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Interview

   

Thierry Million

Responsable de la recherche économique chez AGF Asset Management

«Nous prévoyons un pétrole en légère hausse. Il devrait atteindre 70/75 $ d'ici la fin de l'année»

(Easybourse.com) Quelle est votre perception de l'évolution du marché américain ?
Il est vrai que la croissance américaine fait face à quelques difficultés en ce moment. Nous pouvons citer le ralentissement de la conjoncture immobilière ou encore celle de l'investissement productif, particulièrement dans le secteur automobile.

En revanche, la consommation dans le pays est toujours très forte. Elle connaît un rythme de croissance de plus de 4 %, ce qui est assez surprenant. Cette consommation pourrait ralentir dans les mois à venir mais le relais serait alors repris par l'investissement productif. En conclusion, nous n'avons pas de raison sérieuse de nous inquiéter. Nous pensons que la croissance des Etats Unis va reprendre au cours du second semestre de cette année.

S'agissant des États-Unis, les craintes portent également sur les crédits subprime . Vous semblez dire que leur effet sera limité. Pour quelle raison ?
Ces crédits viennent des institutions financières qui ont prêté à des ménages qui n'étaient pas vraiment solvables. Mais cela ne concerne pas la majorité des emprunteurs (13% de la dette immobilière).

Même si le taux de défaut dans cette catégorie est en hausse, la crainte était surtout concentrée sur un risque de contagion sur les autres catégories d'emprunteurs. Pour le moment, nous ne voyons pas une telle contagion se propager.

Par ailleurs, l'économie américaine maintient son taux de chômage à un niveau relativement bas, signe d'un rythme de création d'emplois soutenu. Celui-ci conduit à des goulets d'étranglement dans certains secteurs d'activité qui se traduisent par des hausses de salaires, du pouvoir d'achat et en définitive de la capacité à rembourser les emprunts.

L'Allemagne semble être le moteur de la croissance européenne. Comment l'expliquez-vous ? 
Ce qui a été remarquable, en ce qui concerne l'Allemagne, c'est l'impact limité de la hausse de la TVA, qui est passée de 16 à 19 % sur la consommation des ménages et la hausse des prix. Cette hausse concerne 50 % des produits consommés en Allemagne. Le consommateur allemand avait anticipé cette augmentation du taux et avait sur consommé au cours du dernier trimestre de l'année 2006.

Ce premier trimestre de 2007 a été un peu plus faible en matière de croissance de la consommation, mais pas du tout catastrophique.

Ce qui fait avant tout la force de l'Allemagne, ce sont ses exportations et la situation internationale dans laquelle s'inscrit le pays, à savoir la croissance mondiale qui est anticipée à près de 5 % pour 2007 et 2008.

L'Allemagne affiche des performances économiques qui sont de l'ordre de 3,6% sur un an, alors que les États-Unis arrivent péniblement à 2 %.

Cette croissance a vocation à perdurer. Et même si nous pouvons nous attendre à un ralentissement de l'investissement, d'une part celui-ci ne sera que temporaire, d'autre part il sera compensé par une consommation qui en Europe, en règle générale, est en nette augmentation.
 
Qu'en est-il de la situation en France ?
La France est bien placée en matière d'investissements et fait preuve d'un dynamisme un peu différent de celui de l'Allemagne.

Ainsi, un pays comme la Chine, qui est en plein développement industriel, a davantage besoin de machines outils, et entretiendra naturellement des relations plus étroites avec l'Allemagne. En France, au-delà d'Alstom ou Areva, les secteurs les plus convoités sont les secteurs hauts de gamme dits de luxe . Ils auront plus d'importance au fur et à mesure du renforcement du pouvoir d'achat des Chinois.

Que pensez-vous de la crise éventuelle que pourrait subir la Chine ?
Aujourd'hui, le gouvernement chinois tente de juguler sa croissance. Plusieurs mesures ont été prises pour éviter les excès : le relèvement des taux d'intérêt, le relèvement des coefficients de réserves obligatoires et l'appréciation de la monnaie locale. Nous ne pensons pas que ces mesures fassent vraiment chuter la croissance. Le rythme actuel de plus de 10% devrait être maintenu à moyen terme.

La Chine cherche également à limiter la liquidité de ses réserves de change qui s'élèvent à plus de 1200 milliards.

Mais le pilotage des déséquilibres n'est pas évident. Nous l'avons constaté avec la bourse de Shanghai. Depuis la correction de mars, la bourse de Shanghai a remonté de 70 % et a perdu près de 15 % en à peine trois jours.

Quels sont les secteurs ou les valeurs que vous privilégiez ?
Nous avons pour politique de ne pas parler des valeurs. Néanmoins en ce  qui concerne les secteurs que nous privilégions, il y a les secteurs industriels, les matériaux et les valeurs de consommation ainsi que les valeurs tournées vers l'exportation. Ce dernier secteur a vocation à gagner en importance du fait de la dépréciation attendue de l'euro.

