Roland Macrez
Association indépendante des minoritaires d’Arcelor
«L’information des actionnaires est un élément important»
(Easybourse.com) Pourquoi avoir créé une association de défense des minoritaires d’Arcelor ?
J’ai personnellement eu un long parcours au sein d’Arcelor. La sidérurgie n’est pas un métier comme les autres, un attachement particulier se crée. Pendant près de vingt ans, nous avons beaucoup travaillé, et ce dans un secteur difficile, car atomisé, afin de créer une belle entreprise. Même si je n’ai rien contre Mittal, et même si ce rapprochement a du sens sur le plan industriel, je regrette qu’Arcelor ne soit pas restée indépendante.
J’ai créé cette association car je considère que les minoritaires du groupe ne sont pas suffisamment organisés. Mittal est contrôlé par une famille qui en détient les « pleins pouvoirs ». Si les petits actionnaires veulent être entendus, ils doivent être structurés et informés sur les sujets importants comme la politique d’investissement du groupe.
Maintenant que les termes de l’offre ont été acceptés, quelle va être sa mission ?
La défense des petits actionnaires, ainsi que l’assurance de la fiabilité des informations communiquées. La famille Mittal a toujours eu pour habitude de détenir la quasi-totalité des droits de vote. Nous souhaitons contribuer à une modification de cette culture d’entreprise et du comportement de la société, afin de permettre au dialogue social de s’ouvrir.
L’information joue ici un rôle important. L’information des actionnaires ne doit pas se limiter aux notes rédigées en langage juridico-financier. Il faut faire connaître, de manière simple, les produits et stratégies du groupe.
La nature et le secteur sur lequel il intervient nécessite que l’information diffusée aux actionnaires par Mittal et Arcelor ne soit plus défaillante comme ce fut le cas dernièrement. En effet, nombre de petits porteurs ont été étonnés de ne pas recevoir de convocation pour l’assemblée générale extraordinaire du 30 juin. De même, pour le prospectus, il fallait le demander pour le recevoir. Dans une opération de ce genre, l’information devrait être spontanée. Il n’y a pas que le dividende qui compte !
Estimez-vous que les conditions de l’offre valorisent correctement Arcelor ?
En ce qui concerne la partie en numéraire, Guy Dollé avait parlé d’une valeur à deux chiffres ne commençant par un 3, ce qui voulait dire par un 4. L’estimation en numéraire me paraît correcte. Pour ce qui est de la partie mixte et de celle en apport simple, seul le marché peut nous dire ce que valent vraiment les titres Mittal.
Que pensez-vous de la nomination de Roland Junck au poste de PDG d'Arcelor Mittal et de celle d'Aditya Mittal, fils de Lakshmi, au poste de directeur financier ?
L’accord prévu entre les deux groupes, en juin, prévoyait manifestement que le PDG soit luxembourgeois, d’où la nomination de Roland Junck. Cet homme est un industriel, ce qui est une bonne chose, car des problèmes de production et de capacités industrielles ne vont pas tarder à surgir du fait de la fusion.
J'ai un peu connu Roland Junck, mais je n’ai pas travaillé de manière proche avec lui. Toutefois, il s’agit d’un homme calme, pondéré et discret. Les collègues espagnols, qui ont collaboré avec lui, ont apprécié son travail. C’est un homme apprécié de tous, un homme de consensus.
On peut toutefois regretter l’absence de tout ancien d’Usinor dans le comité exécutif.
Quant à Aditya Mittal, de l’opinion générale, il s’agit de quelqu’un d’une grande compétence. Il a la double chance d’avoir des capacités personnelles et un père intelligent.
L’accord conclu en juin entre les deux groupes prévoit qu'il n'y aura aucune suppression d'emplois dans le périmètre d'Arcelor durant les cinq prochaines années. Mais après ? Cela vous inquiète-t-il ?
On parle tantôt de 25 000 à 30 000 emplois supprimés, tantôt de l'absence de restructuration. On cherche surtout à rassurer pendant la période d'OPA. Mais personne ne peut prévoir ce qui va se passer pendant les cinq prochaines années. Mittal Steel signale d’ailleurs le risque d’un repli cyclique. Ce repli n'est pas acquis, mais quid s'il survient ? Où fera-t-on les économies devenues nécessaires ?
Enfin, un sujet sur lequel nous militons est l’absence de prise de position de la direction sur l’actionnariat du personnel. Il s’agit d’un moyen de motivation des salariés, qui s’approprient ainsi une partie du capital de l’entreprise et dont le lien avec elle ne se réduit pas à un simple contrat de travail. L’actionnariat permettrait de développer dans tous les pays une communauté d’hommes entrepreneurs : c'est d'abord cela, une entreprise !
Les comptes publiés par Arcelor au premier semestre sont plutôt mitigés. Si l'activité a été dynamique, la rentabilité est en repli. Que vous inspirent ces résultats ?
Il s’agit de bons résultats. Il est vrai que dans l'avenir la partie produits longs pourra peser sur les chiffres, en fonction de la conjoncture.
Que pensez-vous du dossier Dofasco ?
Dofasco est une très belle entreprise, qui marche bien et qui a acquis d’Arcelor une technologie précieuse héritée d’Usinor. Il serait gênant que Dofasco passe chez un concurrent avec ce trésor de technologie. Mieux faudrait conserver Dofasco quitte à céder d’autres actifs. Comment le conseil d’administration d’Arcelor pourrait-il prendre une telle décision sans consulter au préalable les actionnaires ? Je me pose la question. Les porteurs doivent être informés avant. Mittal Steel ne peut pas décider toute seule sur des sujets aussi essentiels !



59 ans

