Philippe Audouin
directeur financier et membre du directoire d'Eurazeo
«L'année n'est pas terminée qu'Eurazeo a déjà atteint son plus fort résultat depuis son origine»
(Easybourse.com) Au regard de vos comptes semestriels, on s’étonne presque d’observer une forte progression des résultats en pleine crise du subprime.
Les résultats reflètent la stratégie mise en œuvre depuis 2002. Cette stratégie consiste à créer de la valeur dans chacune des entreprises dans lesquelles nous avons investi. Le résultat de notre travail se mesure principalement à l’occasion de leur cession.
Nous avons ainsi cédé deux sociétés en début d’année, Fraikin et Eutelsat, et à cette occasion, une partie de la création de valeur a été dégagée. Mais ce n’est en fait qu’une partie, car nous avons, alors qu’elles étaient encore en portefeuille, fait d’autres opérations, notamment de recapitalisation, qui avaient déjà généré du résultat dans les années précédentes.
Dans quelles mesures avez-vous été touchés par cette crise ?
La crise nous concerne, bien sûr, comme tout le monde, mais elle ne nous touche que de façon assez limitée. Nous avons eu à la fois de l’intuition et aussi un peu de chance.
En effet, nous avions ces deux cessions importantes à réaliser et nous sommes très contents d’avoir pu les faire dans de très bonnes conditions au début de l’année. Ce serait probablement plus difficile aujourd’hui.
Nous avons, par ailleurs, réalisé de très belles acquisitions à des moments où nous avons pu monter des financements bien structurés et pour lesquelles les négociations se sont faites à des coûts raisonnables.
2007 est non seulement l’année où Eurazeo a d’ores et déjà atteint son plus fort résultat depuis son origine –notre résultat semestriel est déjà plus important que tous les résultats annuels réalisés par le passé-, mais c’est également l’année où nous avons le plus investi.
Avez-vous des chiffres à nous communiquer sur ce dernier point ?
Nous avons investi au total, à fin août, près de 1,4 milliard d’euros pour la part equity d’Eurazeo, à ne pas confondre avec les valeurs d’entreprises dans lesquelles nous avons des positions.
Aujourd’hui, l’essentiel du portefeuille d’Eurazeo est constitué de sociétés qui sont à des phases où nous avons encore beaucoup de travail à faire pour créer de la valeur. Nous n’envisageons par conséquent pas de cessions à court ou moyen terme.
Le subprime impacte sur le marché des LBO. Pensez-vous, comme Barclays, observer un rebond des financements par leverage buy out d’ici à la fin de l’année ?
Je pense qu’il y a eu un effet de ralentissement assez fort dû au subprime. Maintenant, cela me paraît tout à fait naturel que le balancier revienne vers le centre.
Ayant dit cela, revenir vers le centre cela ne veut, probablement, pas dire revenir à la situation que nous avions auparavant.
C’est plutôt une bonne chose que l’on revienne à des règles ou à des mises en œuvre plus prudentes. C’est une bonne chose aussi qu’il y ait, dans le domaine de l’investissement, une reconnaissance des sociétés qui font un vrai travail de due diligence.
Quant au calendrier, nous constatons déjà aujourd’hui un retour vers la bonne direction. Par contre, je ne sais pas si le retour à une situation plus normale se fera complètement d’ici à la fin de l’année.
J’aurais tendance à penser qu’il faudra attendre pour cela que toute la communication ait été faite sur les effets de cette crise, que les comptes trimestriels des banques fournissent une vision beaucoup plus complète de la situation.
Les banques communiqueront sur leurs comptes 2007 en février ou en mars. C’est vraiment une information dont le marché a besoin pour restaurer la confiance.
Maintenant, au chapitre des acquisitions, vous avez dernièrement bouclé l’acquisition du français Elis. Qu’est-ce ce que rachat va apporter à Eurazeo ?
Elis, c’est une société extraordinaire. Elle compte 270 000 clients, un historique et une régularité de développement qui sont presque des modèles sur le marché, et pourtant c’est une société qui a encore énormément de potentiel sur des marchés qui sont en forte croissance.
