Jean-Pierre Gorge
Président du conseil d’administration d’Auplata
«Il nous faut lever à ce jour environ 5 millions d’euros»
(Easybourse.com) Vous êtes le nouveau président du conseil d’administration d’Auplata depuis un peu moins d’un an, suite à l’acquisition en novembre 2008 de la totalité des actions détenues par la famille Aubert, ancien premier actionnaire du groupe minier. Pourriez-vous nous rappeler le contexte ayant conduit à votre nomination et ce qui a changé dans le groupe depuis votre arrivée ?
A l’origine actionnaire minoritaire historique, nous avons commencé par suivre le parcours d’Auplata qui est entré en bourse, d’abord au marché libre puis ensuite sur Alternext. Nous avons assisté aux premiers succès de l’entreprise dont le parcours boursier fut plutôt satisfaisant au début, puis les premières difficultés sont apparues… Il s’est alors avéré que la gestion d’Auplata était trop axée sur le court terme, ce qui n’était pas compatible avec une stratégie de rentabilité et d’exploitation durable des sites miniers.
La spirale de la croissance s’est enrayée, et l’entreprise s’est retrouvée dans une situation extrêmement difficile. … Restait alors une alternative : soit notre fonds d’investissement, Pelican Venture, n’apportait pas son soutien à la société qui aurait alors mis la clef sous la porte, soit nous l’aidions étant donnés ses nombreux atouts [une position importante en Guyane Française, un portefeuille de titres miniers conséquent et la possibilité de mettre en place un nouveau procédé d’extraction de l’or particulièrement innovant venant en complément de ce que nous faisons actuellement].
Cela étant, et compte-tenu de mon expérience personnelle -ayant créé la société de chimie Finuchem-, j’ai bien connu les problèmes de chimie d’une part, et d’environnement d’autre part, qui sont des problèmatiques centrales dans le secteur minier ; je connaissais d’ailleurs bien les questions de protection de l’environnement, les administrations et notamment les DRIRE (Directions Régionales de l'Industrie de la Recherche et de l'Environnement) qui déterminent pour beaucoup l’existence des exploitations minières. Au final, il a été décidé de me nommer à la présidence d’Auplata.
L’objectif était de financer ce qui devait finir de l’être, rendre la société rentable dans les meilleurs délais, et travailler pour l’avenir, notamment en mettant au point puis en œuvre au niveau industriel le nouveau procédé d’extraction de l’or sur lequel la précédente équipe avait déjà commencé à travailler.
Nous avons commencé par remettre de l’ordre dans la gestion courante, en diminuant les frais généraux de l’entreprise et en agissant sur la masse salariale globale. Nous avons ainsi ramené les effectifs globaux de 240 salariés fin 2007 à 60 fin 2008. Nous avons également rapatrié le siège social de la société en France et diminué tous les frais fixes.
Sur le plan industriel et technique, nous avons amélioré le fonctionnement de l’usine telle qu’elle existe aujourd’hui ; ce n’est pas encore terminé, mais nous pouvons désormais assurer une production mensuelle d’or suffisante pour passer d’un déficit de 500 000 euros par mois, à quelque chose qui est proche de l’équilibre en termes de trésorerie d’exploitation.
Cela étant, il fallait également remettre l’usine aux normes en termes de respect de l’environnement, mais aussi d’un point de vue administratif, en déposant des dossiers recevables par l’administration afin d’obtenir toutes les autorisations visant à assurer la pérennité de l’ensemble de nos sites miniers.
Auplata souffrait d’une image assez négative, en Guyane particulièrement…
Nous avons également beaucoup travaillé afin d’inverser l’image d’Auplata, qui était, jusqu’il y a peu de temps, considéré comme un opérateur minier relativement désinvolte.
Désormais, l’image d’Auplata s’améliore, comme a pu notamment me le confirmer récemment le directeur de la DRIRE Antilles-Guyane qui a admis nos progrès, malgrè les nombreuses choses qu’il nous reste encore à faire. Pour ces raisons, je suis confiant sur le fait d’obtenir le permis d’exploitation sur le site de Yaou.
Parallèlement, il y a aussi l’idée que, jusqu’à présent, l’exploitation apparaissait comme économiquement irrationnelle dans le sens où elle gaspillait une grande partie de la ressource : l’exploitation des mines était réalisée uniquement par gravimétrie, c’est-à-dire en broyant finement le minerai disponible, contenant en gros entre 5 à 10 grammes d’or par tonne, puis en le centrifugeant pour ne retenir qu’un petit tiers de l’or contenu et en rejetant un peu plus des deux tiers !
Nous avons donc mis au point un nouveau procédé utilisant le thiosulfate qui a pour propriété de solubiliser l’or, mais sans être toxique comme peuvent l’être le cyanure ou le mercure. Nous avons d’ailleurs obtenu le label d’entreprise innovante d’Oséo pour cette méthode d’extraction.
A ce jour, nous avons réalisé un pilote industriel sur le site de Dieu Merci, qui fonctionne en ce moment, et quand il sera totalement au point techniquement, nous passerons à l’échelle industrielle en plaçant, à la queue de notre ligne gravimétrique, ce procédé chimique afin d’extraire encore une bonne moitié de l’or contenu dans le minerai et porter ainsi notre rendement global, qui est actuellement inférieur à 30%, à plus de 50%.
Quel délai envisagez-vous pour cette industrialisation du procédé au thiosulfate ?
Il faut encore attendre au minimum 12 à 15 mois pour la construction d’un atelier de traitement des rejets par lixiviation en cuve, donc une mise en œuvre qui interviendra en 2010.
A quoi vont vous servir les fonds que vous lèverez lors de votre augmentation de capital ?
Nous considérons aujourd’hui qu’il nous faut lever environ 5 millions d’euros : 3 millions pour construire la nouvelle unité que je viens d’évoquer, au moins 500 000 euros afin de réaliser de nouvelles recherches géologiques et 500 000 euros pour achever les travaux de mise aux normes environnementales et d’amélioration de l’usine existante.
Comment voyez-vous évoluer le marché de l’or à l’avenir ?
J’ai tendance à penser que nous sommes dans une période où les cours des l’or peuvent rester à un niveau relativement élevé, y compris au cours des prochaines années.
Notre objectif, avec notre nouveau procédé, est d’arriver à être rentable même si les cours de l’or venaient à baisser de 30 à 40%.
Propos recueillis par Nicolas Sandanassamy





