Philippe Lerouge
Editeur du blog 'le paiement mobile' et Président de Mobile Payment Services
«Avec le Salon Mobile Payment 2009 nous souhaitons avoir une vision d’ensemble de ce que va recouvrir ce marché en devenir»
(Easybourse.com)
Pourquoi avoir organisé le Salon «Mobile Payment 2009» sur les nouveaux moyens de paiement ?
Nous sommes partis du constat qu’il s’agit d’un secteur en plein développement, certes encore récent, mais avec déjà de nombreuses applications pour le grand public. Cela étant, il y a un énorme potentiel, les projets s’accélèrent un peu partout dans le monde, et on s’aperçoit que ces projets sont très vastes si bien que lorsqu’on parle de paiement par mobile, on peut faire plein de choses et parler de plein de choses …
Ce contexte laissait donc la place à un évènement qui devrait brasser à peu près toutes les grandes thématiques du paiement par mobile…
Quels sont les enjeux du Salon «Mobile Payment 2009» ?
Prenez l’exemple de l’Afrique. Là-bas, les populations sont très peu bancarisées -dans certains pays, on ne dépasse même pas les 2 ou 5% de bancarisation-, donc les gens n’ont pas de compte en banque mais ils ont des téléphones portables. Or la technologie d’aujourd’hui permet de faire du mobile un moyen pour transférer de l’argent ou tout simplement, un compte bancaire électronique.
Pour les Africains, et notamment au Kenya, le fait d’introduire le mobile et de le transformer en outil et en moyen de paiement, a considérablement changé les habitudes. Et ce que l’on voit au Kenya depuis maintenant 2-3 ans, est en train d’envahir toute l’Afrique, avec des millions de personnes utilisant leurs mobiles pour payer ou gérer leurs avoirs financiers…
En France, et dans certains pays d’Europe, vous avez un certain nombre d’initiatives, par forcément du même ordre qu’en Afrique -vous pouvez par exemple être informé d’une transaction boursière par sms, ou consulter vos soldes…-, mais qui font partie de la même famille de «mobile banking» et «mobile payment». C’est-à-dire que l’on va bientôt transformer le téléphone en outil interactif vous permettant de gérer aussi bien vos transactions que vos comptes bancaires. Et ce ne sont là que quelques exemples…
Le Salon «Mobile Payment 2009» s’adresse-t-il davantage aux professionnels qu’au grand public ?
Il y a plusieurs objectifs. Jusqu’à maintenant, lorsque l’on parlait de mobile payment, il y avait et il y a toujours, des conférences, des réunions et des débats sur une thématique du mobile payment, comme le sans contact ou le m-commerce…
Avec le Salon, l’enjeu est d’abord de réunir toutes les principales thématiques du paiement par mobile : le sans contact, le transfert d’argent, le paiement de proximité, le paiement à distance, le m-commerce (achat par internet mobile), le transfert d’argent de mobile à mobile (avec quelques initiatives récentes en France)…
L’idée est donc de rassembler toutes ces thématiques lors d’une série de conférences pendant le Salon où seront présents tous les professionnels, que ce soient des banques, des opérateurs, des fournisseurs de technologies, des fournisseurs de services ou des start-up, qui vont donc pouvoir se rencontrer et échanger sur des domaines qui, quelques fois, sont très proches mais sans être les mêmes.
Au total, nous souhaitons obtenir une vision d’ensemble de ce que va recouvrir ce marché qui est clairement en devenir.
Vous évoquez le chiffre de 50 entreprises présentes au Salon. Combien sont françaises ? Quelle tendance se dessine en France dans ce secteur ?
Je n’ai pas les statistiques exactes sur le nombre d’entreprises françaises présentes au Salon, mais pour ce qui concerne les intervenants, il y a des banques comme le Crédit Mutuel, des entreprises françaises, des connues comme Ingenico, mais également des sociétés internationales comme Visa ou Western Union etc. Je pense en conséquence que c’est assez partagé…
Cela étant, concernant spécifiquement le paysage français dans ce secteur, on constate qu’il y a beaucoup d’expérimentations sur le paiement sans contact, avec notamment deux expérimentations de paiement par téléphone mobile sans contact, lancées en novembre 2007, à Caen et Strasbourg...
Le président de l’Association Européenne Payez Mobile (AEPM) va d’ailleurs parler de ces initiatives lors du Salon, de même que le président du Forum Sans contact qui a été lancé par Luc Chatel. Il y a donc dans le paysage français beaucoup de projets pour le sans contact, et qui vont être présentés lors du Salon.
