Rodrigo Junqueira
directeur des relations d'entreprise de PSA au Bresil
«Un record de production historique au Brésil en 2006 dans le secteur automobile»
(Easybourse.com) Quelle est l’importance du secteur automobile au Brésil ?
Selon les derniers calculs, la croissance du PIB du Brésil s’est élevée à 3,1 % en 2006. De ce fait, la croissance générale de l’économie du pays a été modeste. Néanmoins, le secteur automobile a connu une croissance très importante, qu’on peut chiffrer à environ 13 %. A ce titre, nous pouvons dire que le secteur automobile contribue énormément à l’économie du pays à l’heure actuelle.
Quels sont selon vous les points forts de ce segment de marché ?
La technologie flex fuel explique sans doute en partie la croissance du secteur automobile dans le pays.
Par ailleurs, le renouvellement par la plupart des constructeurs de leur parc ainsi que la présentation de nouveaux modèles sont également un facteur qui stimule la pleine activité dans ce segment.
Enfin, d’un point de vue purement économique, la baisse progressive des taux d’intérêt est un élément très important. Le Brésil est l’un des pays au monde qui a le taux d’intérêt le plus élevé. Le taux mensuel, étant passé de 22 % à 2,75%, a permis de booster les activités économiques, notamment dans le secteur automobile.
Qu’en est-il de la demande ?
Le marché brésilien a vendu 1 834 000 voitures (VP+VUL) en 2006 pour une production de 2,5 millions de voitures (VP+VUL). Il s’agit là d’un record de production historique dans le pays.
La population équipée en véhicule varie beaucoup d’une région à l’autre. En moyenne, notre estimation est de l’ordre d’une voiture pour sept à huit personne. Il faut rappeler que pour des villes comme Sao Paulo, nous arrivons facilement à une voiture pour une personne et demie, voire deux personnes.
Globalement, le potentiel de croissance de ce marché est très important pour les années à venir. Dans les grandes agglomérations et dans les régions les plus riches du pays, la différence entre la moyenne d’équipement en voiture au niveau de la population par rapport aux régions les plus pauvres est très importante.
Néanmoins, nous observons parallèlement une déconcentration de la richesse, celle-ci ayant tendance à se diffuser vers d’autres régions, en particulier le nord-est et le centre du pays. Dès lors, des régions où les populations n’avaient pas forcément les moyens de se procurer une voiture ont vu leur pouvoir d’achat augmenter et commencent à pouvoir accéder à ce type de bien.
Quelles sont les principales caractéristiques du secteur automobile en termes d’implantation ?
La plupart des grands constructeurs automobiles mondiaux sont actuellement implantés dans le pays. Quatre grands constructeurs y sont présents depuis maintenant plus de 30 ans : Volkswagen, Ford, General Motors et Fiat. Les maisons-mère étrangères y ont établi des filiales à 100 %.
Dans les années 90, l’ouverture de l’économie des importations de voitures, a attiré beaucoup d’autres constructeurs automobiles, comme Honda, Toyota, Renault, Mitsubishi, PSA Peugeot ou Citroën. Cette tendance a également été soutenue par la stabilité de l’économie du pays indiquée par la baisse de l’inflation, qui était très importante (de près de 80% par mois en 1994, celle-ci est passée à 6 % par mois à partir de juillet et a atteint un niveau annuel de 4% en 2006).
Dès lors il a commencé à y avoir au Brésil un éventail très important de constructeurs automobiles provenant d’un peu partout dans le monde.
Il est à préciser que le Brésil ne compte pas de champions nationaux dans le secteur automobile. Il n’y a pas de marque brésilienne à proprement parler.
En termes de libéralisation, a-t-on constaté une impulsion de la part des autorités publiques ?
Il y a eu une véritable volonté de la part des différents Etats de la fédération brésilienne d’offrir des avantages aux investisseurs étrangers. C’est ce qui a expliqué une multiplication de ces différents acteurs dans le pays. C’est également l’explication d’une diffusion de la présence de ces constructeurs dans d’autres villes que Sao Paulo, qui concentrait le gros de l’industrie automobile : Paraná pour Renault, Rio Grande do Sul pour General Motors, Bahia pour Ford, Rio de Janeiro pour PSA Peugeot Citroën.