Qu'en est-il de la consolidation des marchés financiers ?
Depuis 2002, nous sommes à des niveaux élevés de PER. Autrement dit, la croissance des résultats est déjà payée assez chère. Ceci signifie que la probabilité de rentrer dans une nouvelle phase de correction est élevée, de surcroît parce que les taux sont en train de remonter rapidement. En effet, nous avons atteint 4,60% dans la zone euro. Une concurrence des taux se matérialisera par rapport aux actions.

Toutefois, les bourses restent soutenues par les bénéfices et la rentabilité des entreprises. Ce facteur de soutien va perdurer.

Nous observons qu'il n'y a plus de valeur bon marché. Même les titres value sont très valorisés, et les valeurs immobilières seront très sensibles à la hausse des taux.

Selon vous, cette correction risque de toucher quels secteurs en particulier ?
Les secteurs sensibles aux taux seront certainement à éviter, hors thématique de fusion-acquisition : citons les valeurs immobilières, les valeurs bancaires et les utilities.

Finalement, la croissance dans la zone euro est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les investisseurs ?
Nous restons positifs à moyen terme puisque les profits sont au rendez-vous. De plus, les entreprises rachètent leurs propres actions. Qui dit raréfaction des titres, dit demande. De ce fait, il y a des facteurs de soutien du marché qui sont assez forts.

À court terme, la hausse des taux n'a pas pour le moment été entièrement intégrée dans les prévisions de marchés d'actions. Nous étions dans l'euphorie des M&A : la concentration portait sur les acquisitions et les sociétés potentiellement cibles d'OPA. Il semble que nous soyons arrivés au bout de ce jeu. Les fondamentaux restant bons, notre prévision de fin d'année sur le CAC est de 6350.

Quelle est la place du pétrole dans le scénario ?
Nous prévoyons un pétrole en légère hausse. Il devrait atteindre 70/75 $ d'ici la fin de l'année. C'est un facteur modérateur au niveau de la croissance mondiale. L'OPEP déclare ne pas vouloir augmenter ses quotas de production.

Par ailleurs, nous voyons que le taux d'affrètement des supers tankers demeure toujours plus élevé. Ceci témoigne du fait que la demande en énergie est toujours très forte, notamment en Chine.

Au-delà de ce déséquilibre entre l'offre et la demande, de fortes incertitudes planent sur le marché : le cas de l'Iran, les problèmes de raffinage aux États-Unis provoquant des tensions sur le prix de l'essence…

Quelles perspectives pour les pays émergents ?
Les pays émergents affichent des performances équivalentes à celles de l'Eurostoxx qui réunit les valeurs européennes. Nous sommes quelque peu inquiets par la disparition de la prime généralement attachée aux marchés émergents. Ces derniers sont plus volatiles, fragiles et encore dépendants des économies européennes et américaines.

La volatilité s'est exprimée tout récemment au sein de la bourse chinoise qui a perdu 15% en 3 jours. Nous pensons que la volatilité doit être valorisée, ce qui veut dire que l'investisseur doit bénéficier d'un prix d'achat plus bas.

Propos recueillis par I.H.



Publié le 11 Juin 2007

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Thierry Million – Responsable de la gestion diversifiée pour les clients institutionnels et entreprises


Depuis 2006 : Responsable de la recherche économique.
De 2003 à 2005 : Responsable des portefeuilles diversifiés des institutionnels et entreprises. Il est également responsable de la recherche quantitative et économique.
De 2001 à 2002 : Responsable du Product Management d'AGF AM.
De 1994 à 2001 : Responsable de la gestion obligataire chez Dresdner RCM Gestion
De 1992 à 1994 : Gérant obligataire pour la Banque Vernes.
De 1990 à 1992 : Courtier et responsable de la trésorerie chez Dynabourse.

Thierry Million est Ingénieur diplômé en informatique de l'Institut de Recherche Polytechnique de Mulhouse, titulaire d'un 3ème cycle en Finance de l'ISG et diplômé de la SFAF.

 

AGF Asset Management


Avec près de 85 milliards d’euros à fin avril 2007, AGF Asset Management, en incluant sa société soeur AGF Alternative Asset Management, compte parmi les grands gérants d’actifs du marché français. Sa position solide s’appuie sur une offre de gestion d’une grande richesse et une organisation entièrement tournée vers ses clients. Forte de ses 250 collaborateurs dédiés à la gestion d’actifs et à son développement, la société dispose d’une équipe de près de 60 gérants expérimentés. AGF Asset Management est la société de gestion d’actifs du groupe AGF. Acteur majeur de l’assurance et des services financiers en Europe, AGF est intégré au groupe Allianz, le premier assureur européen.
 
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