Mais il y a d’autres initiatives lancées récemment comme celle du Crédit Mutuel, avec Pay to you pour du paiement de personne à personne, vous aurez également la présentation de Pay by Phone avec, par exemple, la possibilité de payer sa place de stationnement ou de parking municipal…
Disons pour résumer qu’en France, dans la mesure où il y a eu peu de réalisations commerciales avec du déploiement, nous sommes encore dans une phase exploratoire. Par contre, les intervenants étrangers qui viendront au Salon vont pouvoir témoigner de ce qu’ils font dans d’autres pays notamment en Europe…
Le paiement sans contact et le paiement par mobile sont-ils de nature à s’opposer ?
Il y a d’abord une question de calendrier, c’est-à-dire que le paiement sans contact n’apparaitra pas avant 4 ou 5 ans, parce que les téléphones doivent posséder une puce NFC [Near Field Communication], or ces téléphones-là ne sont pas encore, ou vont bientôt être, commercialisés. Or, entre le moment où vous commercialisez un nouveau téléphone et le moment où ce dernier sera vraiment adopté par une majorité de Français, il faut un certain temps.
On pense donc que 2012-2013 devrait être véritablement la période de décollage du paiement sans contact, mais pas avant. Ensuite, il faut bien considérer le fait que le paiement sans contact apporte une solution lorsque vous êtes face à un point de vente, donc face à un terminal.
Le paiement à distance lui, comme son nom l’indique, vous permet d’avoir des services à distance -vous pourrez ainsi payer le prolongement d’une place de parking depuis votre bureau, donc «à distance»… Les objectifs de ce type de paiement n’ont donc rien à voir avec le sans contact.
L’avantage du paiement à distance, et c’est d’ailleurs pourquoi ça se développe beaucoup en Afrique et maintenant en Europe, c’est que ça fonctionne sur tous les téléphones portables d’aujourd’hui : par serveur vocal, par sms ou par Internet mobile.
Il s’agit donc de deux offres technologiques complémentaires ne répondant pas aux mêmes besoins.
Les principaux doutes soulevés par ce secteur concernent le business model… Est-ce rentable et est-ce utile ?
La question est double, et celle du business model se pose d’abord pour les marchands.
En effet, quand vous avez un téléphone sans contact, il y a outre le commerçant qui vous vend un produit, le fabriquant de téléphones qui souhaite rentabiliser le fait d’avoir intégré une puce de sans contact, il y a la banque qui va traiter les flux qui va elle aussi vouloir gagner de l’argent, de même que l’opérateur qui fait transiter les informations… A l’arrivée, vous avez donc une chaîne de valeur qui doit être valide économiquement… C’est d’ailleurs ce que doivent ou non vérifier les expérimentations à Caen et Strasbourg.
Ensuite, de l’autre côté, vous avez l’utilisateur. Or il est vrai que de ce côté, il est légitime de se demander s’il est plus pertinent de payer avec un téléphone sans contact face à un terminal que d’introduire une carte bancaire dans un terminal et faire son code. Actuellement, les arguments sont de dire que c’est effectivement plus rapide de le faire avec son téléphone…
Quant au paiement à distance, il faut là aussi que le business model s’appuie sur un vrai besoin et une vraie valeur ajoutée en termes de services -allonger la durée de sa place de parking sans avoir à quitter son bureau par exemple. En définitive, le paiement à distance par téléphone -en fait tous les services qui seront vendus- devront répondre à une création de valeur ajoutée sous peine de ne pas fonctionner.
Pour exemple en Afrique, les Africains étant peu bancarisés, le fait de pouvoir utiliser son téléphone portable comme un compte en banque est un service avec une valeur ajoutée incroyable. En Europe, les valeurs ajoutées seront différentes, les services aussi, mais le business model est là !
Vous êtes-vous fixés un objectif en termes de visiteurs ?
La force de ce Salon, c’est qu’il va avoir lieu conjointement avec deux autres salons, le Salon Online et le Salon d’Intelligence économique, qui attirent déjà plusieurs milliers de personnes. Or avec l’adjonction du Salon Mobile Payment 2009, nous avons déjà obtenu un millier d’inscrits qui devraient passer sur notre Salon.
A cela il convient d’ajouter les entreprises qui sont une cinquantaine aujourd’hui et qui vont passer à tour de rôle pour animer les débats et les conférences. Ce sont des témoignages précieux…
Un dernier commentaire ?
Ce Salon avec ses conférences sera très intéressant pour les investisseurs ou pour les personnes intéressées par les nouveaux services. Je pense que c’est une bonne manière de s’ouvrir à un marché qui a un potentiel de croissance pour les 15 prochaines années et qui devrait envahir de plus en plus notre quotidien…
Propos recueillis par Nicolas Sandanassamy





