récentes.

Sur quels critères vous concentrez vous pour choisir les spécialistes que vous mandatez ?
Nous faisons attention au track record des performances, à la connaissance des marchés, aux moyens disponibles notamment les outils d'analyse et aux stratégies d'investissement.
C'est ainsi que nous avons décidé de mandater Charlemagne capital pour le Brésil. Cette société a été créée il y a cinq ans et gère près de 5 milliards de dollars.
En Russie, nous avons mandaté East Capital AM, leader de la région depuis près de 10 ans avec une présence importante sur le terrain.
Nous avons mandaté F&C Investments pour l’Inde, l’une des premières sociétés de gestion à investir dans le pays avec 13 ans de track-record.
Enfin, pour la région Chine nous avons choisi Lloyd George Investment Management, spécialiste de l’Asie avec 10 ans de track-record sur le marché chinois.

Rencontrez-vous des contraintes réglementaires particulières dans le cadre des mandats donnés en raison de l’investissement effectué dans ces marchés émergents ?
La seule contrainte éventuelle réside dans le fait que pour acheter les actions locales en Chine, nous avons quelques restrictions. Certaines actions sont réservées notamment aux investisseurs domestiques.
Par ailleurs les actions du marché local sont plus chères. Nous jugeons alors préférable d'acheter les actions sur Hong Kong.
Au-delà, nous n'avons pas de contraintes spéciales si ce n'est les obligations qui protègent les épargnants dans le cadre de notre structure classique de droit luxembourgeois.
Il n'y a pas de véritable différenciation faite par rapport à la zone dans laquelle nous investissons.

Quels sont, selon vous, les principaux risques que présente un investissement dans ces pays ?
Du point de vue boursier, les marchés sont naturellement plus volatils. Ceux qui achètent des actions émergentes sont des épargnants occidentaux, en particulier des fonds de pension américains qui dès lors qu'il y a une crise, ont tendance à naturellement revenir aux actions domestiques.
Ainsi, dans les phases de correction boursière, les marchés émergents sont susceptibles de baisser de manière plus importante que les places boursières occidentales. C'est ainsi que suite aux récents mouvements sur les marchés, les Etats-Unis ont diminué de 10% en extrême,  alors que les marchés émergents ont diminué de 15%.

Le risque peut également être de nature politique. Nous pouvons craindre l’apparition de  mouvements incontrôlés en Russie ou encore en Chine. Ce risque est beaucoup plus faible qu'autrefois mais il existe.

Il y a également le risque de change qui est très limité parce que ce sont des pays plutôt sous-évalués. Enfin il y a un dernier risque qui réside dans le fait qu’il n’y a pas assez de gisements pour investir.

Qu’en est-il de la performance de votre fonds depuis son lancement ?
Cette performance varie beaucoup en ce moment. Mais disons que depuis le 30 mars, date de son lancement, nous avons eu une augmentation de 24-25%.

Y a-t-il des secteurs dominants dans le cadre des investissements effectués par les spécialistes que vous mandatez ?
Parmi les thèmes clés, nous avons la consommation domestique et le développement des infrastructures.

Quelles sont les perspectives pour l’évolution des marchés financiers de ces grands pays ?
Je pense que dans un premier temps nous assisterons à une phase d'ajustement. À court terme, nous connaîtrons les mouvements erratiques sur les marchés, notamment les phases de baisse importante. Il faudra alors absolument en profiter pour se positionner sur le marché et garder les valeurs pendant quatre à cinq ans.
D'un autre côté, ce sont des marchés plus volatils qui présentent en conséquence une forte possibilité d'aversion aux risques.

Propos recueillis par Imen Hazgui



Publié le 24 septembre 2007

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OFI Asset Management


Depuis près de 35 ans, le groupe OFI propose des services de gestion financière, OPCVM et comptes sous mandat, qui en font aujourd’hui un acteur important dans la gestion d’actifs pour compte de tiers.
Avec près de 17 milliards d’euros d’encours gérés au 31 mars 2007, le groupe offre à ses investisseurs une gamme de services et produits financiers répartis suivant trois axes de développement : la gestion fondamentale et alternative, la sélection de gérants et la multigestion traditionnelle et alternative.
 
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