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Interview

   

Stéphane Lhomme

porte-parole du réseau « Sortir du nucléaire »

«Le nucléaire est une énergie de pouvoir, sans l’intervention de l’argent public, aucune multinationale en voudrait»

(Easybourse.com) Pourquoi vouloir faire sortir la France du nucléaire ?
Le nucléaire est l’énergie la plus dangereuse : Tchernobyl, des déchets radioactifs qui vivent des centaines de millions d’années, la prolifération nucléaire, ces pays qui disent vouloir le nucléaire pour produire de l’électricité alors que ce qui les intéressent c’est la bombe…

Par ailleurs, le nucléaire n’est pas une si bonne affaire économique et écologique.

Pourquoi dites-vous que le nucléaire n’est pas une si bonne affaire que ça sur le plan économique ?
Le nucléaire ne couvre que 2% de la consommation mondiale d’électricité et les coûts de démantèlement et la gestion des déchets nucléaires sont énormes. Une fois ramené le coût du nucléaire à ces considérations, tous les autres modes de production d’électricité sont moins chers. Si le nucléaire était si bon marché, il y aurait à travers le monde beaucoup plus de centrales qu’actuellement.

Dans chaque pays où il existe des parcs nucléaires, l’Etat finance. C’est l’argent public, l’argent des contribuables qui paye le nucléaire. Pourtant, dans le cas français, plus de 80% de la population est contre ce mode de production. La publication récente d’un sondage Louis Harris fait apparaître que seulement 18,6% des Français soutiennent le nucléaire [la formulation retenue était « Souhaitez-vous maintenir le nucléaire comme source principale d'électricité ?].

La Grande-Bretagne nous fournit un exemple frappant du poids financier du démantèlement. Outre-Manche, celui-ci coûte 103 milliards d’euros. Imaginez en France où il y a cinq fois plus de sites nucléaires ! Ce coût serait de 500 milliards d’euros ! Selon la Cour des comptes, EDF aurait provisionné 28 milliards d’euros pour assurer le démantèlement. Il n’existe pas en France de fonds dédié pour gérer cette réserve d’argent. Un organisme comme la Caisse des dépôts pourrait s’en charger. 

Le presse parle actuellement du « grand retour » de l’industrie nucléaire alors qu'elle est en réalité menacée de disparition. Sept réacteurs ont cessé définitivement de fonctionner début janvier. Les seuls qui s’intéressent encore au nucléaire sont Bush, Blair, Ahmadinejad pour l’Iran, le remercié Berlusconi, la Libye, la Chine ou la France de Sarkozy. Ce ne sont pas des amis du genre humain.

Le nucléaire est une énergie de pouvoir, sans l’intervention massive de l’argent public, aucune multinationale en voudrait.

Sur fond de réchauffement climatique, n’est-il pas un peu inconscient de prôner la sortie du nucléaire quand on sait qu’un réacteur nucléaire n’émet pas de CO2, le dioxyde de carbone représentant plus de la moitié des rejets de gaz à effet de serre ?
Même si le nucléaire était « climatiquement correct » comme s’accorde à le dire Anne Lauvergeon, la PDG d’Areva, il n’empêcherait pas le réchauffement climatique. Je le répète, le nucléaire ne couvre que 2% de la consommation mondiale d’électricité, en plus, cette proportion est en déclin.

La solution au réchauffement climatique passe la baisse de la consommation de pétrole, de gaz, de charbon. Elle passe également par la construction de bâtiments qui consomment 90% d’énergie en moins, de bâtiments à énergie positive, qui produisent plus d’énergies qu’ils n’en consomment, de maisons passives.

Au niveau français, les industries ont fait des efforts en matière d’émission de CO2, par contre les résultats des transports, du tertiaire et du résidentiel sont catastrophiques.

Le CO2 n’est par ailleurs pas le seul responsable du réchauffement climatique, le méthane, issu de l’agriculture intensive, pose également problème.

Si le nucléaire pouvait empêcher le réchauffement climatique, on pourrait éventuellement discuter de cette option, mais ce n’est pas le cas.

Concernant le projet Iter basé non plus sur la fission nucléaire, mais sur la fusion (source d’énergie illimitée, pas de pollution, pas de déchets…), ne pensez-vous pas que l’on devrait accorder au nucléaire le bénéfice du doute ?
Iter ne produira jamais d’électricité mais, par contre, en consomme énormément. Les physiciens, en bons VRP, ont vendu ce projet aux Etats alors que même les pro-nucléaires disent que c’est du n’importe quoi.

Les prix Nobel de physique de 1991 et 2002, le Français Pierre-Gilles de Gennes et le Japonais Masatoshi Koshiba, s’opposent d’ailleurs au projet Iter.

Ca fait 50 ans qu’on nous dit que la fusion nucléaire produira de l’électricité d’ici à 50 ans. Même si Iter était un succès, la fusion ne produirait d'électricité avant 2080 ou 2100 !

Vous prônez la multiplication de l’usage du solaire et de l’éolien, énergies coûteuses, capricieuses, et qui ne sont toujours pas sorties du stade de la recherche et développement. Avant de vouloir en multiplier l’usage, ne devrait-on pas commencer par en assurer une meilleure rentabilité ?
Attendre ? Non ! Il faut tout de suite développer les énergies renouvelables... tout en sachant qu'il n'est pas possible - et pas souhaitable - de produire et gaspiller autant d'énergie qu'avec le nucléaire ou les énergies fossiles. Il ne s'agit donc pas de remplacer les réacteurs nucléaires par un parc éolien démesuré. Il faut avant tout agir sur la consommation, en isolant mieux les bâtiments par exemple.

Avec 58 centrales, quand il y a une vague de froid, la France n’arrive pas à fournir l’électricité nécessaire pour chauffer. Elle est alors obligée d’en importer et de faire fonctionner les centrales à gaz et à charbon extrêmement polluantes.

En outre, avec la raréfaction de l’uranium attendue, les énergies renouvelables sont appelées à être de plus en plus utilisées.

A l’approche de votre comparution devant le tribunal de Bordeaux prévue pour le 21 mars, comment vous sentez-vous ?
C’est un peu terrible à dire, mais je ne me sens pas particulièrement ému, ça fait partie de mon boulot.

Propos recueillis par Marjorie Encelot



Publié le 25 mars 2008

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Son parcours


Stéphane Lhomme, né à Bordeaux le 4 novembre 1965, est le président du collectif Tchernoblaye, le porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire », et un militant de l’association Droit au logement. Titulaire d’un DEA en sociologie, il a occupé la fonction d’instituteur entre 1991 et 2000.

Auteur de L'insécurité nucléaire (Ed Yves Michel, juin 2006)
et de Juppé saute sur Bordeaux (Ed Syllepse, octobre 2006)

 
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