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Interview

   

Philippe Matzkowski

co-fondateur du collectif LBO

«Les LBO contribuent à désindustrialiser le pays»

(Easybourse.com) Quel est le but poursuivi par le collectif LBO ?
Nous sommes partis du constat que les LBO fragilisaient les entreprises et engendraient de nombreux problèmes sociaux.

Initialement, le collectif est la réunion de plusieurs délégués CGT d’entreprises sous LBO.

Notre objectif est de dénoncer les conséquences néfastes du LBO pour y mettre fin. Et selon nous, il vaut mieux s’attaquer aux causes qu’aux conséquences.

Que reprochez-vous aux fonds d’investissement qui rachètent une entreprise via LBO ?
Les entreprises sous LBO sont au nombre de 1 600 en France et emploient 800 000 salariés. Elles sont très performantes et les problèmes de concurrence ne se posent pas vraiment.

Les niveaux de rentabilité qu’exigent les fonds sont incompatibles avec le développement de l’entreprise. Effectivement, le private equity ne se résume pas aux seules opérations de LBO, et concerne également l’amorçage et le développement des entreprises, mais aujourd’hui la part des fonds LBO augmente considérablement par rapport à ceux qui financent les gazelles, tout simplement parce que le LBO est plus rentable et moins risqué.

La vision court-termiste des fonds s’amplifie et les niveaux de rentabilité exigés augmentent.

La précarisation de l’emploi est un problème récurrent des entreprises sous LBO. Celle-ci se mesure par rapport à la part des postes en intérim et en CDD. Chez Eurofarad, l’intérim représente un tiers des postes, alors qu’auparavant 90% des postes étaient des CDI.

En outre, sous prétexte de financiarisation de l’économie, les LBO contribuent à désindustrialiser le pays.

Qu’entendez-vous par cela ?
La désindustrialisation concerne plusieurs secteurs d’activités, mais celui des semi-conducteurs est un exemple frappant. Ces activités sont menacées au niveau de leur production qui pourrait partir à l’étranger, mais également au niveau de leur R&D. Selon des délégués CGT de Freescale et de STMicroelectronics, la recherche et développement pourrait être délocalisée en Inde. Il s’agit pourtant d’activités stratégiques et de haute technologie.

Devant le constat d’une année record pour le private equity, diriez-vous qu’il existe un danger réel pour l’économie ?
Comme je le disais, les opérations de LBO sont de plus en plus importantes dans le private equity, et certains pensent qu’effectivement, il existe une menace pour l’économie. Le problème vient de la redistribution et de la spéculation, les entreprises sont revendues plus chères que leur valeur estimée.

Prenons Printemps, valeur estimée, 800 millions d’euros, prix de vente 1,075 milliards d’euros, soit un delta de 275 millions ! Et le constat est le même pour Cegelec. Sa valeur était estimée à 800 millions, et le groupe a été vendu 1,1 milliards d’euros.

Cela s’explique par le fait que les fonds disponibles sont très importants. C’est la loi de l’offre et de la demande.

Mais plus le prix payé va être important, plus la dette que va devoir supporter l’entreprise va être conséquente.

Qu’est-ce qui a décidé le collectif LBO à lancer sa première action publique le 4 octobre dernier, à la sortie d’une réunion de l’Association française des investisseurs en capital (Afic) ?
L’Afic représente plus de 95% des investisseurs en capital en France.
Le collectif LBO entend dénoncer la responsabilité de cette association en tant qu’initiatrice de la politique économique des entreprises, protégée par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et jamais mise en responsabilté sociale. Nous voulons mettre ainsi fin à leur adage préféré « pour vivre heureux, vivons cachés ! ».

C’est aussi la conjonction de plusieurs facteurs. Il faut d’abord parvenir à informer et à mobiliser, parce qu’il n’est pas forcément évident de consacrer un temps infini au collectif où il y a tout à faire.

Et puis, en pleine période préélectorale, nous renforçons notre communication. Des solutions à cette financiarisation existent et nous voulons en débattre. C’est le moment ou jamais.