La croissance peut à la fois se faire par le développement de produits et de services nouveaux, par un effort commercial accru dans les marchés où la société est d’ores et déjà présente et par des acquisitions en France ou à l’étranger.
Comment choisissez-vous d’entrer au capital de telle ou telle société ?
Nous avons quatre critères d’investissement: la qualité du management, les barrières à l’entrée, la profitabilité et la visibilité et la récurrence du cash flow.
Nous ne dérogeons jamais à ces critères.
Des dossiers sont-ils actuellement à l’étude ? Si oui, de quel montant disposez-vous pour faire des acquisitions ou prendre des participations ?
Depuis le début de l’année nous avons étudié 55 dossiers, mais n’en avons réalisé qu’un, Elis. En 2006, nous en avions étudié plus de 80.
Nous ciblons des investissement en capital d’un montant minimum de 200 millions d’euros.
Pour financer de nouvelles opérations, nous avons aujourd’hui la capacité de mobiliser le solde de notre ligne de financement qui ressort à 575 millions d’euros. Et si c’était nécessaire, nous avons la possibilité de leverager tout ou partie de nos titres cotés. Sur ces bases Eurazeo pourrait donc investir plus d’un milliard d’euros en equity.
Pouvez-vous nous en dire plus sur ces dossiers qui sont à l’étude ? Malheureusement, je ne peux pas vous en dire plus. Nous constatons actuellement un ralentissement global mais il ne nous concerne pas vraiment car nous regardons toujours des opportunités d’investissement et, comme je vous l’ai dit, nous n’avons jamais autant investi que cette année.
Eurazeo est premier actionnaire de plusieurs gros groupes du CAC 40, dont Danone. Vous ne siégez pas au conseil d’administration, par contre je suppose que vous avez un impacte sur les décisions du groupe. Dans quelle mesure, par exemple, jouez-vous un rôle dans le désengagement de Danone dans Bright Dairy ?
Nous avons, bien sûr, des dialogues réguliers avec le management de Danone, mais n’avons pas souhaité être représentés au board.
Vous savez, Danone est une société qui est remarquablement bien gérée par Franck Riboud et son équipe depuis des années. Le repositionnement qui a été opéré est impressionnant. Il n’y a qu’à voir la position de marché de Danone maintenant, comparée à celle d’avant le travail important de recentrage réalisé.
Je ne suis pas sûr que nous aurions grand chose à apporter à Danone.
Maintenant, concernant Veolia, je voulais revenir sur votre décision de sortir du capital.
Ce n’est pas la vocation première d’Eurazeo de prendre de positions minoritaires dans des sociétés.
Nous avons souhaité nous renforcer dans Air Liquide et en parallèle de cela, nous avons annoncé notre désengagement prochain de Veolia.
Nous ne nous désengageons pas de Veolia, comme il a été écrit, parce que nous ne croyons pas dans la valeur. Si nous ne croyions pas dans la valeur, nous aurions vendu cet été à 55 euros. Nous n’aurions pas non plus pris la peine de mettre en place une stratégie de sortie aussi complexe. Nous sommes convaincus que Veolia a encore devant elle un fort potentiel de progression.
Nous détenons 2,1% de Veolia, c’est certes beaucoup d’argent, mais c’est quand même une participation très minoritaire.
Et vous n’aviez pas la possibilité de monter dans Veolia ?
Nous aurions pu aussi, mais nous ne pouvons pas monter dans toutes les sociétés.
Et dernière question concernant les critiques que rencontrent les rachats par LBO ? Si vous aviez un mot à adresser à vos détracteurs, je pense notamment au Collectif LBO…
L’Afic a très bien répondu à cette question ces derniers mois.
Les sociétés sous LBO ont, en moyenne, un taux de croissance supérieur à celui des autres sociétés.
Elles ont également un taux d’embauche qui est près de trois fois supérieur à celui des entreprises du CAC 40.
Globalement, ce sont des sociétés qui sont redynamisées parce qu’elles ont un vrai actionnariat professionnel et un total alignement des intérêts de l’actionnaire et du management
Propos recueillis par Marjorie Encelot
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