Quels sont les principaux obstacles rencontrés par les constructeurs ?
Je pense qu’un domaine à exploiter pour que l’industrie de l’automobile puisse croître davantage au Brésil serait la baisse de la fiscalité. Si nous considérons l’ensemble des impôts auxquelles sont assujettis les produits automobiles, comme la TVA, les impôts sur les produits industrialisés, on observe que le particulier doit payer environ 30 à 35 % d’impôts à l’achat d’une voiture. C’est là un handicap important pour la croissance.
Un autre frein qui est en train de se régler progressivement réside dans les taux d’intérêt. Financer un véhicule au Brésil revient encore très cher. Ce problème présente deux aspects : d’une part celui du financement à proprement parler, qui suppose un développement plus approfondi du secteur bancaire, d’autre part l’administration des taux d’intérêt qui sous entend l’intervention de la banque centrale.
Qu’en est-il de l’implication de l’État dans ce secteur ?
Le marché de l’automobile est complètement libre. Vous n’avez pas d’association de la part de l’État ou d’une collectivité publique avec un constructeur automobile, à la différence d’un pays comme la Chine, par exemple.
Quel rôle joue le Mercosur quant à l’attractivité du secteur automobile au Brésil pour les investisseurs étrangers ?
Le gouvernement brésilien croit beaucoup en l’avenir du Mercosur. A l’heure actuelle, cette organisation est encore loin d’être un bloc économique intégré comme l’Union européenne. Il n’y a pas de monnaie commune, il n’y a que quatre Etats membres, et de nombreuses divergences demeurent encore entre les économies.
En ce qui concerne le secteur automobile par exemple, le Brésil possède quatre fois le marché de l’Argentine. L’Uruguay compte à peine 10 % du marché argentin. Et au Paraguay, le secteur automobile est très réduit.
Dès lors, lorsque vous évoquez le Mercosur et le secteur automobile, vous faites davantage allusion au Brésil et à l’Argentine.
L’espoir est axé dans une stratégie de complémentarité entre les deux pays. Par exemple produire des véhicules d’une certaine caractéristique au Brésil, tels que le segment B (petites voitures) avec des voitures de segments M (des voitures moyennes) en Argentine. Les flux de commerce pourraient ensuite être équilibrés entre les deux pays.
Pensez-vous que les biocarburants ont été un élément important dans l’attractivité du secteur automobile pour les investisseurs étrangers ?
Pour ma part, je ne pense pas, étant donné que la technologie du flex fuel peut être exportée dans d’autres pays. Et même si le pays présente un climat plus favorable au fonctionnement de cette technologie, ce type de problème peut se régler.
Dans certains Etats du sud du pays, le climat peut être très froid et les températures peuvent atteindre jusqu’a -5°.
PSA exporte ce type de véhicule en Suède et en France à partir du deuxième semestre de 2007.
Je pense que la différence au Brésil, c’est que le pays a de quoi alimenter ce type de véhicule à des coûts économiques très avantageux, ce qui n’est pas évident pour tous les pays du monde. L’alcool coûte 30 à 40 % moins cher que l’essence. La question me parait donc être économique bien plus que technologique.
Pensez-vous qu’on puisse parler aujourd’hui d’un boom dans le secteur de l’automobile ?
Je ne le pense pas. Il s’agit davantage d’une croissance continue équilibrée qui aura tendance à se poursuivre à un rythme similaire. A moins de déceler à l’avenir une explosion des exportations.
On peut cependant relever une caractéristique importante concernant ce secteur au Brésil : c’est sans doute l’un des pays au monde qui concentre le plus de constructeurs automobiles implantés.
Propos recueillis par I.H.
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A l’origine, l’alcool est apparu au Brésil comme une solution à la crise pétrolière des années 70. La qualité du sol brésilien et l’exposition au soleil, deux atouts majeurs du pays, ont permis d’avoir une productivité importante pour les oléagineux et la canne à sucre.
En 2006, le groupe PSA Peugeot Citroën a vendu 3,36 millions de véhicules dans le monde. La part de marché mondiale (VP+VUL) du groupe a atteint les 5,2 %.