Reconnaissez-vous un avantage au rachat d’une société par un fonds d’investissement ?
Davantage avant qu’aujourd’hui. Il y a un vrai problème de transmission actuellement. Il faut trouver un acquéreur et un rapprochement avec la concurrence pose un problème immédiat en termes d’emplois.

Dans les entreprises, le LBO est présenté de façon positive : cela évite  au vendeur de céder son activité à un concurrent et d’en obtenir un prix plus élevé. Les salariés sont rassurés dans un premier temps en termes d’emplois, mais en réalité c’est un instrument financier plus qu’un instrument d’investissement.

Prenons l’exemple des magasins France Printemps. Selon nous, l’opération de LBO n’est qu’une transition, derrière elle se cache une opération immobilière. Ainsi, PPR a pu vendre plus cher et l’acquéreur pourra par la suite récupérer sa mise plus que bonifiée, en séparant l’immobilier de l’opérationnel.

Les magasins vont payer un loyer, ce qui va alourdir les charges, il va y a une multiplication des concessions (les marques apportent leurs propres employés), et donc une diminution du nombre de salariés. Les gens qui vont partir en retraite ne seront pas remplacés.

C’est une bonne opération pour celui qui rachètera éventuellement la marque Printemps dans quelques années : plus d’immobilier, moins de salariés, des problèmes sociaux plus faciles à gérer.

Que répondez-vous à Patrick Sayer, le président de l’Afic, selon qui les sociétés sous LBO créent plus d’emplois que celles de l’indice CAC 40 ?
L’Afic parle effectivement de 60 000 emplois crées en France. Si ces chiffres sont exacts, la question est de savoir si cela concerne juste les LBO ou l’ensemble des opérations de capital investissement ; ce qui est différent.

Il faut aussi regarder la qualité des emplois. Il y a une précarisation des postes dans l’entreprise elle-même, mais aussi chez les sous-traitants chez qui il est imposé des conditions difficiles.

Et peut-être qu’avec un autre type de financement, le nombre d’emplois créés serait plus important. Surtout quand on sait que l’investissement est créateur d’emplois.

Que pensez-vous de l’initiative de l’Afic de faire participer les salariés aux opérations de LBO ?
C’est une bonne opération de communication. La loi votée mercredi 11 octobre qui permet à plus de salariés de prendre part aux financements de LBO, ne nous rassure pas du tout.

Leur nombre est extrêmement limité puisque pour une société supérieure à 50 personnes, le nombre minimum de salariés–actionnaires sera de 15.
Cette loi permettra aux investisseurs d’avoir plus de cautions dans l’entreprise, ils pourront ainsi encore mieux contrôler et mieux  imposer leurs stratégies destructrices aux entreprises et à leurs salariés.

Les salariés qui vont investir dans un LBO vont engager leur argent et vont s’attendre à un retour sur investissement, au détriment du reste.

Pensez-vous que la hausse des taux d’intérêt va réduire les niveaux des LBO prochainement ?
Elle peut au contraire renforcer la pression financière exercée sur les entreprises pour garder des niveaux de rentabilité élevés.

Propos recueillis par M.E.



Publié le 14 novembre 2006

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37 ans

3ème cycle en Sciences Physiques

Ingénieur Produits dans la distribution de technologies high-tech, puis  Responsable Export  en charge de l’Europe du Nord et des Etats-Unis au sein d’un fabricant de composants électroniques, destinés aux marchés aéronautiques, spatiaux et militaires.
 
Philippe Matzkowski fonde début 2006 le Collectif LBO avec d’autres syndicalistes CGT  issus des secteurs public et privé.
Objectif : Informer les salariés, les citoyens et leurs représentants sur les conséquences néfastes des opérations de LBO (rachat d’entreprises à crédit), en vue d’y mettre fin.
 
Philippe Matzkowski préside l’association Jipistes de France, membre du Mouvement Jipiste International - «Pour une Justice Progressiste».

 
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