Patrick Leguil
Président de la Société Française des Analystes Financiers
«L’évaluation du capital immatériel est un enjeu important pour justifier l’écart entre valeur comptable et valeur d’entreprise.»
En tant que Président de la SFAF, quelle importance accordez-vous au capital immatériel de l’entreprise ?
La SFAF est très attentive à se qui se passe en ce moment dans la prise de conscience de l’importance du capital immatériel. Au sein de l’EFFAS (European Federation of Financial Analysts Societies), la SFAF a participé à la création d’une commission chargée de la réflexion sur l’évaluation du capital immatériel et deux de nos administrateurs sont chargés de suivre ce sujet au niveau français et européen. Nous pensons en effet que l’évaluation du capital immatériel va devenir un enjeu de plus en plus important pour justifier l’écart grandissant entre valeur comptable et valeur d’entreprise.
Selon vous, les analystes financiers y accordent-ils assez d’importance ?
Probablement non et pour plusieurs raisons. Le métier d’analyste est devenu hyper concurrentiel et nombre d’entre eux passe la moitié de leur temps à rencontrer leurs clients aux quatre coins du monde. Ils travaillent donc énormément et manquent parfois de temps pour mieux découvrir ce qui se passe à l’intérieur des entreprises qu’ils suivent ou chez leurs concurrents. Enfin les émetteurs sont parfois très réticents à permettre à un analyste de rencontrer des personnes qui n’ont pas l’habitude de parler au marché. Il est dommage par exemple que les DRH n’assistent pas aux réunions d’analystes alors que le capital humain est essentiel dans la réussite passée et future d’une entreprise.
Pourquoi selon vous les émetteurs ne mettent-ils pas assez en avant leurs actifs immatériels ?
Probablement pour trois raisons majeures :
La première, c’est que les émetteurs se méprennent parfois sur l’exercice que leur demande le marché. Certains émetteurs pensent que la communauté financière est principalement intéressée par les chiffres. C’est tout le contraire. Les chiffres ne sont que la conséquence d’une vision, d’une stratégie, des marchés, des marques, des produits, des hommes, de l’organisation… Plus l’investisseur est long terme, plus il regarde les actifs immatériels d’une entreprise.
La deuxième est difficile à vérifier mais semble néanmoins être l’absence d’outils de mesure internes. Il est difficile de communiquer sur ce qu’on ne mesure pas. Cependant nous savons que certains groupes côtés travaillent actuellement sur ce sujet.
La troisième est probablement la confidentialité. Certains émetteurs craignent de divulguer des informations dont pourraient s’emparer leurs concurrents. On peut néanmoins penser que l’ère de l’Internet à accéléré l’exigence de transparence et que les effets positifs de la transparence auprès des actionnaires, des clients et des salariés compensent un éventuel effet négatif.
Comment comptez-vous remédier à cette carence ?
La SFAF s’est engagée depuis plus d’un an dans une large réflexion avec les émetteurs pour les aider à mieux communiquer vis-à-vis du marché. Nous voulons notamment les inciter à davantage parler stratégie, vision, hommes, clients, organisation «et donc immatériel !», car cela correspond à l’attente légitime des investisseurs les plus fidèles et donc ceux vers qui les émetteurs souhaitent aller. Enfin nous réfléchissons actuellement à comment partager l’expertise immatérielle que nous sommes en train de développer.
Enfin, quels seraient selon vous les indicateurs, le contenu et les supports (rapport annuel, rapport spécifique dédié, autre…) d’une communication corporate et financière qui pourraient inciter les analystes financiers et les gérants de valeurs mobilières à prendre en compte le capital immatériel ?
La présentation d’indicateurs simples, pertinents et stables lors des réunions annuelles et semestrielles constituerait un bon début !



Patrick Leguil a étudié à Sciences Po et au Centre de Formation à l'Analyse Financière. Il a un DES de Sciences Politiques de Paris Panthéon Sorbonne. 

